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Gouvernement El Mansouri : l’intelligence artificielle s’impose, la Communication s’efface et les équilibres se redessinent

17 octobre 2026 - 09:16

La nomination du gouvernement de Fatima Ezzahra El Mansouri, première femme à accéder à la primature au Maroc, marque un tournant historique sans pour autant bouleverser les principaux centres de décision. Entre promotion de l’intelligence artificielle, disparition de la Communication, montée en puissance de Fouzi Lekjaa et partage des portefeuilles entre quatre partis, la nouvelle équipe conjugue modernisation administrative, continuité institutionnelle et compromis politiques.

La formation du nouveau gouvernement marocain, nommé vendredi 16 octobre par le roi Mohammed VI au Palais royal de Rabat, ouvre une séquence politique inédite. Au-delà de l’arrivée historique d’une femme à la tête de l’exécutif, sa composition révèle une redistribution sélective des responsabilités, accompagnée du maintien des principaux ministres régaliens. Les changements d’intitulés ministériels traduisent de nouvelles orientations, mais soulèvent également des interrogations sur la cohérence de l’action publique et la répartition effective des compétences.

L’intelligence artificielle promue, la Communication effacée

La création d’un ministère de l’Intelligence artificielle, de la Transition numérique et de la Réforme de l’administration, confié à Ahmed Rahhou, ancien président du Conseil de la concurrence, constitue l’une des principales nouveautés. Cette décision donne une visibilité institutionnelle accrue à une technologie déjà présente dans les orientations nationales, notamment à travers Maroc Digital 2030 et la feuille de route Maroc IA 2030. L’enjeu dépasse toutefois l’affichage politique : il s’agira de moderniser les services publics, de favoriser l’interopérabilité des administrations et de développer des compétences nationales, tout en garantissant la protection des données personnelles.

À cette promotion technologique répond une disparition plus surprenante : celle de la Communication dans les intitulés ministériels. Mohamed Mehdi Bensaid conserve la Jeunesse et la Culture, auxquelles s’ajoute le Sport, mais perd la référence explicite à la Communication. Cette modification laisse en suspens la question de la tutelle administrative de la presse, de l’édition et des dispositifs publics de soutien aux médias. Elle intervient alors que les entreprises de presse affrontent une transformation profonde de leurs modèles économiques, accentuée par l’expansion des plateformes numériques et de l’intelligence artificielle.

La disparition d’une dénomination ne signifie pas nécessairement la suppression des compétences correspondantes, lesquelles pourraient être transférées ou réorganisées. Néanmoins, l’absence de précisions sur leur devenir entretient une incertitude institutionnelle. La désignation d’un porte-parole du gouvernement ne saurait combler cette interrogation, la communication politique de l’exécutif étant distincte de la conduite d’une politique publique des médias. Le paradoxe est manifeste : l’intelligence artificielle acquiert une place ministérielle au moment où la politique de la communication perd sa visibilité administrative.

Fouzi Lekjaa au cœur du dispositif économique

Autre changement majeur, Fouzi Lekjaa passe du Budget à la direction du ministère de l’Économie, des Finances et de la Performance publique. Cette promotion élargit considérablement ses responsabilités dans un contexte marqué par les impératifs de financement des grands projets, les contraintes budgétaires et les attentes sociales. L’introduction de la notion de performance publique suggère une volonté de renforcer l’évaluation de l’efficacité des dépenses de l’État, au-delà de leur simple programmation.

Cette orientation prend une importance particulière à l’approche de la Coupe du monde 2030, organisée conjointement par le Maroc, l’Espagne et le Portugal. Les investissements dans les infrastructures, les transports et les équipements devront produire des retombées durables sur l’emploi et les territoires. Le défi consistera à concilier ces ambitions avec les besoins persistants en matière d’éducation, de santé et de pouvoir d’achat, sans creuser les déséquilibres sociaux.

Continuité régalienne et renouvellement social

La stabilité demeure la règle dans les ministères régaliens. Abdelouafi Laftit conserve l’Intérieur, Nasser Bourita les Affaires étrangères, Abdellatif Ouahbi la Justice et Abdellatif Loudiyi l’Administration de la Défense nationale. Ahmed Toufiq reste également aux Habous et aux Affaires islamiques, un portefeuille qu’il détient depuis 2002. Cette continuité contraste avec les changements opérés dans plusieurs secteurs économiques et sociaux, où de nouvelles personnalités héritent de responsabilités particulièrement exposées aux attentes citoyennes.

Nabil Benabdallah revient ainsi au gouvernement à la tête de l’Éducation nationale, tandis que Youns Bjijou prend en charge la Santé et la Protection sociale. Charafat Afailal hérite de l’Énergie, des Mines et du Développement durable. Ces nominations placent les partenaires de la majorité devant des défis structurels dont la résolution dépendra davantage de la qualité des politiques engagées que du poids politique de leurs titulaires.

Une première féminine historique, une majorité étroite

L’arrivée de Fatima Ezzahra El Mansouri à la primature constitue une avancée symbolique majeure pour la représentation politique des femmes. Elle ne doit cependant pas masquer la persistance d’un déséquilibre dans l’accès aux responsabilités gouvernementales, notamment dans les principaux départements régaliens et économiques. La portée de cette première historique se mesurera aussi à sa capacité à favoriser une présence féminine plus importante dans les centres de décision.

Sur le plan parlementaire, l’exécutif repose sur une coalition réunissant le Parti authenticité et modernité (PAM), l’Istiqlal, l’Union socialiste des forces populaires (USFP) et le Parti du progrès et du socialisme (PPS). Avec 207 sièges à la Chambre des représentants, cette alliance ne dépasse que de neuf sièges le seuil de la majorité absolue. Sa composition associe des formations aux trajectoires politiques distinctes, notamment trois partis historiquement liés à la Koutla démocratique, désormais alliés au PAM.

Le partage des portefeuilles a permis de constituer une majorité, mais ne garantit pas automatiquement sa cohésion. Les arbitrages budgétaires, les réformes sociales et les choix économiques constitueront autant d’épreuves pour cette coalition. La préparation du projet de loi de finances 2027 offrira un premier aperçu de sa capacité à transformer les compromis partisans en orientations gouvernementales communes.

Le gouvernement El Mansouri s’installe ainsi entre rupture symbolique et continuité institutionnelle. Sa véritable nouveauté ne se mesurera ni à l’apparition de l’intelligence artificielle dans un intitulé ministériel ni à la redistribution des portefeuilles, mais à sa capacité à clarifier les responsabilités, à préserver sa cohésion et à produire des résultats tangibles. Car au-delà de l’architecture gouvernementale, c’est bien l’efficacité de l’action publique qui déterminera la portée de cette nouvelle étape politique.

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