Le retour de Xi Jinping en Inde après sept années d’absence, les entretiens de Narendra Modi avec Vladimir Poutine et Massoud Pezeshkian ainsi que les divergences provoquées par la guerre contre l’Iran domineront un sommet censé renforcer la voix du Sud global.
New Delhi s’apprête à accueillir, les 12 et 13 septembre, le dix-huitième sommet des BRICS. Plusieurs dirigeants majeurs du Sud global se retrouveront au Bharat Mandapam, le complexe qui avait abrité le sommet du G20 en 2023, sous la présidence du Premier ministre indien Narendra Modi.
Le président russe Vladimir Poutine, son homologue chinois Xi Jinping et le président iranien Massoud Pezeshkian figurent parmi les principaux participants annoncés. Le secrétaire général des Nations unies, António Guterres, prendra également part aux travaux.
La liste comprend le président sud-africain Cyril Ramaphosa, le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi, le chef de l’État indonésien Prabowo Subianto ainsi que le président biélorusse Alexandre Loukachenko, invité en tant que dirigeant d’un pays partenaire.
Les Émirats arabes unis seront représentés par Khaled ben Mohammed ben Zayed Al Nahyan, prince héritier d’Abou Dhabi. Il ne faut pas le confondre avec Mohammed ben Zayed Al Nahyan, président de la Fédération.
Luiz Inácio Lula da Silva sera le grand absent du sommet. Retenu au Brésil par un agenda politique intérieur chargé à quelques semaines de l’élection présidentielle, il sera représenté par son ministre des Relations extérieures, Mauro Vieira.
Une unité difficile à construire
La rencontre intervient dans un contexte qui met directement à l’épreuve la cohésion des BRICS. La guerre contre l’Iran et la confrontation entre Téhéran et Abou Dhabi ont accentué les désaccords au sein d’un groupe déjà traversé par des intérêts stratégiques concurrents.
L’élargissement des BRICS à l’Iran, aux Émirats, à l’Égypte, à l’Éthiopie et à l’Indonésie a accru leur poids international. Il a également compliqué la recherche du consensus, notamment sur les conflits du Moyen-Orient. La formulation d’une déclaration finale acceptable à la fois pour l’Iran et les Émirats constituera l’un des principaux tests diplomatiques du sommet.
Les membres partagent leur volonté de réformer les institutions dominées par les puissances occidentales, mais les BRICS ne forment ni une alliance politique homogène ni un front idéologique unifié. Leurs positions divergent sur les questions de sécurité, les relations avec les États-Unis et la gestion des crises régionales.
António Guterres devrait défendre devant les dirigeants la nécessité de réformer le Conseil de sécurité des Nations unies et les institutions financières internationales. Cette revendication rejoint l’une des priorités affichées par le groupe : accorder une représentation plus importante aux pays émergents.
Xi Jinping au centre de l’attention
La visite de Xi Jinping revêt une importance particulière. Il s’agira de son premier déplacement en Inde depuis sept ans et d’un signal de rapprochement après une longue période de tensions entre les deux géants asiatiques.
Les affrontements meurtriers de 2020 le long de leur frontière himalayenne avaient profondément dégradé les relations bilatérales. Malgré une reprise progressive du dialogue, les différends territoriaux, la méfiance stratégique et les obstacles aux investissements continuent de peser sur les rapports entre Pékin et New Delhi.
Une rencontre entre Xi et Modi est envisagée en marge du sommet, mais elle n’avait pas encore été officiellement confirmée. Sa tenue pourrait néanmoins donner une nouvelle impulsion au rapprochement diplomatique sans effacer les profondes rivalités économiques et géopolitiques entre les deux pays.
Modi recevra également Vladimir Poutine pour un entretien à huis clos. La coopération nucléaire, les relations énergétiques et une éventuelle acquisition indienne de chasseurs russes Su-57 pourraient figurer à l’ordre du jour. Un entretien avec le président iranien Massoud Pezeshkian est également prévu.
Le sommet de New Delhi permettra ainsi de mesurer si les BRICS peuvent dépasser leur fonction de tribune diplomatique. Le bloc dispose désormais d’un poids considérable, mais son influence dépendra de sa capacité à rapprocher des États dont les ambitions communes coexistent avec des rivalités de plus en plus visibles.