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Une chercheuse : la migration des mineurs vers Sebta est un phénomène structurel et historique, bien au-delà des circonstances actuelles

05 août 2026 - 07:42

La répétition des tentatives de migration irrégulière vers Sebta (Ceuta), marquées par la présence croissante de mineurs non accompagnés, ne doit pas être interprétée comme une conséquence ponctuelle des événements récents. C’est l’analyse défendue par Hanan Serghini, professeure à l’Université Cadi Ayyad de Marrakech, chercheuse à l’Institut marocain d’analyse des politiques (MIPA) et membre de l’Association marocaine des études et recherches sur les migrations de l’Université Mohammed V de Rabat.

Dans une déclaration accordée à Alyaoum24, la chercheuse estime que le phénomène s’inscrit dans une dynamique historique de longue durée propre aux migrations irrégulières en Méditerranée. Selon elle, limiter l’analyse aux seuls événements récents conduit à une lecture réductrice qui occulte les racines historiques et sociales ayant façonné et perpétué cette réalité.

Hanan Serghini rappelle que la présence de mineurs dans les zones frontalières marocaines, notamment à Tanger, Nador et Beni Ansar, remonte aux années 1990. Au fil des décennies, des espaces informels d’attente se sont constitués autour des ports et des gares routières, où de nombreux mineurs en situation de grande vulnérabilité espèrent une occasion de rejoindre Sebta ou Melilla.

Hanan Serghini, professeure à l’Université Cadi Ayyad de Marrakech

Pour la chercheuse, cette continuité historique confirme qu’il s’agit d’un phénomène structurel et non d’une simple réaction à des circonstances passagères. Elle souligne également que les dispositifs d’accueil et de protection des mineurs non accompagnés en Espagne jouent un rôle ambivalent : s’ils répondent à une exigence de protection des droits fondamentaux, ils peuvent aussi alimenter, dans certains milieux, la perception selon laquelle la migration représente une voie d’intégration sociale et d’amélioration des conditions de vie.

Toutefois, Hanan Serghini insiste sur le fait que réduire le phénomène à un simple « facteur d’attraction institutionnel » serait une erreur d’analyse. Les véritables déterminants de la migration sont, selon elle, beaucoup plus complexes. La pauvreté, la précarité, le décrochage scolaire — régulièrement identifié par l’UNESCO parmi les principaux facteurs de départ précoce —, l’inadéquation entre les formations et les besoins du marché du travail, la fragilisation des structures familiales et les différentes formes d’instabilité sociale contribuent ensemble à créer un environnement favorable au départ des mineurs.

La chercheuse met également en avant le poids des représentations sociales liées à la migration. Dans plusieurs contextes locaux, l’Europe continue d’être perçue comme un espace d’ascension sociale rapide et d’opportunités, en contraste avec les perspectives limitées offertes localement. L’interaction entre ces imaginaires collectifs et les difficultés socio-économiques produit des décisions migratoires complexes qui ne peuvent être expliquées par un seul facteur.

En conclusion, Hanan Serghini considère que la migration des mineurs vers Sebta et Melilla constitue un phénomène multidimensionnel, à l’intersection des facteurs structurels, des politiques publiques, des représentations sociales et des mécanismes de protection. Elle plaide pour une approche globale dépassant les seules réponses sécuritaires, fondée sur une meilleure compréhension des causes profondes du phénomène, ainsi que sur le développement de voies de migration légales et sûres, tout en renforçant la coopération entre le Maroc, l’Espagne et l’Union européenne pour mieux protéger les enfants migrants et prévenir les réseaux de traite et de migration irrégulière.

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