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Israël: Gadi Eisenkot, le rival de Netanyahu aux racines marocaines, prend la tête des sondages

18 août 2026 - 12:38

Fils de Juifs marocains et ancien chef d’état-major, Gadi Eisenkot s’impose comme la principale figure du camp opposé à Benjamin Netanyahu. Après avoir pris l’avantage dans plusieurs sondages, le dirigeant du parti centriste Yashar tente désormais de séduire les électeurs déçus du Likoud. Son ascension remet également en lumière l’histoire singulière de son patronyme, qui dériverait d’un ancien nom judéo-marocain aux possibles racines amazighes.

À quelques semaines des élections législatives israéliennes prévues le 27 octobre, Gadi Eisenkot durcit le ton face à Benjamin Netanyahu. Le dirigeant du parti centriste Yashar a qualifié la liste issue des primaires du Likoud de «liste du 7 octobre», estimant que ses membres ne sont «pas dignes» de diriger Israël.

Selon lui, la nouvelle équipe du parti au pouvoir rassemble les mêmes responsables qui ont «divisé la société israélienne» et conduit le pays à «la pire catastrophe depuis la fondation de l’État», avant de refuser d’en assumer la responsabilité.

L’ancien chef d’état-major reproche également au Likoud d’avoir favorisé, en pleine guerre, l’exemption massive du service militaire dont bénéficient les membres de la communauté ultraorthodoxe.

S’adressant directement aux électeurs conservateurs déçus par Netanyahu, Eisenkot leur a lancé un appel sans ambiguïté: «Vous avez un foyer. Vous pouvez compter sur nous.»

Cette offensive révèle sa stratégie électorale. Le dirigeant de Yashar ne veut plus apparaître comme un simple représentant du centre ou comme un candidat supplémentaire au sein d’une opposition fragmentée. Il cherche à devenir une solution de remplacement capable de rassembler le centre, une partie de la droite et les électeurs du Likoud hostiles au maintien de Netanyahu au pouvoir.

La nouvelle figure centrale de l’opposition

Gadi Eisenkot s’est progressivement imposé comme la principale figure du camp opposé au Premier ministre. Son parti Yashar —un nom hébreu pouvant signifier «droit», «intègre» ou «honnête»— devance désormais le Likoud dans plusieurs enquêtes d’opinion.

Un sondage de Channel 12 attribue 24 sièges à Yashar, contre 22 au Likoud. Une autre enquête publiée par Zman Yisrael crédite la formation d’Eisenkot de 25 sièges, contre 21 pour le parti de Netanyahu.

L’ancien militaire a ainsi relégué au second plan plusieurs personnalités traditionnelles de l’opposition, notamment Yair Lapid et Naftali Bennett. Il ne dirige pas formellement l’ensemble du bloc anti-Netanyahu, mais il en est devenu la principale référence électorale et le candidat le mieux placé pour revendiquer la direction d’un éventuel gouvernement d’alternance.

Son arrivée en tête des sondages ne garantit toutefois pas son accession au pouvoir. Israël étant une démocratie parlementaire, le chef du parti ayant obtenu le plus de députés ne devient pas automatiquement Premier ministre. Il doit réunir une coalition disposant d’au moins 61 des 120 sièges de la Knesset.

Or, malgré la progression de Yashar, les projections montrent que le bloc opposé à Netanyahu reste proche de la majorité sans être assuré de l’atteindre. Les réticences de plusieurs partis sionistes à gouverner avec des formations représentant les citoyens palestiniens d’Israël pourraient notamment compliquer la constitution d’une majorité.

Il est donc plus exact de présenter Eisenkot comme le favori de plusieurs sondages et un possible successeur de Netanyahu que comme le futur Premier ministre.

Du haut commandement à la rupture avec Netanyahu

Âgé de 66 ans, Gadi Eisenkot a dirigé l’armée israélienne entre 2015 et 2019. Après les attaques menées par le Hamas le 7 octobre 2023, il avait rejoint le cabinet de guerre constitué par Netanyahu, avant de le quitter en juin 2024.

Il avait alors dénoncé l’absence d’une stratégie politique claire pour Gaza et accusé le Premier ministre de faire passer sa survie gouvernementale avant les intérêts stratégiques du pays.

Depuis, Eisenkot réclame la création d’une commission d’enquête sur les défaillances ayant permis les attaques du 7 octobre. Son programme prévoit également la reconstruction des régions touchées par la guerre, une réforme du fonctionnement de l’État, des investissements dans l’éducation et la santé, ainsi que l’élargissement du service militaire aux ultraorthodoxes.

Son parcours personnel occupe une place importante dans son image publique. Son fils Gal, âgé de 25 ans, a été tué en décembre 2023 pendant les opérations de l’armée israélienne dans la bande de Gaza. Deux de ses neveux sont également morts durant la guerre.

Ces pertes lui ont conféré une crédibilité particulière auprès d’une partie de la société israélienne. Ses partisans le présentent comme un responsable austère et peu porté sur les effets de tribune, ayant personnellement payé le prix du conflit et susceptible de restaurer la confiance dans les institutions.

Une alternative politique, mais pas une rupture sur Gaza

Présenter Eisenkot comme le principal rival de Netanyahu ne signifie cependant pas qu’il incarne une rupture profonde avec la doctrine sécuritaire israélienne.

