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Maroc : seuls 2,8 % des ménages parviennent à épargner malgré la croissance économique

18 octobre 2026 - 09:10

Selon le Haut-Commissariat au Plan, plus de trois ménages marocains sur quatre estiment que leur niveau de vie s’est dégradé. La hausse des prix alimentaires, les difficultés financières et les inquiétudes liées à l’emploi continuent de peser sur leur quotidien.

La croissance de l’économie marocaine ne se traduit pas encore par une amélioration généralisée des conditions de vie. C’est ce qui ressort de la dernière enquête de conjoncture auprès des ménages du Haut-Commissariat au Plan (HCP), réalisée au titre du troisième trimestre 2026. Malgré une activité économique soutenue, une grande partie de la population continue de subir les effets du coût de la vie et de la faiblesse de son pouvoir d’achat.

L’indice de confiance des ménages s’est établi à 59,2 points, contre 60,1 points au trimestre précédent. Il reste toutefois supérieur aux 53,6 points enregistrés à la même période en 2025. Cette évolution traduit un recul de la confiance sur trois mois, malgré une amélioration par rapport à l’année précédente.

Les prix alimentaires au cœur des préoccupations

La hausse du coût de l’alimentation demeure l’une des principales sources d’inquiétude. Selon le HCP, 95,9 % des ménages déclarent avoir constaté une augmentation des prix des produits alimentaires au cours des douze derniers mois. Par ailleurs, 77,9 % s’attendent à ce que cette tendance se poursuive durant l’année à venir.

Cette pression se répercute directement sur la perception du niveau de vie. Ainsi, 76,3 % des ménages estiment que leurs conditions de vie se sont détériorées au cours de l’année écoulée, contre seulement 5,2 % qui déclarent une amélioration.

Ces résultats reflètent les appréciations des ménages interrogés et ne constituent pas, à eux seuls, une mesure statistique de l’évolution des revenus ou de la pauvreté. Ils témoignent néanmoins de la persistance d’un malaise lié aux dépenses quotidiennes.

Une capacité d’épargne particulièrement faible

L’enquête met également en évidence la fragilité de la situation financière des familles marocaines. Près de 39 % des ménages déclarent devoir s’endetter ou puiser dans leurs économies pour couvrir leurs dépenses courantes. Pour 58,2 %, les revenus permettent tout juste de faire face aux charges, tandis que seuls 2,8 % affirment parvenir à mettre de l’argent de côté.

Cette faible capacité d’épargne réduit la marge de manœuvre des familles face aux dépenses imprévues, notamment en matière de santé, d’éducation ou de logement. Elle souligne aussi les difficultés rencontrées par une partie des ménages pour préserver leur équilibre financier.

Les inquiétudes concernant l’emploi accentuent ce sentiment d’incertitude. Selon l’enquête, 61,3 % des ménages anticipent une augmentation du chômage au cours des douze prochains mois, contre 17,3 % qui envisagent une diminution. Ces chiffres traduisent les attentes des ménages et non une prévision officielle de l’évolution du marché du travail.

Le paradoxe d’une économie en croissance

Ces difficultés persistent alors que les indicateurs macroéconomiques témoignent d’une progression de l’activité. Selon la note de conjoncture du HCP publiée en octobre, la croissance économique a atteint 4 % au deuxième trimestre 2026. Elle devrait s’établir à 4,1 % au troisième trimestre et à 4,7 % au quatrième.

Ce décalage entre la croissance et le ressenti des ménages pose la question de la répartition des bénéfices de l’activité économique. Une hausse du produit intérieur brut ne se traduit pas nécessairement par une progression équivalente des revenus disponibles, notamment lorsque les salaires, l’emploi et les dépenses essentielles évoluent à des rythmes différents.

Il convient également de distinguer le ralentissement de l’inflation d’une véritable baisse des prix. Même lorsque l’inflation diminue, les prix peuvent continuer d’augmenter, mais à un rythme moins rapide. Pour les ménages dont les revenus progressent peu, le poids des dépenses alimentaires et des autres charges peut donc rester élevé.

Au-delà des chiffres de croissance, les résultats du HCP rappellent que l’amélioration des conditions de vie dépend aussi de la progression des revenus réels, de la stabilité de l’emploi et de la capacité des familles à faire face à leurs dépenses sans recourir à l’endettement.

Le principal défi reste ainsi de transformer la croissance économique en gains concrets de pouvoir d’achat et en sécurité financière pour une part plus large de la population marocaine.

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