Le président russe a félicité Kim Jong-un à l’occasion du 81e anniversaire de la fin de la domination coloniale japonaise sur la Corée. Derrière l’hommage historique se dessine une coopération militaire toujours plus étroite, désormais directement liée à la guerre en Ukraine.
Vladimir Poutine a profité de l’anniversaire de la libération de la péninsule coréenne pour réaffirmer la profondeur des liens entre la Russie et la Corée du Nord.
Dans un message adressé à Kim Jong-un, le président russe a rendu hommage aux patriotes coréens et aux soldats de l’Armée rouge qui avaient combattu contre le Japon en 1945. Selon lui, cette période a posé les bases d’une tradition durable de fraternité au combat et d’assistance mutuelle.
Poutine a estimé que les relations bilatérales avaient atteint un niveau inédit de partenariat stratégique. Il a également souligné la coordination entre Moscou et Pyongyang en vue de garantir la sécurité et la stabilité régionales.
Le dirigeant russe s’est dit convaincu que cette coopération continuerait à se renforcer dans les affaires bilatérales comme sur la scène internationale, au nom de la construction de ce qu’il présente comme un ordre mondial plus juste.
Kim Jong-un a, de son côté, commémoré l’événement en se rendant à la Tour de la Libération à Pyongyang, monument dédié aux soldats soviétiques tombés dans les combats contre le Japon. Cette cérémonie a permis au régime nord-coréen de relier la mémoire de 1945 à son alliance actuelle avec la Russie.
De la mémoire de 1945 à la guerre en Ukraine
Le message du Kremlin dépasse largement le cadre protocolaire. La coopération entre les deux pays ne se limite plus aux déclarations diplomatiques et se traduit désormais par une assistance militaire directe.
En juin 2024, Poutine avait effectué sa première visite à Pyongyang depuis près de vingt-cinq ans. Les deux dirigeants avaient alors signé un traité de partenariat stratégique comportant une clause d’assistance mutuelle en cas d’agression.
La Corée du Nord a ensuite envoyé plusieurs milliers de militaires en Russie. Les premières estimations ont fait état d’environ 14 000 à 15 000 soldats déployés pour participer aux opérations contre les forces ukrainiennes qui avaient pénétré dans la région russe de Koursk.
Moscou et Pyongyang ont fini par reconnaître publiquement cette participation. Poutine a remercié à plusieurs reprises les militaires nord-coréens et assuré que la Russie n’oublierait pas leur contribution aux combats.
La coopération concerne également les livraisons de munitions, de projectiles d’artillerie, de véhicules militaires et de missiles balistiques. Kiev affirme que certaines de ces armes ont été utilisées par l’armée russe pour frapper des objectifs en Ukraine.
Kiev évoque jusqu’à 50 000 soldats supplémentaires
Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a récemment affirmé que Pyongyang se préparait à déployer entre 30 000 et 50 000 militaires supplémentaires en Russie.
Selon le dirigeant ukrainien, ces unités pourraient être affectées à la protection de la frontière russe, permettant ainsi à Moscou de redéployer ses propres soldats sur d’autres secteurs. Il a également évoqué la présence en Russie occidentale d’une unité nord-coréenne équipée de missiles balistiques et de lanceurs.
Ces affirmations reposent sur des sources que Kiev n’a pas rendues publiques et n’ont pas été confirmées de manière indépendante. Si elles se vérifiaient, elles représenteraient néanmoins une nouvelle étape dans l’implication nord-coréenne dans le conflit.
En échange de son soutien, la Corée du Nord pourrait recevoir de la Russie du pétrole raffiné, des systèmes de défense antiaérienne, des technologies de guerre électronique et une assistance technique. Ces contreparties sont évoquées par les services de renseignement sud-coréens et occidentaux, mais Moscou et Pyongyang n’en ont pas confirmé les détails.
La guerre offre aussi à l’armée nord-coréenne une occasion d’acquérir une expérience opérationnelle dans un conflit moderne, notamment dans l’utilisation des drones, des missiles, des systèmes de communication et des techniques de brouillage.
Une alliance aux conséquences internationales
Pour la Russie, la coopération avec Pyongyang apporte des effectifs, des munitions et des équipements nécessaires à la poursuite d’une guerre longue. Pour la Corée du Nord, elle constitue une source de revenus, de ressources stratégiques et de technologies militaires.
Ce rapprochement préoccupe particulièrement la Corée du Sud et le Japon. Séoul et Tokyo redoutent que l’aide russe permette à Pyongyang de renforcer ses capacités balistiques, antiaériennes et éventuellement nucléaires.
La présence de militaires nord-coréens en Russie établit ainsi un lien direct entre la guerre en Ukraine et les équilibres de sécurité en Asie du Nord-Est. Elle contribue également à la formation de blocs stratégiques qui dépassent les frontières européennes.
En invoquant la lutte commune contre le Japon, Poutine cherche à donner une profondeur historique à cette alliance contemporaine. La « fraternité d’armes » née en 1945 sert désormais à légitimer une coopération militaire dont le principal théâtre n’est plus la péninsule coréenne, mais la guerre menée par la Russie contre l’Ukraine.