Madrid – Le juge d’instruction Juan Carlos Peinado a convoqué mercredi Begoña Gómez, épouse du président du gouvernement espagnol Pedro Sánchez, afin qu’elle remette son passeport à la justice. Cette décision intervient quelques jours après l’ouverture de la procédure de renvoi devant un tribunal populaire dans une affaire qui continue d’alimenter le débat politique en Espagne.
Selon l’ordonnance du magistrat, Begoña Gómez devra se présenter au tribunal de la Plaza de Castilla à Madrid afin de remettre son document de voyage. Cristina Álvarez, collaboratrice de Mme Gómez à la Moncloa et également mise en cause dans la procédure, a reçu la même convocation.
Les deux femmes doivent également indiquer si elles disposent d’autres passeports, notamment diplomatiques ou étrangers.
Quatre chefs d’accusation
Le juge a décidé de renvoyer Begoña Gómez devant un jury populaire pour répondre de quatre infractions présumées : trafic d’influence, corruption dans les affaires, détournement de fonds publics et appropriation indue.
L’intéressée conteste l’ensemble des accusations et rappelle qu’aucune condamnation n’a été prononcée à son encontre. La procédure se trouve encore à un stade judiciaire qui permet à la défense de présenter ses arguments et d’exercer les recours prévus par la loi.
L’homme d’affaires Juan Carlos Barrabés devra également comparaître dans une procédure distincte portant sur des soupçons liés à l’attribution de contrats publics.
Retrait du passeport et interdiction de quitter le territoire
Le magistrat a ordonné trois mesures conservatoires : le retrait du passeport, l’interdiction de quitter le territoire espagnol et l’obligation de se présenter devant la justice tous les quinze jours.
L’avocat de Begoña Gómez, l’ancien ministre de l’Intérieur Antonio Camacho, a déjà annoncé un recours contre ces mesures devant l’Audience provinciale de Madrid, estimant qu’elles sont disproportionnées.
Le juge Peinado a justifié sa décision en évoquant un risque de fuite, une argumentation qui a provoqué une vive polémique. Dans son ordonnance, il a notamment estimé que les policiers chargés de la protection de l’épouse du chef du gouvernement pourraient, dans certaines circonstances, faciliter une éventuelle fuite.
Ces déclarations ont conduit le Conseil général du pouvoir judiciaire (CGPJ), organe de gouvernance des magistrats espagnols, à engager une procédure disciplinaire préliminaire à l’encontre du juge.
Une affaire hautement politique
L’affaire Begoña Gómez est devenue l’un des principaux sujets de confrontation entre le gouvernement socialiste et l’opposition conservatrice.
Le gouvernement de Pedro Sánchez dénonce une procédure « disproportionnée » et accuse le juge d’avoir conduit une instruction dépourvue de fondement juridique. Le ministre de la Justice, Félix Bolaños, a estimé que certaines décisions prises dans ce dossier étaient « difficiles à comprendre » pour l’opinion publique.
De son côté, le Parti socialiste (PSOE) a apporté son soutien à l’épouse du chef du gouvernement, plusieurs responsables du parti dénonçant ce qu’ils considèrent comme une instrumentalisation politique de la justice.
Les formations d’opposition et les parties civiles rejettent ces accusations et défendent l’indépendance du pouvoir judiciaire.
Un procès encore loin d’être jugé
La date du procès n’a pas encore été fixée et la composition du jury populaire reste à déterminer.
L’affaire devrait continuer à occuper une place importante dans le débat politique espagnol au cours des prochains mois, dans un contexte déjà marqué par de fortes tensions entre le gouvernement, l’opposition et certaines institutions judiciaires.
En attendant, Begoña Gómez demeure présumée innocente et bénéficie, comme toute personne poursuivie, de la présomption d’innocence jusqu’à une éventuelle décision de justice définitive.