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Être de gauche, aujourd’hui au Maroc

20 septembre 2026 - 18:52
  • Mohammed Nabil BENABDALLAH
  • Secrétaire général du Parti du Progrès et du Socialisme

Justice sociale, services publics et intégrité politique : à l’approche des législatives, Mohammed Nabil Benabdallah précise ce que signifie, selon lui, être de gauche au Maroc aujourd’hui. Dans cette tribune, le secrétaire général du Parti du progrès et du socialisme (PPS) dresse un bilan sévère du gouvernement sortant et défend des réformes touchant à la santé, à l’éducation, aux libertés et à l’économie. Il appelle aussi une gauche encore divisée à construire les convergences nécessaires pour porter une alternative de gouvernement.

Près de dix jours durant, nous avons sillonné le pays, des grandes villes aux communes les plus reculées et isolées. Partout, nous avons entendu la colère et la lassitude, mais perçu, également, des attentes fortes et profondément légitimes : celle d’un Maroc plus juste, plus digne, plus fidèle aux promesses qu’il porte à l’égard de chacun de ses enfants.

Alors que la campagne électorale touche à sa fin, la question fondamentale reste posée : quel Maroc voulons-nous bâtir, et avec qui ?  Pour le PPS,  c’est la gauche qui détient dans sa culture politique la clé du changement, car elle  porte dans ses gênes une  conviction  ancrée, celle  que la justice sociale, la probité et le courage réformateur ne sont pas des options parmi d’autres, mais la condition même d’un Maroc à la hauteur de ses ambitions et de son Histoire.

Car être de gauche au Maroc en 2026, c’est surtout et avant tout, refuser de s’accommoder avec l’inacceptable, les déficits  et les dysfonctionnements et le statu quo.

 Refuser de s’accommoder avec 2,5 millions de Marocains qui vivent sous le seuil de pauvreté, dont 72 % en milieu rural.

Refuser de s’accommoder avec 3,2 millions de nos compatriotes qui se retrouvent dans la vulnérabilité sous l’effet d’un gouvernement qui a failli à ses propres engagements.

Refuser de s’accommoder avec la poursuite de l’exclusion de 8,5 millions de nos compatriotes de la couverture médicale.

 Refuser de s’accommoder avec le chômage qui frappe 13 % de la population active et 37 % de nos jeunes, et ces 2,9 millions de jeunes qui ne travaillent ni n’étudient ni ne se forment,  nos NEET, condamnés à la marginalisation.

 Refuser de s’accommoder avec un taux d’activité des femmes réduit à 19 %, et avec un classement du Maroc au 91ème rang mondial en matière de perception de la corruption.

 Être de gauche aujourd’hui, c’est regarder le Maroc tel qu’il est vécu par les Marocains, et non tel qu’il est raconté par les nantis. C’est oser dire tout haut ce que le peuple vit tout bas.

 Le momentum et la responsabilité

Le PPS n’est pas le parti qui sème le  désenchantement et le désespoir. Il est, bien au contraire, le parti de l’espoir, de l’optimisme et de l’ouverture des perspectives. Le Maroc vit aujourd’hui un moment historique, porté par la consolidation de la reconnaissance internationale de l’initiative d’autonomie du Sahara sous souveraineté marocaine, et par les nombreux acquis enregistrés dans les domaines politique, économique et social, au terme de décennies d’efforts collectifs dans le combat pour le développement et la démocratie. Ces réalisations sont celles de la Nation tout entière, et il y a lieu d’en être fiers. Mais il y a lieu aussi de porter un regard profond et lucide sur nos retards et nos imperfections dans l’œuvre de construction d’un Maroc de progrès et de prospérité, et de nous indigner des injustices et des inégalités qui continuent de marquer notre développement humain et territorial.

Or, les réalisations enregistrées appelaient une ambition que le gouvernement sortant n’a pas eue, une éthique qu’il n’a pas incarnée, et des réformes qu’il a délibérément ignorées. Sous sa conduite, l’économie de la rente s’est renforcée, le déficit éthique au sein de certaines élites politiques et économiques s’est aggravé, et le nouveau modèle de développement a été délibérément laissé sans cap ni réforme structurelle. Les bases étaient là. Elles ont été dévoyées.

 Ce qu’être de gauche exige AUJOURD’HUI

Être de gauche, aujourd’hui, c’est défendre l’hôpital public et garantir des soins de qualité et un accès à moins d’une heure à un établissement médical fonctionnel. C’est mettre fin aux déserts médicaux qui condamnent les habitants des périphéries et du monde rural à mourir de maladies qui se soignent.

Être de gauche, c’est défendre l’école et l’Université publiques comme premier ascenseur social, revaloriser le statut et la dignité des enseignants et remettre le mérite au cœur de tout parcours professionnel ou scolaire. C’est refuser qu’un enfant né dans une famille modeste ou dans une commune rurale enclavée ou un quartier marginalisé soit condamné à un destin écrit d’avance.

Être de gauche, c’est instaurer un Revenu minimum de dignité pour les ménages en situation de pauvreté multidimensionnelle, conditionné non à un score administratif aberrant mais à la réalité vécue de la précarité. C’est affirmer que la solidarité est le socle sur lequel se construit toute ambition collective.

