La signature de la Charte des Nations unies, à San Francisco en juin 1945, marque la naissance d’un nouvel espoir de paix et de coopération entre les peuples.
Il y a des anniversaires que l’on célèbre avec joie, et d’autres qui invitent à mesurer le chemin parcouru sans oublier celui qui reste à accomplir. Celui des Nations unies appartient à cette seconde catégorie.
Ce samedi 24 octobre, l’ONU célèbre ses 81 ans. Une longue histoire, née au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, lorsque l’humanité découvrait l’ampleur des destructions provoquées par la haine, les ambitions impériales et l’effondrement des valeurs humaines.
En 1945, les fondateurs de l’Organisation avaient une ambition immense : empêcher que de nouvelles générations connaissent les horreurs de la guerre. Ils avaient compris que la sécurité des peuples ne pouvait durablement reposer sur la seule puissance militaire ou sur la domination des plus faibles.
Il fallait inventer un autre langage, celui du droit, du dialogue et de la coopération.
Quatre-vingt-un ans plus tard, cet idéal reste profondément actuel. Mais il se heurte à des réalités qui interrogent notre confiance dans la communauté internationale.
Les guerres en Ukraine et à Gaza, la catastrophe humanitaire au Soudan et les nombreuses crises qui traversent le monde rappellent combien la paix demeure fragile.
Derrière les statistiques des victimes, il y a des visages. Des enfants qui grandissent dans la peur, des parents qui cherchent un refuge, des familles qui quittent leur maison sans savoir si elles pourront un jour y revenir.
Pour ces femmes et ces hommes, la paix n’est pas un concept diplomatique. C’est la possibilité de dormir sans craindre les bombardements, de retrouver une école, un travail, une vie ordinaire.
Et c’est peut-être là que se mesure la véritable raison d’être des Nations unies.
Il serait pourtant injuste de réduire leur bilan aux conflits qu’elles n’ont pas réussi à empêcher.
Depuis 1945, l’Organisation et ses agences ont contribué à sauver des millions de vies, à promouvoir la santé, à soutenir l’éducation, à protéger les réfugiés et à faire progresser les droits fondamentaux.
Cette action quotidienne, souvent discrète, témoigne de l’utilité concrète de la solidarité internationale.
Mais l’ONU demeure prisonnière d’une contradiction historique. Elle défend l’égalité souveraine des nations tout en conservant, au Conseil de sécurité, un système de privilèges qui permet à cinq puissances de bloquer certaines décisions essentielles.
Cette réalité nourrit un sentiment d’injustice, notamment dans les pays africains et dans une grande partie du Sud global, où les demandes d’une représentation internationale plus équilibrée se font entendre avec insistance.
Le monde a profondément changé depuis 1945. La géographie politique, les équilibres économiques et les aspirations des peuples ne correspondent plus à ceux de l’après-guerre.
L’anniversaire de cette année intervient également à un moment de transition institutionnelle, avec la fin prochaine du mandat d’António Guterres. Parmi les candidatures à sa succession figurent celles de la Costaricienne Rebeca Grynspan, secrétaire générale d’ONU Commerce et Développement, et de l’Émiratie Lana Zaki Nusseibeh, ancienne représentante permanente des Émirats arabes unis auprès des Nations unies. Leur présence dans cette course ouvre la perspective historique de voir une femme accéder pour la première fois au poste de secrétaire générale. Mais l’enjeu essentiel reste la capacité de la future direction à défendre les principes de la Charte et à restaurer la confiance dans le multilatéralisme.
Car aucune personnalité, aussi expérimentée soit-elle, ne pourra transformer seule une organisation dont l’efficacité dépend avant tout de la volonté politique de ses États membres.
Il serait trop facile de reprocher à l’ONU son impuissance tout en oubliant que ses blocages sont souvent provoqués par les gouvernements eux-mêmes.
Célébrer les Nations unies, c’est donc aussi rappeler aux États leur responsabilité.
Celle de respecter les engagements qu’ils prennent, de privilégier le dialogue sur la confrontation et de reconnaître que la dignité humaine ne peut dépendre des frontières ou des alliances.
À 81 ans, l’ONU n’a pas besoin d’éloges convenus ni de condamnations définitives. Elle a besoin d’une confiance lucide, exigeante, capable de reconnaître ses réussites sans dissimuler ses faiblesses.
Dans un monde fragmenté, son existence rappelle qu’il reste possible de construire des règles communes et de défendre une certaine idée de l’humanité.
La plus belle manière de célébrer cet anniversaire serait peut-être de redonner tout son sens à la promesse de 1945 : faire de la paix non pas un privilège réservé à quelques-uns, mais un droit partagé par tous.