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Juan Carlos Ier renonce à poursuivre Corinna Larsen : les millions saoudiens restent hors du prétoire

17 octobre 2026 - 10:22

L’ancien roi d’Espagne a finalement abandonné son projet de réclamer à son ancienne compagne les 65 millions d’euros qu’il lui avait transférés en 2012. Annoncée en avril 2025, la procédure n’a jamais été engagée. Révélée le 10 octobre par El País, cette décision referme un possible nouveau chapitre judiciaire d’une affaire qui continue de soulever des questions sur les finances de l’ancien souverain et les limites de la transparence monarchique.

Juan Carlos Ier a choisi de ne pas rouvrir devant les tribunaux le dossier des millions transférés à Corinna Larsen. Selon les informations publiées par El País, qui cite des proches de l’ancien souverain espagnol, la plainte envisagée contre son ancienne compagne et contre l’avocat suisse Dante Canonica n’a finalement jamais été déposée. L’initiative, annoncée au printemps 2025, devait permettre à l’ex-roi de défendre son honneur face aux accusations de Larsen, mais aussi de tenter de récupérer une fortune dont il estimait avoir été privé. Ses conseils avaient envisagé une réclamation de 70 millions d’euros à l’encontre de la femme d’affaires et de 3,5 millions contre l’avocat.

Cette renonciation clôt, pour l’instant, une offensive judiciaire qui aurait nécessairement replacé au centre du débat l’origine et la circulation de sommes considérables. Elle ne constitue ni une décision de justice sur le fond ni une reconnaissance de responsabilité de la part des protagonistes. Mais elle signifie qu’aucun tribunal ne sera saisi, à l’initiative de Juan Carlos Ier, pour examiner la validité de la donation de 2012. Pour un ancien chef d’État dont les finances privées ont profondément affecté l’image de la monarchie espagnole, ce choix dépasse la seule dimension d’un différend personnel.

Une bataille annoncée, mais jamais engagée

En avril 2025, l’entourage de Juan Carlos Ier avait fait connaître son intention de poursuivre Corinna Larsen pour des atteintes présumées à son honneur et pour fraude. Dante Canonica, avocat genevois ayant administré la fondation panaméenne Lucum, figurait également parmi les personnes visées. Cette annonce avait laissé entrevoir une nouvelle confrontation entre l’ancien monarque et celle qui avait partagé plusieurs années de sa vie, après les procédures engagées au Royaume-Uni. Pourtant, dix-huit mois plus tard, aucun acte introductif d’instance n’a concrétisé cette démarche.

D’après El País, le projet avait suscité des réticences dans l’entourage de la famille royale, tandis que plusieurs proches du souverain émérite lui conseillaient de renoncer à une nouvelle exposition judiciaire et médiatique. Les difficultés juridiques étaient également substantielles. Le document signé en 2012 présentait le transfert des fonds comme une donation irrévocable, excluant leur restitution, y compris après le décès du donateur ou de la bénéficiaire. Contester un tel engagement aurait supposé d’établir devant un juge des motifs suffisants pour remettre en cause la validité de l’opération.

L’affaire s’inscrit dans une histoire personnelle devenue une question d’intérêt public. En 2012, le séjour de Juan Carlos au Botswana pour une chasse à l’éléphant avait provoqué un scandale en Espagne, après l’accident qui avait nécessité son rapatriement et une intervention chirurgicale. La présence de Corinna Larsen avait contribué à révéler leur relation. Quelques mois plus tard, l’ancien roi lui transférait une somme de 65 millions d’euros. Les avocats de Larsen ont par la suite présenté cette opération comme un cadeau non sollicité, accordé en reconnaissance de l’attention qu’elle lui avait portée pendant plusieurs années.

De l’Arabie saoudite aux Bahamas, le parcours d’une fortune

L’origine des fonds demeure le cœur de cette affaire. En 2008, alors que Juan Carlos régnait encore sur l’Espagne, 100 millions de dollars avaient été versés par le ministère saoudien des Finances sur un compte associé à la fondation Lucum, enregistrée au Panama. Cette structure, administrée avec l’intervention de professionnels suisses, permettait de détenir les avoirs à l’écart du patrimoine publiquement connu du souverain. Le versement avait été présenté comme une donation de la monarchie saoudienne, sans que toutes les interrogations sur ses motivations et ses implications aient été dissipées dans le cadre d’un procès pénal.

En 2012, après que la banque suisse Mirabaud & Cie eut demandé la fermeture du compte lié à Lucum, les fonds avaient été transférés à Corinna Larsen. La somme, équivalant alors à environ 65 millions d’euros, avait ensuite rejoint un compte bancaire aux Bahamas associé à une société de la bénéficiaire. Ce parcours financier, reliant Riyad, la Suisse, le Panama et les Bahamas, explique pourquoi une éventuelle procédure civile aurait pu susciter un intérêt dépassant largement les relations privées entre les deux anciens partenaires.

Un procès portant sur la donation n’aurait pas nécessairement conduit à un examen exhaustif de toutes les opérations antérieures. Il aurait toutefois pu imposer la production de documents, la confrontation des versions et des discussions sur les circonstances dans lesquelles l’argent avait changé de mains. En renonçant à sa démarche, Juan Carlos Ier écarte cette possibilité particulière de débat judiciaire. La décision n’efface ni les informations déjà révélées par les enquêtes de presse ni les conclusions des investigations menées dans plusieurs pays.

Des procédures closes, des interrogations persistantes

En Espagne, les investigations du parquet concernant les finances de l’ancien souverain ont été classées en mars 2022. Les autorités judiciaires avaient notamment retenu la protection constitutionnelle dont il bénéficiait pour les actes accomplis pendant son règne, la prescription de certains faits et les conséquences de régularisations fiscales effectuées après son abdication. Elles avaient également examiné la consistance des éléments susceptibles de fonder des poursuites. Ces décisions ont mis fin aux procédures concernées, sans donner lieu à un procès permettant un examen contradictoire de l’ensemble des opérations financières.

Au Royaume-Uni, la procédure engagée par Corinna Larsen contre Juan Carlos Ier pour harcèlement présumé a connu une autre issue. En octobre 2023, la justice britannique a écarté la demande pour des raisons de compétence juridictionnelle, sans se prononcer sur le fond des accusations. Cette distinction importe : une affaire rejetée pour des motifs procéduraux ne constitue pas une validation judiciaire de toutes les affirmations d’une partie, pas davantage qu’elle ne démontre celles de l’autre.

La décision révélée aujourd’hui prolonge donc une situation singulière. Plusieurs procédures ont été ouvertes ou envisagées autour des finances de Juan Carlos Ier, mais aucune n’a abouti à un jugement examinant dans leur ensemble les circonstances du versement saoudien de 2008 et de la donation de 2012. L’ancien souverain conserve le bénéfice des décisions judiciaires intervenues en sa faveur, tandis que les questions de transparence financière continuent d’alimenter le débat public espagnol.

En renonçant à réclamer les millions donnés à Corinna Larsen, Juan Carlos Ier semble privilégier la fin d’un affrontement judiciaire dont les conséquences auraient été difficiles à maîtriser. Ses motivations exactes ne peuvent être établies au-delà des informations attribuées à son entourage. Une certitude demeure néanmoins : la procédure annoncée ne permettra pas d’apporter de nouveaux éclaircissements judiciaires sur cette fortune. Pour la monarchie espagnole, qui cherche depuis l’abdication de 2014 à distinguer son fonctionnement institutionnel des controverses entourant l’ancien roi, le dossier reste un rappel durable de l’exigence de transparence attachée à l’exercice de la fonction souveraine.

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