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Crise de Sebta : Albares accuse des gouvernements européens d’avoir relayé la désinformation

02 septembre 2026 - 11:59

Le chef de la diplomatie espagnole dénonce l’attitude de certains partenaires de l’Union européenne, sans les identifier ni rendre publiques les preuves dont il dispose. Madrid réclame parallèlement davantage de financements communautaires pour renforcer les dispositifs frontaliers à Sebta et Melilla occupées.

José Manuel Albares a porté la crise de Sebta occupée devant les ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne. À son arrivée, mercredi, à leur réunion informelle en Irlande, le ministre espagnol a jugé « inacceptable » que des gouvernements européens aient contribué à amplifier la désinformation entourant les passages massifs des 30 et 31 juillet.

Le responsable espagnol n’a pas nommé les pays visés par cette accusation. Il n’a pas davantage précisé la nature des contenus relayés ni présenté publiquement les éléments permettant d’établir l’existence d’une action coordonnée.

Cette absence de détails impose de distinguer plusieurs phénomènes. Le Service européen pour l’action extérieure a bien identifié une activité numérique liée à la Russie à partir du 31 juillet. Cette campagne cherchait notamment à présenter l’Espagne et l’Union européenne comme faibles, divisées et incapables de contrôler leurs frontières.

Elle a cependant été détectée après le début des passages vers Sebta. Les informations disponibles attestent donc une exploitation politique de la crise, mais ne prouvent pas qu’un gouvernement étranger ait provoqué la mobilisation initiale.

Madrid réclame la solidarité de ses partenaires

Albares a profité de la réunion européenne pour demander à ses homologues le même soutien que celui accordé par l’Espagne à d’autres États membres confrontés à des crises sécuritaires ou migratoires.

Il a cité les pressions exercées depuis la Biélorussie sur les frontières orientales de l’Union en 2021, l’invasion russe de l’Ukraine, la crise migratoire de Lampedusa en 2023 ainsi que les tensions concernant le Groenland. Il a également évoqué les éléments présentés par l’Allemagne au sujet d’une opération hybride attribuée à la Russie à Leipzig.

Pour le ministre, la frontière méridionale de l’Union doit recevoir la même attention que sa frontière orientale. Il a rappelé que Sebta et Melilla constituent les seuls points de contact terrestre entre l’espace communautaire et le continent africain.

Une demande de financements supplémentaires

L’Espagne souhaite que le prochain budget pluriannuel de l’Union européenne consacre davantage de ressources au renforcement des dispositifs déployés dans les deux villes occupées.

Albares a qualifié cette zone de « frontière la plus inégalitaire de la planète », en référence aux écarts économiques et sociaux entre les territoires situés de part et d’autre. Cette formule, politiquement forte, ne résume toutefois pas la complexité des dynamiques migratoires dans le nord du Maroc.

Un renforcement des moyens européens pourrait améliorer la gestion des arrivées et les capacités d’accueil. Il ne saurait, à lui seul, répondre au chômage des jeunes, aux aspirations à l’émigration ou aux réseaux de désinformation qui ont contribué à la mobilisation de juillet.

Il ne pourrait pas non plus remplacer la coopération avec le Maroc. Le dispositif marocain mis en place autour de Fnideq a permis d’empêcher une nouvelle tentative collective annoncée pour le 15 août. Rabat a également participé au retour d’une grande partie des personnes entrées à Sebta.

Présenter la crise comme une simple question de protection de la frontière extérieure de l’Union risque ainsi d’effacer la dimension bilatérale et la responsabilité partagée dans la prévention de nouveaux drames.

Des accusations encore insuffisamment étayées

Le ministre espagnol a par ailleurs assuré que l’intégrité de l’espace Schengen à Sebta restait garantie. Son intervention précède la comparution de Pedro Sánchez devant le Congrès, où le chef du gouvernement devra répondre aux critiques sur la gestion de la crise.

En introduisant la responsabilité de gouvernements européens, Albares élargit le débat au-delà de la Russie, d’Israël et des réseaux internationaux d’extrême droite précédemment évoqués par Madrid.

Une telle accusation exige néanmoins des éléments précis. Tant que les pays concernés, les messages diffusés et les mécanismes d’amplification ne sont pas identifiés, il demeure difficile d’en mesurer la portée.

À ce stade, les données européennes établissent surtout que des acteurs étrangers ont cherché à exploiter politiquement les images de Sebta après les faits. Elles ne permettent pas d’affirmer que ces acteurs aient organisé ou déclenché le déplacement des jeunes Marocains vers la frontière.

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