Le navire d’expédition antarctique MV Hondius poursuit sa route vers les îles Canaries avec à son bord l’un des foyers sanitaires les plus surveillés du moment. Huit cas confirmés de hantavirus et trois décès ont été recensés parmi les passagers et membres d’équipage, provoquant une mobilisation coordonnée entre l’Organisation mondiale de la santé (OMS), les autorités espagnoles et plusieurs centres européens spécialisés.
L’identification du virus à l’origine de l’épidémie a rapidement attiré l’attention des autorités sanitaires internationales. Selon les analyses menées par l’Institut national sud-africain des maladies transmissibles et les Hôpitaux universitaires de Genève, il s’agit du « virus des Andes », une souche particulièrement rare et redoutée. Particularité majeure : c’est le seul hantavirus connu capable de se transmettre d’une personne à l’autre.
Le cas suscite d’autant plus d’inquiétudes que le navire avait quitté Ushuaïa, en Argentine, début avril, avant de traverser l’Atlantique Sud en direction de l’Europe. L’OMS estime néanmoins que le risque pour la population européenne reste « très faible », notamment en raison des protocoles de confinement déjà activés à bord.
Une famille de virus encore peu connue du grand public
Le hantavirus désigne une famille regroupant plusieurs dizaines de variantes virales, transmises principalement par les rongeurs infectés. Dans la majorité des cas recensés en Europe et en Asie, ces virus provoquent des syndromes hémorragiques accompagnés de complications rénales, avec un taux de mortalité relativement limité.
En Amérique latine, le tableau clinique est plus sévère. Le virus des Andes peut provoquer un syndrome pulmonaire aigu entraînant de graves complications respiratoires et cardiaques. En Argentine, où cette souche circule principalement, le taux de mortalité observé lors des formes sévères avoisine actuellement 40 %.
Découvert en 1995, le virus des Andes a pour réservoir naturel le rat à longue queue, présent dans plusieurs régions du cône sud-américain. Contrairement aux autres hantavirus, qui se transmettent par inhalation de particules contaminées provenant des excréments ou de l’urine de rongeurs, cette variante peut également circuler entre humains lors de contacts étroits et prolongés.
Les études menées en Argentine et au Chili montrent que les principaux facteurs de contamination sont les relations rapprochées : vie commune dans un espace fermé, proximité prolongée avec un malade symptomatique ou échanges de fluides corporels.
Pourquoi les autorités restent prudentes sans céder à l’alarmisme
Malgré les décès enregistrés à bord du MV Hondius, les agences sanitaires européennes insistent sur un point : il ne s’agit pas d’un scénario comparable à celui du Covid-19.
Le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC) considère que la capacité de propagation du virus des Andes demeure limitée. Les précédents foyers observés en Amérique du Sud montrent que les chaînes de transmission restent relativement courtes et géographiquement contenues.
Le plus important foyer documenté remonte à la période 2018-2019 dans la province argentine de Chubut, avec 144 cas et 19 décès. Même dans ce contexte, le virus n’avait pas provoqué une diffusion massive comparable à celle des grands virus respiratoires.
Les autorités espagnoles cherchent donc à maintenir un équilibre délicat entre vigilance sanitaire et limitation de la panique. La ministre espagnole de la Santé, Mónica García, a insisté sur le fait que le dispositif prévu aux Canaries ne représente aucun danger pour la population locale.
Un protocole exceptionnel aux Canaries et à Madrid
Le navire doit accoster au port de Granadilla de Abona, dans le sud de Tenerife. Une première évaluation médicale sera réalisée directement sur place pour l’ensemble des passagers et de l’équipage.
Les quatorze ressortissants espagnols présents à bord — treize touristes et une membre d’équipage — seront ensuite transférés par avion militaire vers Madrid afin d’être placés sous surveillance au sein de l’hôpital militaire Gómez Ulla, équipé d’unités de confinement de haut niveau biologique.
Les passagers étrangers asymptomatiques seront rapatriés vers leurs pays respectifs sous strict contrôle sanitaire.
À ce stade, aucun traitement spécifique ni vaccin contre le virus des Andes n’existe. Certaines expérimentations menées au Chili à partir de plasma provenant de patients guéris ont toutefois montré des résultats encourageants.
Les zones d’ombre persistent
La principale inconnue concerne désormais les 23 passagers qui avaient quitté le navire sur l’île de Sainte-Hélène avant que l’épidémie ne soit officiellement détectée.
L’OMS coordonne actuellement un suivi international afin de localiser ces voyageurs et surveiller leur état de santé. Jusqu’à présent, un seul cas confirmé hors du navire a été identifié : un citoyen suisse hospitalisé à Zurich.
Autre difficulté : la période d’incubation du virus, qui peut s’étendre de une à six semaines. Cette caractéristique complique considérablement le suivi des contacts et l’évaluation du risque réel de transmission secondaire.
Pour les autorités sanitaires européennes, le défi consiste désormais à empêcher toute propagation tout en évitant une psychose disproportionnée autour d’un virus encore peu connu du grand public.