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Maroc : plus de 16 millions d'électeurs absents des urnes, un rapport alerte sur une crise de la représentativité

28 juin 2026 - 11:03

Plus de 16 millions de Marocains en âge de voter n’ont pas participé aux élections législatives de 2021. C’est le constat préoccupant dressé par un rapport sur « La scène politique et partisane au Maroc à l’horizon 2035 », qui estime que la progression de « la majorité silencieuse » constitue désormais l’un des principaux défis de la démocratie représentative dans le Royaume.

Réalisée par le Centre africain des études stratégiques et de la transformation numérique, cette étude considère que la faiblesse de la participation électorale ne traduit plus seulement une baisse de mobilisation, mais révèle une crise de confiance susceptible d’affecter la légitimité des institutions élues.

Une participation limitée à moins de 35 %

Selon le rapport, le Maroc comptait environ 25,23 millions de citoyens en âge de voter lors des élections de 2021. Pourtant, seuls 17,51 millions étaient inscrits sur les listes électorales et 8,8 millions ont effectivement voté, soit 34,9 % de l’ensemble des électeurs potentiels.

En conséquence, près de 16,4 millions de citoyens, représentant 65,1 % du corps électoral potentiel, sont restés en dehors du processus électoral.

Pour les auteurs, ces chiffres dépassent le simple constat d’une faible participation. Ils interrogent la capacité des institutions issues des urnes à refléter l’ensemble de la société marocaine, alors même que les majorités parlementaires reposent sur une base électorale beaucoup plus réduite que ne le suggèrent les résultats officiels.

Deux formes d’abstention

Le rapport distingue deux phénomènes complémentaires.

Le premier concerne les citoyens qui ne s’inscrivent pas sur les listes électorales. Ils seraient environ 7,7 millions à rester totalement en dehors du système.

Le second concerne les électeurs inscrits qui choisissent de ne pas voter, soit près de 8,7 millions de personnes.

Selon les chercheurs, toute stratégie visant à renforcer la participation devra agir simultanément sur ces deux niveaux : faciliter l’inscription des électeurs tout en restaurant la confiance dans l’utilité du vote.

Une défiance envers les partis

L’étude attribue cette abstention à plusieurs facteurs : la déception vis-à-vis des performances des partis politiques, la faible confiance accordée aux institutions représentatives, le sentiment que le vote ne modifie pas concrètement les conditions de vie, mais aussi les préoccupations économiques et sociales qui relèguent la participation politique au second plan.

Les auteurs évoquent également l’absence de programmes jugés suffisamment crédibles et réalisables pour convaincre une partie importante de l’électorat.

Le phénomène touche particulièrement les jeunes, les habitants des grandes villes et les catégories les plus diplômées. Ces groupes privilégient désormais les réseaux sociaux, les plateformes numériques et les formes d’engagement citoyen plutôt que les canaux politiques traditionnels.

Restaurer la confiance

Le rapport met en garde contre un cercle vicieux : plus l’abstention progresse, plus les citoyens doutent de l’impact de leur vote, ce qui alimente une nouvelle baisse de la participation lors des scrutins suivants.

Pour inverser cette tendance, les auteurs recommandent plusieurs réformes, parmi lesquelles l’inscription automatique sur les listes électorales à la majorité, une cartographie précise des zones et des catégories les plus touchées par l’abstention, la simplification des procédures de vote ainsi que l’étude de solutions numériques sécurisées pour faciliter la participation.

La conclusion est claire : la crise de la participation ne pourra être résolue par de simples appels à voter. Elle suppose une rénovation plus profonde de l’offre politique, capable de restaurer la confiance des citoyens et de convaincre les nouvelles générations que leur participation peut réellement influencer les décisions publiques et renforcer la légitimité des institutions élues.

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