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Schengen : Tajani juge la riposte espagnole « inacceptable » et durcit le bras de fer autour de Sebta

09 août 2026 - 10:33

Le ministre italien des Affaires étrangères accuse Madrid d’avoir rétabli des contrôles par représailles contre Rome. L’Espagne a déjà vérifié les documents d’environ 200 passagers arrivés d’Italie, sur fond de désaccord croissant entre deux partenaires européens.

Le ministre italien des Affaires étrangères, Antonio Tajani, a qualifié dimanche d’« incompréhensible et totalement inacceptable » la décision de l’Espagne de rétablir temporairement des contrôles sur les voyageurs en provenance d’Italie.

Madrid a adopté cette mesure après que Rome eut elle-même imposé des vérifications aux ressortissants de pays tiers arrivant d’Espagne, à la suite des entrées massives enregistrées à Sebta depuis le nord du Maroc.

Dans un entretien accordé au quotidien La Stampa, Antonio Tajani a présenté la décision italienne comme une précaution justifiée par un événement « extraordinaire ». Il a, en revanche, accusé le gouvernement de Pedro Sánchez d’avoir transformé le désaccord en crise politique.

Les contrôles italiens doivent rester en vigueur au moins jusqu’au 15 août. Ceux décidés par l’Espagne ont commencé samedi et devraient se poursuivre jusqu’au 7 septembre, sauf levée anticipée.

Environ 200 passagers de 12 vols provenant d’Italie ont été contrôlés dimanche dans les aéroports de Madrid, Barcelone, Séville, Bilbao, Alicante et Valence, selon le ministère espagnol de l’Intérieur cité par Reuters.

Schengen n’est pas juridiquement suspendu

Contrairement à la formulation fréquemment utilisée par les responsables politiques, l’Italie et l’Espagne n’ont pas quitté ni suspendu le traité de Schengen.

Les deux pays ont temporairement réintroduit des contrôles à leurs frontières intérieures. Le droit européen autorise cette procédure lorsqu’un État estime qu’une menace grave pèse sur son ordre public ou sa sécurité intérieure, sous réserve que la mesure soit nécessaire et proportionnée.

Antonio Tajani affirme que la réaction espagnole n’est fondée sur aucun risque concret et qu’elle constitue une mesure de rétorsion susceptible de pénaliser le tourisme.

Madrid considère, pour sa part, que les contrôles instaurés répondent de manière équivalente aux restrictions décidées par Rome contre les voyageurs provenant d’Espagne.

Le chef de la diplomatie italienne a assuré que son gouvernement espérait lever rapidement son dispositif. Il a également évoqué des informations attribuées aux services espagnols faisant état d’un risque de nouvelle vague migratoire à la mi-août. Les autorités espagnoles n’ont pas publiquement confirmé cette évaluation dans les mêmes termes.

Des chiffres contestés sur les migrants encore présents

Antonio Tajani a affirmé qu’entre 8.000 et 11.000 migrants se trouvaient toujours à Sebta, en attribuant ce chiffre au président de la ville, Juan Jesús Vivas.

Ce dernier avait pourtant estimé quelques jours plus tôt que 3.000 à 5.000 personnes restaient sur place. D’autres évaluations plus récentes font état d’un nombre inférieur.

La grande majorité des personnes entrées irrégulièrement a déjà regagné le Maroc grâce à la coordination entre Rabat et Madrid. La commissaire européenne chargée de la Méditerranée, Dubravka Šuica, a publiquement salué les efforts conjoints des deux pays pour maîtriser la situation et organiser les retours.

Tajani a également invoqué la présence de migrants originaires d’Afrique subsaharienne qui ne pourraient pas être rapidement reconduits. Il a associé leur arrivée à une possible « menace djihadiste », sans fournir d’éléments permettant d’établir un lien général entre origine géographique et risque terroriste.

L’arrestation éventuelle de personnes faisant l’objet de soupçons individualisés ne saurait justifier la stigmatisation de l’ensemble des migrants subsahariens.

La régularisation espagnole en ligne de mire

Le ministre italien a renouvelé ses critiques contre la politique de régularisation adoptée par le gouvernement Sánchez. Selon lui, cette décision envoie un signal négatif et pourrait avoir des répercussions sur les autres pays européens.

Rome affirme que les migrants régularisés en Espagne pourraient ensuite se rendre en Italie. Un titre de séjour espagnol permet effectivement de circuler pour de courts séjours dans l’espace Schengen, mais il ne donne pas automatiquement le droit de s’installer durablement ou de travailler dans un autre État membre.

La crise de Sebta a ainsi dépassé la question de la gestion immédiate des arrivées. Elle nourrit désormais un affrontement politique entre l’Espagne et l’Italie sur la migration, la sécurité et l’interprétation de la solidarité européenne.

Rome présente ses contrôles comme une mesure préventive. Madrid les juge discriminatoires et répond par la réciprocité. Dans ce bras de fer, la libre circulation devient à son tour un instrument de pression diplomatique.

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