>

Maroc : 40 000 tonnes de diesel russe, à peine trois jours de consommation selon El Yamani

18 octobre 2026 - 09:09

la raffinerie Samir à Mohammedia, à l’arrêt depuis 2015.

 

Le syndicaliste El Houssine El Yamani relativise la portée d’une cargaison de carburant russe annoncée à destination du Royaume et réclame la remise en service de la raffinerie Samir de Mohammedia, à l’arrêt depuis 2015.

L’arrivée annoncée d’une cargaison de 40 000 tonnes de diesel russe au Maroc relance le débat sur la dépendance énergétique du Royaume. Pour El Houssine El Yamani, secrétaire général du Syndicat national du pétrole et du gaz, cette quantité ne représente qu’environ trois jours de consommation nationale et ne saurait résoudre les difficultés structurelles du secteur des hydrocarbures.

Selon les données maritimes du London Stock Exchange Group (LSEG), citées par plusieurs médias marocains, un navire chargé d’environ 40 000 tonnes de gazole russe à faible teneur en soufre a quitté le port de Primorsk, en mer Baltique, à destination du Maroc. La cargaison aurait été chargée le 13 octobre, dans un contexte d’assouplissement de certaines restrictions commerciales sur les produits pétroliers russes. Sa livraison effective n’a toutefois pas été confirmée.

Une cargaison limitée face aux besoins nationaux

Dans une prise de position relayée par la presse, El Yamani souligne que le Maroc consomme plus de six millions de tonnes de gazole par an, soit environ 16 000 tonnes quotidiennement et près de 500 000 tonnes par mois.

À ce rythme, les 40 000 tonnes annoncées correspondent à environ deux jours et demi de consommation. Pour le responsable syndical, cette importation ponctuelle ne constitue donc pas une réponse durable aux tensions sur l’approvisionnement et les prix des carburants.

Il estime que la sécurité énergétique du pays nécessite une stratégie de long terme, fondée notamment sur le renforcement des capacités nationales de raffinage et de stockage.

La raffinerie Samir au centre du débat

El Yamani renouvelle ainsi son appel à la remise en service de la raffinerie Samir, située à Mohammedia. Fermée depuis août 2015 et placée en liquidation judiciaire en 2016, cette installation constituait l’unique raffinerie de pétrole du Maroc.

Le syndicaliste préconise le transfert de ses actifs à l’État, dans le cadre d’un règlement des créances, afin de permettre la reprise de ses activités.

Cette option demeure cependant controversée. En juin 2026, la Chambre des conseillers a rejeté une proposition législative visant à transférer les actifs de Samir à l’État.

La question de la relance de la raffinerie soulève également des enjeux financiers, juridiques et industriels, notamment le coût de réhabilitation des installations après plus d’une décennie d’inactivité.

Prix des carburants et sécurité énergétique

Depuis l’arrêt de Samir, le Maroc dépend des importations de produits pétroliers raffinés, ce qui l’expose aux fluctuations des marchés internationaux et aux perturbations des chaînes d’approvisionnement.

El Yamani considère que cette dépendance fragilise la sécurité énergétique nationale et pèse sur le pouvoir d’achat des ménages. Il critique également le fonctionnement du marché de la distribution des carburants, estimant que certains opérateurs bénéficient du maintien de la situation actuelle.

Ces accusations relèvent de son appréciation et ne constituent pas des conclusions établies par une enquête indépendante.

La relance d’une capacité nationale de raffinage pourrait contribuer à diversifier les modalités d’approvisionnement et à renforcer certaines capacités de stockage. Elle ne garantirait toutefois pas, à elle seule, une baisse des prix à la pompe, qui dépendent également des cours internationaux du pétrole brut, des coûts de transformation, de la fiscalité et de la distribution.

Au-delà de la cargaison russe, le débat porte ainsi sur un choix stratégique : maintenir un modèle reposant sur l’importation de carburants raffinés ou réintroduire une capacité industrielle nationale, sous réserve de sa viabilité économique.

Partager l'article

Partagez vos idées

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *