Le président de la FIFA a reçu en Colombie l’appui de plusieurs fédérations sud-américaines après le retrait de son projet controversé d’ouverture aux capitaux privés. L’initiative a provoqué une vive opposition de l’UEFA et des appels à sa démission.
Le président de la FIFA, Gianni Infantino, a reçu vendredi en Colombie le soutien d’une grande partie du football sud-américain, en pleine crise provoquée par son projet avorté d’ouvrir certaines activités commerciales et sportives de l’organisation aux investisseurs privés.
Arrivé dans la nuit à Cali, Infantino devait assister à l’investiture du nouveau président colombien, Abelardo de la Espriella. Cette visite intervient à l’un des moments les plus délicats de son mandat à la tête de l’instance dirigeante du football mondial.
Le projet, finalement retiré, envisageait l’entrée de capitaux privés dans plusieurs activités de la FIFA, notamment celles liées à ses compétitions internationales. L’initiative a suscité un rejet généralisé et provoqué une profonde fracture entre Infantino et plusieurs confédérations.
La crise éclate également à quelques mois des élections de mars, lors desquelles le dirigeant italo-suisse, seul candidat déclaré à ce stade, espère obtenir un nouveau mandat de quatre ans. Sa réélection nécessite la majorité des voix des 211 fédérations membres de la FIFA.
Avec ses 55 associations, l’UEFA apparaît comme le principal foyer d’opposition. La Concacaf, qui regroupe l’Amérique du Nord, l’Amérique centrale et les Caraïbes, s’est également opposée au projet.
Interrogé par l’AFP à Cali sur la fin éventuelle de la crise, Infantino a évité de répondre directement. Devant plusieurs dizaines d’enfants vêtus de tenues de football, il a préféré insister sur la dimension sociale du sport.
«L’important est de faire tout notre possible pour que ces filles et ces garçons puissent profiter du sport le plus magique», a-t-il déclaré.
Le soutien de la Conmebol
L’arrivée d’Infantino en Colombie a coïncidé avec une série de messages de soutien venus d’Amérique du Sud. Après les fédérations argentine et paraguayenne, celles du Venezuela et de l’Équateur ont à leur tour exprimé leur confiance dans la direction actuelle de la FIFA.
Ces fédérations ont également salué le retrait du projet controversé. La Conmebol avait déjà été, en avril, la première confédération à soutenir publiquement la réélection d’Infantino.
La Confédération brésilienne de football n’a pas encore arrêté de position officielle. Son président, Samir Xaud, a reconnu cette semaine ne pas avoir accueilli la proposition «d’un bon œil», sans se prononcer sur l’avenir du dirigeant.
À Cali, Infantino était accompagné du président de la Conmebol, Alejandro Domínguez, et du président de la Fédération colombienne, Ramón Jesurun, également membre du Conseil de la FIFA.
«On ne peut pas ignorer l’excellent travail accompli par Infantino», a déclaré Domínguez. «Il faut continuer à travailler pour le football et privilégier le dialogue. Nous ne sommes pas obligés d’être toujours d’accord.»
Le Mondial 2030 au cœur des discussions
La Conmebol défend toujours l’idée de porter de 48 à 64 le nombre de participants à la Coupe du monde 2030. L’édition du centenaire sera principalement organisée par le Maroc, l’Espagne et le Portugal, tandis que trois rencontres commémoratives se dérouleront en Argentine, au Paraguay et en Uruguay.
Le président de la Fédération argentine, Claudio Tapia, a affirmé travailler pour que son pays puisse accueillir une phase complète de la compétition. Interrogé sur cette possibilité, Infantino s’est montré prudent: «Nous parlerons de tout, nous verrons.»
Des appels à la démission
Le soutien sud-américain contraste avec l’offensive lancée depuis l’Europe. L’UEFA avait menacé de boycotter les compétitions de la FIFA, y compris les Coupes du monde, si le projet d’ouverture aux capitaux privés était maintenu.
La présidente de la Fédération norvégienne, Lise Klaveness, a annoncé qu’elle demanderait formellement la démission d’Infantino.
Le dirigeant peut toutefois compter sur le soutien de la Confédération africaine de football (CAF), qui réunit 54 fédérations et constitue le deuxième bloc électoral de la FIFA derrière l’UEFA.
Dans ce contexte, le déplacement en Colombie dépasse largement le cadre protocolaire. Infantino cherche à consolider ses alliances en Amérique du Sud et en Afrique face à une opposition européenne de plus en plus structurée. Malgré le retrait de son projet, la crise reste donc loin d’être refermée.