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Crise de Sebta : trois ministres espagnols rendent compte de leur gestion devant le Parlement

27 août 2026 - 09:00

Félix Bolaños, Ángel Víctor Torres et Mónica García comparaissent ce jeudi devant le Congrès. Coordination du « commandement unique », controverse sur les alertes du renseignement, capacités d’accueil et pression sanitaire dominent les débats.

Trois membres du gouvernement espagnol comparaissent ce jeudi 27 août devant le Congrès des députés afin de rendre compte de la réponse apportée à la crise migratoire dans la ville occupée de Sebta.

Le ministre de la Présidence, de la Justice et des Relations avec les Cortes, Félix Bolaños, ouvre la série d’auditions devant la Commission mixte de sécurité nationale. Il doit être suivi à midi par Ángel Víctor Torres, ministre de la Politique territoriale récemment placé à la tête du dispositif de coordination, et par la ministre de la Santé, Mónica García.

Ces interventions surviennent après plusieurs semaines de critiques adressées à l’exécutif espagnol sur la lenteur de sa réaction, l’hébergement des migrants, la prise en charge des mineurs et l’existence éventuelle d’informations préalables sur les passages massifs des 30 et 31 juillet.

Torres doit préciser le rôle du « commandement unique »

Ángel Víctor Torres est appelé à expliquer le fonctionnement du mécanisme de coordination institué après la déclaration de la situation de Sebta comme affaire d’intérêt pour la sécurité nationale.

Ce dispositif réunit le gouvernement local dirigé par Juan Jesús Vivas, la délégation du gouvernement, le Centre national de renseignement espagnol, le Département de la sécurité nationale ainsi que onze ministères concernés par la gestion de la crise.

Madrid présente cette structure comme un « commandement unique ». Il ne s’agit toutefois pas d’une nouvelle autorité militaire ou policière disposant de pouvoirs indépendants, mais d’un mécanisme fonctionnel destiné à coordonner les administrations et les services déjà compétents.

L’une de ses priorités consiste à accélérer l’examen des dossiers afin de déterminer quelles personnes peuvent demander une protection internationale, lesquelles doivent faire l’objet d’une procédure de retour et quels mineurs doivent être placés sous protection.

Selon Torres, entre 90 % et 95 % des personnes entrées à Sebta seraient retournées au Maroc au cours des premières 24 à 48 heures. Les chiffres globaux avancés par les responsables et les médias espagnols oscillent cependant entre 70 000 et plus de 80 000 passages, ce qui impose de les considérer comme provisoires.

Les centres sportifs seront retirés du dispositif

Le ministre doit également présenter les solutions envisagées pour héberger les personnes qui se trouvent encore dans des installations précaires ou dans la rue.

Face à l’opposition du gouvernement local et aux manifestations de riverains, Madrid a finalement accepté de retirer les centres sportifs de la liste des espaces susceptibles d’être transformés en lieux d’accueil. De nouveaux sites doivent les remplacer lors de la prochaine actualisation du décret.

Cette décision illustre les hésitations qui ont marqué la réponse gouvernementale : l’exécutif avait assuré que les installations sportives ne seraient utilisées qu’en cas de nécessité extrême, tout en les maintenant juridiquement parmi les locaux mobilisables.

Bolaños détaille les renforts judiciaires

Félix Bolaños doit, pour sa part, informer les parlementaires des moyens humains supplémentaires mobilisés pour traiter les procédures administratives et judiciaires.

Ces renforts concernent notamment les procureurs, les avocats commis d’office et les médecins légistes chargés de participer à la détermination de l’âge de certains migrants, à l’examen de leur situation juridique et à l’identification des personnes décédées.

Le ministre devra également répondre aux critiques du Parti populaire, qui reproche à plusieurs membres du gouvernement de ne pas avoir comparu devant le Sénat, où la droite dispose de la majorité. L’exécutif justifie son choix par sa volonté d’éviter la multiplication des auditions et de privilégier le Congrès.

Un système sanitaire « sous tension »

Mónica García expose séparément la situation du système sanitaire de Sebta. Les professionnels locaux ont signalé une augmentation considérable de la charge de travail depuis la fin du mois de juillet.

La ministre reconnaît une forte pression sur les services, mais refuse de parler d’effondrement. Elle décrit un système « sous tension » ayant continué à fournir les soins malgré l’augmentation des besoins sanitaires et les difficultés d’hébergement.

La polémique sur les alertes du CNI persiste

Les auditions se déroulent sur fond de contradiction entre la ministre de la Défense, Margarita Robles, et le ministre de l’Intérieur, Fernando Grande-Marlaska.

Robles a affirmé que le renseignement espagnol avait accompli son travail et transmis des informations aux autorités compétentes avant les passages massifs. Marlaska et Torres soutiennent, en revanche, qu’aucune alerte précise annonçant une entrée de cette ampleur n’avait été communiquée.

La distinction entre une information générale sur un risque migratoire et une alerte opérationnelle précise sera au cœur des débats. En l’état, les déclarations publiques ne permettent pas d’établir si les autorités disposaient d’un avertissement suffisamment concret pour anticiper les événements.

Le président du gouvernement, Pedro Sánchez, devra à son tour comparaître devant le Congrès le 3 septembre pour présenter un bilan politique général de la gestion de la crise.

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