Comme la majorité des dirigeants de l’opposition, l’ancien chef d’état-major a soutenu dans leurs grandes lignes les opérations militaires menées à Gaza, au Liban et en Iran. Ses désaccords avec Netanyahu portent essentiellement sur la conduite stratégique des conflits, l’absence d’objectifs politiques pour l’après-guerre et l’isolement international croissant d’Israël.

Eisenkot est également associé à la «doctrine Dahiyeh», élaborée après la guerre du Liban de 2006 et fondée sur le recours à une puissance militaire disproportionnée contre les infrastructures des zones considérées comme des bastions ennemis.

Son opposition à Netanyahu ne doit donc pas être interprétée comme l’annonce automatique d’un changement de politique envers les Palestiniens. Elle traduit surtout une bataille pour la direction de l’État israélien, la gestion de sa sécurité et la définition de ses alliances régionales.

Un fils d’immigrés marocains

L’ascension d’Eisenkot retient aussi l’attention au Maroc en raison de ses origines familiales. Né à Tibériade en 1960 et élevé à Eilat, il est le fils de parents juifs marocains. Sa mère était originaire de Casablanca et son père de Marrakech, tandis que la famille avait également des attaches à Safi.

Lorsqu’il avait été nommé chef d’état-major en 2014, il était devenu le premier Israélien issu d’une famille marocaine à atteindre le sommet de la hiérarchie militaire.

Ce parcours contraste avec celui de Netanyahu, souvent associé aux élites politiques et diplomatiques israéliennes et qui a passé une partie de sa jeunesse aux États-Unis. Eisenkot, lui, vient d’un milieu populaire, a grandi loin des principaux centres de pouvoir et a consacré près de quatre décennies à l’armée.

Cette biographie constitue désormais un élément de sa campagne. Elle lui permet de se présenter comme un dirigeant enraciné dans la société israélienne ordinaire, face à un Premier ministre qu’il accuse d’être coupé des conséquences de ses propres décisions.

D’Azenkot à Eisenkot

Son patronyme, dont la sonorité peut sembler ashkénaze ou germanique, avait déjà suscité des interrogations lors de sa nomination à la tête de l’armée.

Dans un article publié en décembre 2014, le quotidien Haaretz avançait que le nom de la famille aurait initialement été Azenkot ou Azencot, un patronyme attesté depuis plusieurs siècles parmi les communautés juives du Maroc et de Tunisie.

La famille Azencot comptait plusieurs personnalités connues dans le Tanger du XIXe siècle. David Azencot avait notamment travaillé comme interprète auprès du consulat français, tandis qu’Abraham Azencot figurait parmi les membres influents de la communauté juive de la ville.

Des traces plus anciennes du patronyme apparaissent également dans les archives séfarades européennes. Le rabbin Saadia Azencot, originaire du monde judéo-marocain, vivait ainsi aux Pays-Bas au XVIIe siècle.

Une possible racine amazighe

Selon l’hypothèse rapportée par Haaretz, Azenkot dériverait d’un terme amazigh, «azankad», auquel l’article attribue le sens de «cerf». Des formes proches apparaîtraient dans les noms de certains groupes tribaux du sud du Maroc, notamment dans la région de Tata.

Les premiers porteurs juifs du patronyme auraient pu vivre au contact de communautés amazighes ou entretenir avec elles des relations commerciales. Cette interprétation témoignerait des interactions anciennes entre les composantes juive et amazighe de la société marocaine.

Elle ne permet cependant pas d’établir une filiation tribale précise. En l’absence d’une démonstration linguistique et généalogique plus complète, l’origine amazighe du nom doit être présentée comme une hypothèse sérieuse, mais non comme une certitude définitivement acquise.

La transformation d’Azenkot en Eisenkot se serait produite lors de l’arrivée du père du général en Israël. Un employé chargé d’enregistrer la famille aurait transcrit le patronyme sous une forme évoquant un nom ashkénaze. Cette explication, fréquemment reprise depuis 2014, demeure elle aussi difficile à vérifier en l’absence du document administratif original.

Les origines marocaines d’Eisenkot et l’ancienneté du nom Azencot dans les communautés juives du Maghreb sont documentées. La dérivation exacte du patronyme et les circonstances de sa modification relèvent, en revanche, d’une reconstitution historique encore incomplète.

Une origine ne détermine pas une politique

Le retour de cette histoire au moment où Eisenkot progresse dans les sondages possède une portée symbolique évidente. Un homme issu d’une famille juive marocaine et d’un milieu modeste pourrait diriger le premier parti de la Knesset et prétendre succéder au Premier ministre ayant dominé la vie politique israélienne pendant plusieurs décennies.

Mais ses racines marocaines ou les possibles origines amazighes de son nom ne permettent de lui attribuer ni une proximité particulière avec le Maroc ni une politique plus favorable aux Palestiniens.

Une histoire familiale éclaire une trajectoire sociale; elle ne détermine pas une doctrine militaire ou un programme gouvernemental.

Gadi Eisenkot représente aujourd’hui la menace électorale la plus sérieuse pour Netanyahu. En qualifiant la direction du Likoud de «liste du 7 octobre» et en tendant la main à ses électeurs mécontents, il ouvre une nouvelle phase de sa campagne: celle de la conquête d’une droite israélienne qui souhaite tourner la page Netanyahu sans nécessairement renoncer à ses choix sécuritaires.

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