Être de gauche, c’est agir pour consolider la démocratie et mettre en œuvre de manière effective et saine la Constitution ; c’est préserver l’action et les prérogatives des institutions démocratiques et défendre les libertés ; c’est promouvoir les droits humains, consacrer l’égalité entre les femmes et les hommes, et bâtir une justice indépendante et intègre.

Être de gauche, c’est libérer l’acte d’entreprendre en brisant l’économie de la rente, non pour servir les oligarques, mais pour que le mérite et l’initiative créent de la richesse pour le plus grand nombre. C’est assainir le climat des affaires et enlever toutes les barrières bureaucratiques. C’est soutenir les TPME, construire une industrie moderne, forte et souveraine, et passer d’une économie de la rente à une économie de la valeur.

Être de gauche, c’est reconnaître l’Amazighité comme une question de démocratie et de justice sociale et territoriale. C’est garantir l’égalité homme/femme et en faire un fondement de l’État de droit, et libérer le potentiel de cette jeunesse abandonnée à la marge de la Nation, privée d’horizons et de perspectives d’avenir.

Être de gauche, c’est se positionner sur la scène internationale comme défenseur d’un ordre mondial fondé sur le droit et le multilatéralisme, faire du Maroc un trait d’union entre l’Europe, l’Afrique et le Moyen Orient et un acteur souverain dans les reconfigurations géopolitiques qui bouleversent le monde, et soutenir les causes justes à travers le monde, notamment la cause palestinienne.

Être de gauche, c’est aussi assumer la transparence comme obligation et non comme option. C’est faire signer à chaque représentant du parti investi d’un mandat public une Charte d’éthique opposable, portant sur le patrimoine, les conflits d’intérêts et la loyauté au programme du Parti, parce que la moralisation de la vie publique est la condition sine qua non de toute réforme crédible.

 Être de gauche, ce n’est pas une posture mémorielle ni romantique. C’est oser un engagement programmatique concret, chiffré et assumé avec responsabilité, et c’est s’engager à en rendre compte avec transparence. Ce n’est pas seulement se réclamer d’un héritage, c’est le prolonger par des actes.

La fenêtre d’opportunité est là. C’est maintenant qu’il faut la saisir — avec un gouvernement politique responsable, courageux, compétent et exerçant pleinement toutes les prérogatives que lui confère la constitution.

La gauche que nous voulons CO-construire

Nous le disons avec lucidité, et sans renoncer à notre conviction : cette campagne n’a pas permis de réaliser l’union des forces de gauche que nous appelions de nos vœux. Chaque formation a fait le choix de se présenter séparément, avec ses candidates et ses candidats, et nous respectons pleinement ce choix. Pour autant, nous restons convaincus que l’unité de la gauche demeure une nécessité et qu’elle ne peut être que le fruit d’un cheminement collectif, fondé sur des valeurs partagées, des convergences programmatiques et une volonté sincère de faire prévaloir l’intérêt général sur ce qui nous sépare. L’histoire de la gauche marocaine nous rappelle que ses divisions ont trop souvent affaibli sa capacité à porter les aspirations de celles et ceux qu’elle entend défendre. L’enjeu est désormais de faire vivre, aujourd’hui comme demain, dans le respect de la diversité de ses composantes, une dynamique de rapprochement, de dialogue et de coopération, afin que les forces de gauche puissent, demain, mieux unir leurs énergies au service du Maroc et de son peuple.

À tous ceux dont le cœur bat à gauche, à ceux qui doutent, à ceux qui refusent le cynisme et le défaitisme, nous le redisons aujourd’hui avec la même conviction : le Maroc a plus que jamais besoin d’une alternative progressiste et démocratique, que seules les forces de gauche, à la faveur d’une éthique et de valeurs partagées, de convergences programmatiques réelles et d’un esprit faisant valoir l’intérêt général et récuse les divisions, sont à même d’offrir.

Partout dans le monde, une aspiration nouvelle s’exprime : celle d’une gauche qui conjugue ses convictions avec la responsabilité, ses valeurs avec l’efficacité, et son idéal de justice avec une compréhension concrète des transformations de la société. Une gauche enracinée dans son environnement, proche des citoyens, ouverte sur le monde, capable de mobiliser toutes les intelligences et les compétences et de rassembler au-delà de ses propres rangs. Une gauche qui ne se contente pas de dénoncer, mais qui propose, agit et assume la responsabilité de transformer la réalité. C’est cette gauche que nous voulons contribuer à construire au Maroc.

Une gauche qui mobilise toute l’intelligence de la société.

Une gauche qui rassemble et redonne confiance.

Des monts du Rif aux oasis du Sud, des médinas aux nouvelles métropoles régionales, où les Marocaines et les Marocains inventent, travaillent, bâtissent et espèrent. Ils méritent un pays qui les protège, une économie qui les inclut, une démocratie qui les respecte, et des représentants qui les honorent par leur engagement et leur intégrité.

Être de gauche au Maroc en 2026, c’est croire que notre pays mérite mieux, et agir pour que ça change. Alors : Osons ensemble !

 

 

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