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Les « 68 filles d’un orphelinat » : le Maroc accusé, les preuves toujours absentes

19 septembre 2026 - 19:33

Une publication de Lahcen Haddad retrace la circulation d’un récit imputant à l’armée marocaine le transfert forcé de mineures vers Sebta. La vérification disponible ne permet pas d’établir cette accusation. Au-delà du cas, se pose la question du traitement médiatique du Maroc en période de crise.

Un récit peut-il tenir lieu de preuve contre un pays à force d’être repris ? L’histoire des « 68 filles d’un orphelinat », que des militaires marocains auraient conduites à la frontière pour les contraindre à entrer à Sebta, illustre ce risque. Dans une publication consacrée à cette affaire, Lahcen Haddad décrit une succession de reprises médiatiques et politiques qui aurait transformé une parole indirecte en accusation contre Rabat.

Un élément est établi par la vérification publiée le 17 septembre : EFE Verifica n’a trouvé aucune preuve du transfert allégué. Les autorités de Sebta, interrogées par l’agence, ont indiqué ne disposer d’aucune information officielle confirmant un tel épisode. Cette réponse ne résout pas toutes les interrogations, mais elle prive l’accusation de la confirmation institutionnelle qu’on pourrait lui supposer. Enquête d’EFE Verifica.

La publication de Mediaset à l’origine de la controverse rapporte les propos d’un habitant, Juan José, relayant lui-même ceux d’un employé de centre qui aurait recueilli les récits des mineures. Le texte consulté évoque un orphelinat situé à plusieurs heures de Sebta, sans le nommer. La localisation à Ifrane, présente dans le post de Haddad, n’y est pas établie. Récit publié par Mediaset.

Une accusation qui change l’interprétation de la crise

La portée politique du récit est considérable. S’il était démontré, il décrirait une opération délibérée utilisant des enfants pour exercer une pression sur l’Espagne. Précisément pour cette raison, sa publication exige davantage qu’une succession de témoignages rapportés.

Selon Haddad, Libertad Digital a présenté l’envoi des filles comme une action accomplie par le Maroc, tandis que La Bandera a inscrit l’histoire dans le vocabulaire de l’« invasion ». Il reproche également à ce dernier média l’utilisation d’une illustration générée par intelligence artificielle.

Cette dernière affirmation demande une vérification de l’image et de ses conditions de publication. Le principe reste néanmoins clair : une scène synthétique ne peut documenter un événement réel. Présentée sans indication suffisamment visible, elle risque de donner une apparence concrète à ce que le reportage n’a pas établi.

Pour le Maroc, l’enjeu dépasse une erreur ponctuelle. Une accusation de cette nature peut installer l’idée que les déplacements de migrants procèdent nécessairement d’une décision hostile de Rabat. Les faits sont alors interprétés à travers un scénario préalable, au lieu de servir à tester sa validité.

Il serait toutefois abusif d’en tirer une accusation contre l’ensemble de la presse espagnole. Le travail d’EFE montre aussi l’existence, au sein de cet espace médiatique, de démarches de vérification qui contestent les récits insuffisamment étayés.

Distinguer la critique documentée de la contre-accusation

Le post avance une origine possible du chiffre 68 : celui-ci aurait été repris d’un groupe de jeunes filles présentes à Sidi Embarek. Cette piste demeure une hypothèse. Un nombre identique dans deux récits ne suffit à établir ni leur filiation ni une manipulation intentionnelle.

La même prudence vaut pour les relais politiques mentionnés par Haddad. Identifier des reprises permet d’étudier la diffusion d’un contenu ; démontrer une campagne concertée exige d’autres éléments. La critique gagne en force lorsqu’elle précise ses limites.

Les mineures, enfin, ne devraient pas devenir les figurantes d’un affrontement entre récits nationaux. Enquêter sur leur situation suppose de protéger leur identité, de rechercher des éléments vérifiables et de distinguer leurs besoins de protection des interprétations politiques qui leur sont superposées.

Contester une accusation non étayée contre le Maroc relève de cette même exigence. Toute responsabilité éventuelle doit pouvoir être examinée. Mais elle doit l’être à partir de faits contrôlables, et non de la force émotionnelle d’une histoire. Dans cette affaire, la question décisive demeure celle des preuves.

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