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Le vote portugais et le Sahara marocain : une clarification bienvenue, une abstention révélatrice

08 janvier 2026 - 19:23

L’adoption, en séance plénière le mardi 6 janvier 2026, par l’Assemblée de la République portugaise d’un vote de soutien à la résolution 2797 du Conseil de sécurité des Nations unies marque une inflexion politique significative dans le traitement du différend régional autour du Sahara marocain. Ce vote consacre clairement la primauté de la proposition marocaine d’autonomie comme base des négociations en vue d’aboutir à une solution politique définitive et réaliste. Dans un contexte international où la recherche de stabilité régionale devient un impératif stratégique, ce positionnement parlementaire portugais confirme une évolution déjà perceptible depuis plusieurs mois au niveau diplomatique.

Le projet de résolution, introduit par le parti CHEGA, première force d’opposition au Parlement avec soixante députés, a bénéficié d’un large soutien transversal. Les partis de la majorité gouvernementale regroupés au sein de l’Alliance démocratique — le Parti social-démocrate (PSD) et le CDS-PP — s’y sont associés, tout comme le parti Initiative libérale, formation extérieure à la coalition mais partenaire de soutien ponctuel sur plusieurs dossiers, notamment en matière de politique étrangère. À l’inverse, les formations de la gauche radicale, Parti communiste et Bloc de gauche, traditionnellement sensibles aux thèses algériennes et au discours du Polisario, ont choisi de se tenir à l’écart du vote, confirmant un clivage idéologique désormais bien installé.

La surprise politique de cette séquence réside dans l’abstention du Parti socialiste portugais. Cette position tranche avec la dynamique impulsée sous la direction de l’ancien Premier ministre António Costa, qui avait engagé un réajustement progressif de la posture portugaise, rompant avec une neutralité prudente héritée d’une lecture dogmatique du référendum et d’une comparaison discutable avec le processus de décolonisation du Timor oriental. Ce tournant s’était matérialisé lors de la quatorzième Réunion de Haut Niveau Portugal–Maroc tenue à Lisbonne en mai 2023, puis s’était consolidé lors de la visite à Lisbonne du ministre marocain des Affaires étrangères en juillet 2024.

Depuis l’alternance politique, le gouvernement de centre droit a confirmé un soutien plus explicite à l’initiative marocaine d’autonomie. Dans ce contexte, l’abstention socialiste apparaît comme une forme de décrochage stratégique. Certains y verront une prise de distance progressive à l’égard de l’héritage politique d’António Costa, mais également de celui d’António Guterres, aujourd’hui Secrétaire général des Nations unies. Cette posture soulève une interrogation plus large : celle de la cohérence d’un parti ayant longuement exercé le pouvoir face au principe de légalité internationale lorsqu’il s’exprime de manière explicite par une résolution du Conseil de sécurité.

Cette ambiguïté pourrait peser sur la crédibilité internationale du Portugal à moyen terme, notamment dans la perspective de sa candidature au Conseil de sécurité pour le biennium 2027-2028. Une lecture sélective du multilatéralisme fragilise la lisibilité diplomatique d’un État historiquement attaché au respect des cadres internationaux et à la stabilité des équilibres régionaux.

Du point de vue marocain, cette abstention ne saurait être perçue comme un prolongement naturel de la relation historique liant Rabat et Lisbonne, relation récemment mise en valeur par la commémoration, en 2025, du 250ᵉ anniversaire du traité de paix entre les deux pays. Elle interroge également la fidélité symbolique à la mémoire de Mário Soares, fondateur du Parti socialiste portugais et artisan du rapprochement stratégique entre les deux rives, dont le centenaire de naissance a été célébré la même année.

À mesure que les rapports de force régionaux évoluent, les ambiguïtés diplomatiques tendent à fragiliser la capacité d’un État à peser durablement dans les équilibres méditerranéens et nord-africains. Cet épisode parlementaire rappelle l’utilité d’un dialogue politique renforcé entre partenaires historiques. Il appartient notamment aux forces progressistes marocaines et portugaises de réinvestir les canaux d’échange afin de préserver une relation bilatérale fondée sur la continuité stratégique, la lucidité politique et le respect des équilibres régionaux.

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