Une note d’analyse publiée en août 2026 par le centre MigraPress critique la mise en avant, dans un rapport des services de renseignement espagnols, d’un numéro de téléphone algérien dans le contexte des tentatives de passage collectif vers les villes occupées de Sebta et Melilla, les 30 et 31 juillet. Elle estime que la manière de présenter cet élément est susceptible d’alimenter des interprétations politiques et géopolitiques allant au-delà de sa valeur probante.
Selon cette note, consultée par Hoy24, le rapport espagnol fait état de l’administrateur d’un groupe WhatsApp qui diffusait des consignes relatives au calendrier des déplacements, aux points de rassemblement et à la réorientation de certains groupes vers Melilla. La personne concernée utilisait un numéro portant l’indicatif international algérien +213.
MigraPress souligne toutefois que cet indicatif ne permet pas, à lui seul, d’établir un quelconque lien entre l’État algérien et l’organisation de ces tentatives de passage. Des numéros virtuels associés à différents pays peuvent en effet être obtenus en ligne et utilisés depuis d’autres territoires.
Pour le centre, le problème ne réside donc pas seulement dans la nature de cette donnée technique, mais aussi dans son traitement narratif. En qualifiant le numéro d’« algérien et mystérieux » et en lui accordant une place centrale, le rapport risquerait de construire un récit associant directement les flux migratoires aux tensions géopolitiques régionales.
La note critique également le recours à la métaphore de la « murmuration » — le mouvement collectif de nuées d’étourneaux — pour décrire les mobilisations transfrontalières.
D’après la lecture proposée par MigraPress, le rapport présente ces mouvements comme une mobilisation décentralisée et réticulaire, dépourvue de direction hiérarchique traditionnelle et reposant principalement sur l’auto-organisation, les réseaux sociaux et les algorithmes.
Cependant, les informations contenues dans le rapport font aussi apparaître certaines formes de coordination concrète. Un individu administrait notamment un groupe WhatsApp et transmettait aux participants des indications sur les horaires, les lieux de rassemblement et les itinéraires à suivre.
Ces éléments ne suffisent ni à démontrer l’existence d’un commandement centralisé ni à établir l’implication d’une autorité officielle. Ils soulèvent néanmoins la question des nouvelles formes d’organisation rendues possibles par les outils numériques.
MigraPress appelle ainsi à interpréter avec prudence les conclusions attribuées au rapport espagnol. Les informations rendues publiques n’ont pas été diffusées sous la forme d’un document brut : elles ont traversé plusieurs niveaux de médiation, depuis le rapport institutionnel espagnol jusqu’à son résumé et son analyse, en passant par la lecture d’un expert en sécurité.
Cette succession d’intermédiaires impose, selon le centre, d’examiner les choix narratifs et conceptuels qui ont présidé à la présentation des faits, au lieu de considérer les informations rapportées comme des données isolées du contexte dans lequel elles ont été produites.
MigraPress estime enfin que la focalisation sur le numéro algérien et les réseaux sociaux risque de réduire le phénomène migratoire à ses seules dimensions sécuritaire et géopolitique. Or, celui-ci nécessite également une lecture attentive de ses causes sociales, économiques et liées aux droits humains.
Les données relatives à la coordination numérique peuvent aider à comprendre la rapidité des mobilisations et la circulation des consignes. Elles ne permettent cependant ni d’expliquer, à elles seules, les motivations profondes de la migration ni de prouver l’existence d’une intervention officielle ou d’une direction centralisée derrière les tentatives de passage collectif vers Sebta et Melilla.