Sous le Haut Patronage du Roi Mohammed VI et la présidence effective de SAR la Princesse Lalla Meryem, l’Observatoire national des droits de l’enfant (ONDE) a procédé, vendredi à Rabat, au lancement du Mécanisme national d’éradication du travail des enfants. Ce dispositif inédit entend assurer un accompagnement individualisé de chaque enfant concerné, depuis son retrait du travail jusqu’à sa réinsertion sociale et scolaire, tout en apportant un soutien adapté à sa famille.
Selon un communiqué de l’Observatoire national des droits de l’enfant, cette initiative s’inscrit dans la continuité de l’engagement du Roi Mohammed VI en faveur de la protection de l’enfance et de la promotion des droits de l’enfant. Elle traduit également la volonté de l’ONDE de renforcer ses interventions auprès des enfants en situation de vulnérabilité et de lutter plus efficacement contre leur exploitation par le travail.
Le lancement de ce mécanisme intervient après plusieurs initiatives de mobilisation nationale et internationale. À l’occasion de la sixième Conférence mondiale sur l’élimination du travail des enfants, organisée à Marrakech en février 2026, l’Observatoire avait notamment organisé une séance thématique et deux ateliers réunissant des enfants venus de plusieurs pays africains, grâce à son réseau africain des droits de l’enfant.
Le 12 juin dernier, à l’occasion de la Journée mondiale contre le travail des enfants, l’ONDE avait également lancé, sur instructions de SAR la Princesse Lalla Meryem, une campagne nationale de sensibilisation intitulée « Non au travail des enfants ».
Diffusée à la télévision, dans la presse et sur les réseaux sociaux, cette campagne a bénéficié d’une importante visibilité, ses différents supports de sensibilisation ayant cumulé plus de 34 millions de vues, selon l’Observatoire.
Plus de 100 000 enfants concernés malgré un recul historique du phénomène
Malgré les progrès enregistrés au cours des dernières décennies, le travail des enfants demeure une réalité préoccupante au Maroc.
D’après les données de l’enquête nationale sur l’emploi réalisée en 2025 par le Haut-Commissariat au Plan (HCP), 1,3 % des enfants âgés de 7 à 17 ans exercent une activité économique, soit environ 103 000 enfants.
Le phénomène touche davantage les zones rurales, où la proportion atteint 2,4 %, contre 0,5 % en milieu urbain.
Ces chiffres interviennent dans un contexte de recul considérable du travail des enfants, dont l’ampleur a diminué de plus de 80 % depuis 1999, selon les données citées par l’ONDE.
Cette évolution favorable ne doit toutefois pas masquer la persistance de situations de vulnérabilité, particulièrement dans les territoires ruraux, où les contraintes économiques et sociales continuent d’exposer certains enfants à une entrée précoce dans le monde du travail.
Un accompagnement individualisé, du retrait du travail à la réinsertion
Le nouveau mécanisme repose sur une approche globale de la protection de l’enfant. Il prévoit une prise en charge individualisée, depuis l’identification de sa situation et son retrait de l’activité professionnelle jusqu’à sa réinsertion, avec un accompagnement spécifique destiné à sa famille.
L’une de ses principales innovations réside dans la continuité de l’intervention. Il ne s’agit plus seulement de soustraire l’enfant à une situation de travail, mais également de prévenir les risques de retour à cette activité, en agissant sur les facteurs économiques et sociaux qui favorisent son exploitation.
Le dispositif prévoit ainsi la constitution d’un dossier individuel pour chaque enfant, un ciblage sectoriel et territorial des interventions, ainsi qu’un soutien économique à sa famille dès le jour de son retrait du travail.
Cette démarche vise à remédier à certaines insuffisances des dispositifs existants, notamment la fragmentation des interventions et les difficultés de coordination entre les acteurs concernés.
Le mécanisme s’articule autour de deux piliers complémentaires : une veille permanente destinée à repérer les situations de travail des enfants et une intervention individualisée permettant d’assurer leur prise en charge.
Sa mise en œuvre opérationnelle reposera notamment sur les cellules provinciales de lutte contre le travail des enfants, relevant du département chargé de l’Emploi, ainsi que sur des associations conventionnées responsables des interventions sur le terrain.
Dix-sept acteurs mobilisés autour d’une gouvernance à trois niveaux
Selon l’ONDE, le dispositif mobilise 17 acteurs institutionnels et associatifs, répartis entre trois niveaux d’intervention : stratégique, territorial et technique.
