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À Ceuta, des groupes de messagerie seraient utilisés pour organiser des expéditions contre des migrants

06 août 2026 - 11:09

Alors que la crise migratoire provoquée par les arrivées massives à Ceuta continue d’alimenter le débat politique en Espagne, de nouveaux témoignages font état de violences visant des migrants en situation irrégulière dans plusieurs quartiers de l’enclave espagnole.

Selon une enquête publiée par le quotidien El País, des groupes de discussion sur WhatsApp serviraient à coordonner des rondes de riverains qui sillonnent certains secteurs de la ville afin d’empêcher le passage de migrants et, dans certains cas, de les agresser physiquement.

Le témoignage de Sandra López, responsable locale du Parti socialiste (PSOE), figure parmi les éléments rapportés par le journal. Elle affirme avoir rencontré un jeune migrant marocain qui lui aurait montré plusieurs blessures au bras et sur différentes parties du corps, affirmant avoir été agressé alors qu’il tentait de traverser le quartier de Postigo pour rejoindre Benzú.

Toujours selon ce témoignage, plusieurs habitants auraient installé des barrages improvisés à l’entrée du quartier. L’un des individus aurait été aperçu muni d’une batte de baseball, tandis que des migrants auraient préféré effectuer un long détour afin d’éviter cette zone.

La peur des représailles

L’enquête souligne que de nombreux migrants renonceraient à déposer plainte par crainte d’être identifiés par les autorités espagnoles puis placés en procédure de retour vers le Maroc.

Cette situation créerait un paradoxe : des personnes qui affirment avoir été victimes d’agressions hésitent à solliciter la protection de la police, estimant qu’une telle démarche pourrait compromettre leur maintien sur le territoire espagnol.

À ce stade, aucune donnée officielle ne permet toutefois d’établir l’ampleur exacte de ces violences ni le nombre de plaintes effectivement enregistrées.

Une ville toujours sous tension

Ces accusations interviennent alors que les autorités espagnoles poursuivent les opérations de gestion de la crise migratoire.

Le nombre de migrants encore présents à Ceuta fait toujours l’objet d’évaluations divergentes. Le délégué du gouvernement espagnol évoque environ 2 500 personnes, tandis que le président de la ville autonome, Juan Jesús Vivas, estime que ce chiffre pourrait atteindre 6 000.

La majorité des migrants concernés sont de jeunes ressortissants d’Afrique subsaharienne qui attendent une place au Centre de séjour temporaire pour immigrés (CETI).

Deux réalités qui coexistent

L’enquête d’El País décrit une ville traversée par deux réalités parallèles. D’un côté, les célébrations traditionnelles de la Vierge d’Afrique, qui ont finalement été maintenues après plusieurs jours d’incertitude ; de l’autre, des centaines de migrants faisant la queue sur une plage pour recevoir une aide alimentaire distribuée par la Croix-Rouge.

Entre ces deux univers, certains quartiers demeurent le théâtre d’une forte tension, alimentée par la pression migratoire, les inquiétudes d’une partie des habitants et un climat politique de plus en plus polarisé autour de la question de l’immigration.

Si les faits rapportés venaient à être confirmés par les autorités judiciaires, ils illustreraient une évolution préoccupante du climat social à Ceuta, où la crise migratoire ne se limite plus aux enjeux humanitaires et sécuritaires, mais soulève désormais des interrogations sur la coexistence, la protection des personnes vulnérables et le respect de l’État de droit.

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