La Haute Autorité de la communication audiovisuelle (HACA) alerte sur les risques que font peser les algorithmes de recommandation, l’intelligence artificielle et la désinformation sur la qualité du débat public. Une étude préconise de renforcer la transparence des plateformes numériques et d’intégrer l’éducation à la citoyenneté numérique dans les programmes scolaires.
La protection de l’espace public et la qualité du débat démocratique passent désormais aussi par une meilleure compréhension du fonctionnement des plateformes numériques. C’est le constat mis en avant par une étude du groupe de travail consacré à la régulation des médias et des plateformes numériques, dont les conclusions ont été rapportées ce lundi 12 octobre.
Selon cette étude, la lutte contre la désinformation ne peut plus se limiter à vérifier l’authenticité des informations diffusées sur Internet. Elle doit également prendre en compte les mécanismes algorithmiques qui déterminent la visibilité des contenus, ainsi que les nouvelles possibilités de manipulation offertes par l’intelligence artificielle. Ces évolutions peuvent influencer la formation de l’opinion publique et fragiliser la confiance envers les institutions.
Des algorithmes qui influencent l’accès à l’information
Les réseaux sociaux offrent des possibilités considérables d’expression, de participation citoyenne et de mobilisation. Toutefois, leur fonctionnement repose largement sur des systèmes de recommandation qui sélectionnent et hiérarchisent les contenus proposés aux utilisateurs en fonction de leurs comportements numériques.
Ces algorithmes analysent notamment les interactions, l’historique de navigation et le temps consacré à certains contenus afin d’anticiper les préférences individuelles. Si cette personnalisation facilite l’accès à des informations correspondant aux centres d’intérêt de chacun, elle peut également favoriser l’apparition de « bulles de filtres », dans lesquelles les utilisateurs sont principalement exposés à des opinions proches de leurs convictions.
L’étude souligne que ce phénomène peut avoir des conséquences particulières sur le débat politique. La répétition de contenus similaires risque de renforcer les positions préexistantes, d’accentuer la polarisation et de réduire les occasions de confrontation constructive entre des points de vue différents. La manière dont les plateformes classent et mettent en avant certaines publications peut ainsi contribuer à façonner une perception partielle de l’actualité.
L’intelligence artificielle amplifie les risques de manipulation
Le développement rapide de l’intelligence artificielle constitue un autre sujet de préoccupation. Les outils de génération de contenus permettent désormais de produire des images, des vidéos et des enregistrements sonores artificiels d’un réalisme croissant, notamment grâce aux techniques de deepfake, ou hypertrucage.
Ces technologies peuvent servir à attribuer à des personnalités publiques des déclarations ou des comportements qui n’ont jamais existé. Leur diffusion, amplifiée par les systèmes de recommandation, complique le travail de vérification et favorise la circulation rapide de contenus trompeurs.
L’étude insiste sur le caractère systémique de ces risques. La désinformation ne résulte pas nécessairement d’une publication isolée, mais peut découler de l’interaction entre biais algorithmiques, polarisation politique et manipulation de l’information. Elle évoque notamment les élections présidentielles américaines de 2016 et 2020, la campagne du Brexit et la circulation de faux documents lors de l’élection présidentielle française de 2017 pour illustrer les défis posés par l’environnement numérique aux processus démocratiques.
Éducation numérique et transparence : deux priorités
Face à ces enjeux, l’étude préconise une approche associant régulation et sensibilisation des citoyens. Elle recommande notamment l’intégration de l’éducation à la citoyenneté numérique dans les programmes de l’enseignement secondaire, dès le collège, ainsi que le renforcement de la formation des enseignants.
L’objectif est de développer l’esprit critique des élèves, leur capacité à vérifier la fiabilité des sources et leur compréhension des biais cognitifs susceptibles d’influencer leur jugement. Des campagnes de sensibilisation destinées aux différentes générations sont également préconisées afin de promouvoir un usage responsable des contenus numériques.
Parallèlement, l’étude appelle à une plus grande transparence des plateformes numériques présentes au Maroc. Celles-ci devraient notamment fournir davantage d’explications sur les critères utilisés pour sélectionner, classer et recommander les publications visibles par leurs utilisateurs.
Au-delà de la lutte contre les fausses informations, l’enjeu soulevé par ces recommandations concerne donc les conditions mêmes du débat public à l’ère numérique : permettre aux citoyens d’accéder à une information diversifiée, de comprendre les mécanismes qui orientent leur attention et de former leurs opinions de manière éclairée.