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Espagne : la population étrangère a contribué à près de 74 % de la croissance économique depuis 2018

26 juin 2026 - 13:20

La population étrangère et les personnes disposant d’une double nationalité ont joué un rôle décisif dans la croissance économique espagnole au cours des dernières années. Selon un rapport présenté par l’Institut d’études économiques (IEE), organisme lié à la Confédération espagnole des organisations patronales (CEOE), cette population a contribué à 73,9 % de la hausse du PIB espagnol entre 2018 et 2025.

Le rapport, intitulé L’augmentation démographique en Espagne comme facteur explicatif du cycle économique actuel, estime que l’économie espagnole a progressé de 12,3 points en termes réels sur cette période. Sur ce total, 9,1 points seraient liés à la population étrangère ou binationale, contre 3,2 points attribués à la population née en Espagne. Le facteur démographique, à lui seul, expliquerait 43 % de la croissance cumulée.

Cette donnée intervient alors que l’Espagne s’est distinguée ces dernières années par une croissance supérieure à celle de la zone euro. En 2025, le PIB espagnol a progressé de 2,8 %, soit le double de la moyenne de la zone euro, estimée à 1,4 %. Pour l’IEE, cette dynamique ne peut être comprise sans tenir compte de l’apport migratoire.

Entre 2018 et 2025, la population née en Espagne a reculé de 1,9 %, tandis que la population résidente née à l’étranger a augmenté de 52,5 %, passant de 6,2 à 9,5 millions de personnes. Sans cette progression, l’Espagne aurait connu une contraction démographique et une capacité de croissance plus limitée.

Un marché du travail porté par l’immigration

L’impact est particulièrement visible sur le marché du travail. Sur les deux millions de personnes entrées dans la population active espagnole entre 2018 et 2025, 97 % sont étrangères ou disposent d’une double nationalité. Dans le même temps, la population active née en Espagne est restée pratiquement stable, autour de 19,3 millions de personnes, sous l’effet du vieillissement et des départs à la retraite.

Le profil démographique des migrants renforce cette contribution : huit personnes étrangères sur dix sont en âge de travailler, contre six sur dix parmi la population nationale. Selon l’IEE, l’immigration a ainsi couvert près des deux tiers des emplois créés depuis 2018. Les travailleurs étrangers représentent désormais 21,3 % de l’ensemble des personnes occupées en Espagne.

Le rapport souligne également que les ménages comprenant des personnes nées à l’étranger expliquent 86 % de la croissance de la consommation privée sur la période étudiée. Leur intégration sur le marché du travail a donc soutenu non seulement la production, mais aussi la demande intérieure.

Autre élément important : la population étrangère présente un taux de dépendance beaucoup plus faible que la population nationale. Il s’établit à 10 %, contre 35,5 % pour les Espagnols nés dans le pays. Cette structure d’âge fait de l’immigration un soutien essentiel pour le financement du système de retraites à court et moyen terme.

Une donnée sensible pour le débat migratoire

Pour un pays voisin comme le Maroc, cette évolution revêt un intérêt particulier. L’Espagne est l’une des principales destinations européennes des travailleurs marocains, présents notamment dans l’agriculture, le bâtiment, l’hôtellerie, la logistique et les services à la personne. Même si le rapport ne détaille pas la contribution par nationalité, ses conclusions éclairent le rôle économique global des populations immigrées dans la prospérité espagnole récente.

Le constat est politiquement sensible : l’économie espagnole ne croît pas malgré l’immigration, mais en grande partie grâce à elle. Cette lecture contraste avec les discours restrictifs qui dominent parfois le débat européen sur les migrations.

Le rapport invite toutefois à nuancer cette dynamique. Le modèle de croissance espagnol repose fortement sur l’augmentation du nombre de travailleurs, alors que la productivité par personne occupée a légèrement reculé de 0,1 % sur la période. Autrement dit, la croissance est réelle, mais elle s’appuie davantage sur la démographie et l’emploi que sur des gains d’efficacité.

L’IEE revoit par ailleurs sa prévision de croissance pour 2026 à 2,1 %, contre 2,8 % en 2025, en raison notamment du contexte international, de la guerre en Iran et des tensions inflationnistes liées à l’énergie. Pour 2027, l’organisme anticipe un nouveau ralentissement, avec une croissance de 1,8 %.

Le marché du logement apparaît comme l’un des principaux effets collatéraux de cette poussée démographique. En 2025, l’Espagne a créé près de 230.000 nouveaux ménages, mais seulement 80.000 logements neufs ont été achevés, accentuant la pression sur les prix et l’accès au logement.

Au-delà des chiffres, le rapport met en lumière une réalité structurelle : face au vieillissement de sa population, l’Espagne dépend de plus en plus des flux migratoires pour maintenir son niveau d’activité, son marché du travail, sa consommation et son système de protection sociale. Pour les pays d’origine, dont le Maroc, cette évolution confirme aussi le poids économique et social croissant de leurs diasporas dans les économies européennes.

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