Au niveau stratégique, l’Observatoire national des droits de l’enfant présidera le comité de pilotage, tandis que le ministère chargé de l’Emploi assurera la présidence du comité technique.
À l’échelle territoriale, les gouverneurs présideront les comités provinciaux chargés du suivi du mécanisme, avec la participation des cellules de lutte contre le travail des enfants et des associations partenaires.
Le volet d’appui technique associera plusieurs institutions et organismes, notamment la Présidence du ministère public, l’Initiative nationale pour le développement humain (INDH), les départements chargés de l’Éducation nationale, de la Solidarité et de la Famille, l’Agence nationale du soutien social, l’Agence nationale de promotion de l’emploi et des compétences (ANAPEC), ainsi que le secteur de la formation professionnelle.
Le Haut-Commissariat au Plan, l’Entraide nationale et la Commission nationale de contrôle de la protection des données à caractère personnel (CNDP) participeront également à ce dispositif, aux côtés du Fonds des Nations unies pour l’enfance (UNICEF) et de l’Organisation internationale du travail (OIT).
Une mise en œuvre progressive avant la généralisation nationale
Le déploiement du mécanisme s’effectuera en trois étapes successives.
Une première phase expérimentale permettra de tester les modalités d’intervention. Elle sera suivie d’une période d’évaluation et d’ajustement, destinée à améliorer le fonctionnement du dispositif avant sa généralisation à l’ensemble du territoire national.
Cinq axes d’action accompagneront cette mise en œuvre : la prévention en milieu scolaire, la sensibilisation du public et des acteurs locaux, la mobilisation des employeurs, le plaidoyer institutionnel ainsi que la mesure et le suivi des résultats.
Cette approche entend inscrire la lutte contre le travail des enfants dans une politique durable de prévention, de protection et de réinsertion, en dépassant les seules campagnes ponctuelles de sensibilisation.
La Princesse Lalla Meryem distingue quatre projets portés par des enfants
La cérémonie de lancement a également été marquée par la projection de quatre vidéos consacrées à 31 années d’engagement pour la protection des enfants contre l’exploitation par le travail, à la participation des enfants aux efforts de lutte contre ce phénomène, à la présentation du nouveau mécanisme national et au bilan de la campagne « Non au travail des enfants ».
À cette occasion, SAR la Princesse Lalla Meryem a procédé à la remise de quatre trophées honorifiques aux équipes porteuses de projets primés, représentées par des membres du Parlement des enfants.
Le prix « Voix de l’avenir » a été attribué à Sidi Ahmed El Ayachi pour le projet « Tamkine », tandis que Douaa El Faghraoui a reçu le prix « Cœur citoyen » pour un projet de système numérique d’alerte précoce sur le travail des enfants.
Malak Zine El Abidine a été distinguée par le prix « Acteur du changement » pour son projet « Fonds Racines de l’avenir », alors que Kiyane Serbouti a reçu le prix de la bande dessinée pour son œuvre « Dessine ton avenir ».
Une cérémonie en présence de hauts responsables institutionnels
À son arrivée sur les lieux de la cérémonie, SAR la Princesse Lalla Meryem a passé en revue un détachement des Forces auxiliaires qui lui rendait les honneurs.
Elle a ensuite été saluée par plusieurs hauts responsables, notamment Mohamed Abdennabaoui, premier président de la Cour de cassation et président délégué du Conseil supérieur du pouvoir judiciaire, ainsi que Hicham Balaoui, procureur général du Roi près la Cour de cassation et président du ministère public.
Étaient également présents Mohamed Yacoubi, wali de la région Rabat-Salé-Kénitra et gouverneur de la préfecture de Rabat, Mohamed Dardouri, wali coordonnateur national de l’INDH, Rachid El Abdi, président du Conseil régional de Rabat-Salé-Kénitra, ainsi que plusieurs responsables des départements ministériels concernés.
La cérémonie s’est également déroulée en présence de Fatiha El Moudni, présidente du Conseil communal de Rabat, d’Abdelaziz Derouich, président du Conseil préfectoral de Rabat, d’Adil El Atrassi, président de l’arrondissement Souissi, et de Ghizlane Benjelloun, vice-présidente de l’Observatoire national des droits de l’enfant.
Au-delà de sa dimension institutionnelle, le lancement de ce mécanisme marque une nouvelle étape dans la politique nationale de protection de l’enfance. Son efficacité dépendra notamment de la coordination entre les différents intervenants, de la capacité à accompagner durablement les familles vulnérables et de l’évaluation concrète des résultats obtenus sur le terrain.