Plus de 2.000 personnes ont manifesté mercredi dans les rues de Sebta occupée pour dénoncer la gestion de la crise migratoire par le gouvernement espagnol et refuser la transformation d’équipements publics en centres d’hébergement. La mobilisation, principalement dirigée contre Pedro Sánchez et son représentant dans la ville, a toutefois été suivie d’incidents lorsqu’un groupe de manifestants a tenté de déloger des migrants installés sur une plage.
Plus de 2.000 personnes ont défilé mercredi 26 août à Sebta occupée pour protester contre ce qu’elles considèrent comme l’« inaction » du gouvernement espagnol face aux conséquences de l’arrivée massive de migrants enregistrée le 30 juillet.
La mobilisation a commencé vers 18 heures devant l’Hôpital militaire, dans le quartier d’O’Donnell. Initialement composée de quelques dizaines de personnes, elle a progressivement grossi en empruntant la route des Puertas del Campo, avant de rejoindre les abords de la Délégation du gouvernement espagnol.
Les participants, qui portaient des drapeaux espagnols et ceux de la ville, ont scandé des slogans tels que « Ceuta ne se vend pas, Ceuta se défend » et « Ceuta n’est pas un CETI », en référence au Centre de séjour temporaire pour immigrés.
Ils ont également réclamé la démission du président du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez, et de son délégué à Sebta, Miguel Ángel Pérez Triano.
Le rejet de l’utilisation des équipements publics
La contestation a été alimentée par la publication d’une liste d’installations susceptibles d’être utilisées pour héberger temporairement les milliers de migrants qui se trouvent encore dans la ville occupée.
Cette liste comprenait notamment l’Hôpital militaire, plusieurs équipements administratifs et cinq complexes sportifs. La possibilité de mobiliser les salles de sport a suscité une forte opposition locale, les habitants craignant que leur utilisation comme centres d’accueil perturbe durablement les activités scolaires, sportives et sociales.
La manifestation ne peut cependant être réduite à ce seul désaccord. Elle a également exprimé un mécontentement plus général concernant la lenteur des transferts vers la péninsule, les difficultés de prise en charge des personnes demeurant dans les rues et l’absence, près d’un mois après l’afflux, d’un calendrier précis de retour à la normale.
Au même moment, une réunion du Comité de situation se tenait à l’intérieur de la Délégation du gouvernement. Elle était présidée par le ministre espagnol de la Politique territoriale et coordinateur du commandement unique, Ángel Víctor Torres, en présence de la ministre de l’Inclusion, de la Sécurité sociale et des Migrations, Elma Saiz, du président de la ville, Juan Jesús Vivas, et de représentants des ministères concernés.
La Police nationale espagnole avait renforcé son dispositif autour du bâtiment afin d’empêcher toute tentative d’accès à la Délégation.
Madrid recule sur les complexes sportifs
Quelques heures plus tard, Ángel Víctor Torres a annoncé que les complexes sportifs seraient retirés de la liste des installations susceptibles d’accueillir les migrants.
Le ministre a expliqué que le dispositif resterait flexible et pourrait être modifié afin de préserver la coexistence dans la ville. Il a toutefois défendu la nécessité de disposer d’espaces temporaires permettant d’identifier les personnes présentes, d’examiner leur situation administrative et de procéder aux transferts ou aux retours dans le respect de la législation.
Ce recul intervient après l’opposition exprimée par Juan Jesús Vivas, qui avait refusé l’utilisation des équipements sportifs et proposé d’autres sites offrant, selon les autorités locales, une capacité théorique d’environ 11.300 places.
Des incidents après la manifestation
La marche principale s’est déroulée dans un climat de forte tension, mais les incidents les plus graves ont eu lieu ultérieurement. Un groupe de plusieurs dizaines de personnes s’est séparé de la mobilisation pour se diriger vers la plage du Trampolín, où de nombreux migrants continuent de dormir.
Selon les informations publiées par la presse espagnole, ces personnes ont tenté de déloger les migrants. Les unités antiémeutes sont intervenues pour empêcher un affrontement direct entre les deux groupes.
Cette distinction est nécessaire : les actes commis par un groupe après la marche ne peuvent être automatiquement attribués à l’ensemble des quelque 2.000 participants. Ils témoignent néanmoins d’un déplacement préoccupant de la colère. Initialement dirigée contre le gouvernement espagnol et sa gestion de la crise, celle-ci tend désormais à prendre pour cible des migrants, principalement marocains, placés dans une situation de grande précarité.
Les inquiétudes des habitants concernant la pression exercée sur les services publics, les infrastructures et la vie quotidienne sont réelles. Elles ne sauraient toutefois justifier les appels à l’expulsion collective, les tentatives de justice privée ou l’assimilation de tous les migrants à une menace.
Madrid reste responsable de la gestion administrative, sécuritaire et humanitaire de la crise dans la ville qu’elle occupe. Transformer les migrants en boucs émissaires ne résoudra ni la saturation des structures d’accueil ni les défaillances de coordination dénoncées par les manifestants eux-mêmes.