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Tentatives de passage vers Sebta : un chercheur appelle les médias à employer des termes plus précis

16 août 2026 - 13:01

Pour Hassan Ben Taleb, qualifier de « migrants marocains » des personnes qui se trouvent encore au Maroc et tentent de franchir la frontière peut créer une confusion. Le chercheur privilégie l’expression « candidats à la migration », tout en rappelant que celle-ci ne correspond à aucun statut juridique.

La couverture médiatique des tentatives de passage vers la ville occupée de Sebta devrait s’appuyer sur une terminologie plus précise, estime Hassan Ben Taleb, chercheur en politiques publiques migratoires.

Dans une déclaration à Alyaoum24, il considère que l’expression « migrants marocains » peut prêter à confusion lorsqu’elle désigne des personnes qui se trouvent encore sur le territoire national et cherchent à franchir la frontière.

Le chercheur préfère parler de « candidats à la migration » ou de « personnes engagées dans un projet migratoire ». Selon lui, ces formulations rendent mieux compte de la situation d’individus qui souhaitent atteindre une destination déterminée, mais dont le déplacement transfrontalier ne s’est pas encore concrétisé.

La question ne serait donc pas seulement linguistique. Elle comporterait également des dimensions temporelles, géographiques, analytiques et médiatiques. Employer le mot « migrant » peut laisser entendre que la migration a déjà eu lieu, alors que les personnes encore présentes au Maroc se situent à une étape antérieure du processus.

Un parcours composé de plusieurs étapes

Hassan Ben Taleb rappelle qu’un parcours migratoire ne se résume pas au franchissement d’une frontière. Il commence généralement par l’apparition d’un désir ou d’une intention de partir, puis par la décision de quitter son lieu de résidence et le déplacement vers une frontière.

Viennent ensuite la tentative de passage, l’arrivée éventuelle dans le territoire de destination et, dans certains cas, l’installation. Chacune de ces étapes correspond à une situation différente. Les réunir sous une seule appellation risque, selon le chercheur, de simplifier une réalité beaucoup plus complexe.

La dimension géographique est également déterminante. Une personne qui se trouve encore sur le territoire marocain, même après avoir commencé à se déplacer vers la frontière, ne peut pas être présentée comme un « migrant marocain se trouvant à Sebta ».

Pour décrire cette situation sans anticiper sur l’issue du parcours, les médias peuvent aussi recourir à une formulation strictement factuelle : « personnes tentant de franchir la frontière » ou « personnes essayant de rejoindre Sebta ».

Des mots qui influencent la perception du public

Le choix des termes ne serait pas neutre. D’après Hassan Ben Taleb, les expressions employées par les médias contribuent à façonner la perception collective de la migration, mais aussi la manière dont l’opinion publique interprète les intentions, le parcours et la situation des personnes concernées.

Il met toutefois en garde contre une autre confusion : l’expression « candidat à la migration » ne constitue ni une catégorie juridique ni un statut administratif. La situation légale d’une personne dépend notamment du franchissement ou non de la frontière, de sa nationalité, de son parcours individuel et d’une éventuelle demande de protection internationale.

La distinction proposée relève donc principalement de la précision journalistique. Elle ne saurait se substituer aux catégories juridiques de « demandeur d’asile », de « réfugié » ou de personne en situation administrative irrégulière, qui répondent à des définitions et à des procédures particulières.

Le débat reste néanmoins ouvert. L’Organisation internationale pour les migrations rappelle qu’il n’existe pas, à l’échelle internationale, de définition universellement admise du terme « migrant ». Selon les contextes, celui-ci peut désigner une personne ayant déjà changé de lieu de résidence, mais aussi une personne engagée dans un processus de mobilité.

La proposition de Hassan Ben Taleb doit ainsi être comprise comme une recommandation éditoriale plutôt que comme une règle terminologique absolue. Dans le cas de personnes encore présentes au Maroc, l’expression « candidats marocains à la migration tentant de rejoindre Sebta » lui paraît plus précise que celle de « migrants marocains à Sebta ».

Pour le chercheur, cette rigueur n’est pas un luxe lexical. Elle relève de la responsabilité éthique des médias : les mots ne servent pas uniquement à décrire une réalité, ils participent aussi à sa construction dans l’esprit du public.

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