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Maroc : 38 milliards de DH d’avantages fiscaux en 2026, en hausse de 13,7 % sous le gouvernement Akhannouch

24 octobre 2026 - 11:22

Les dépenses fiscales du Maroc ont atteint 38,015 milliards de dirhams en 2026, contre 33,426 milliards en 2025, soit une augmentation de 13,7 %. Selon le rapport accompagnant le projet de loi de finances 2027, les ménages et les entreprises concentrent près de 95 % de ces avantages, accordés sous forme d’exonérations, de réductions et d’autres dispositifs dérogatoires.

Le coût des avantages fiscaux accordés par l’État marocain a sensiblement progressé en 2026, dernière année budgétaire du gouvernement d’Aziz Akhannouch. Les données publiées dans le rapport sur les dépenses fiscales, annexé au projet de loi de finances (PLF) 2027, font état d’un montant global de 38,015 milliards de dirhams, contre 33,426 milliards un an auparavant.

Cette évolution représente une hausse de 4,589 milliards de dirhams, soit 13,7 % en une seule année.

Les dépenses fiscales correspondent aux recettes auxquelles l’État renonce en appliquant des exonérations, des abattements, des réductions ou d’autres régimes préférentiels à certaines catégories de contribuables ou à des secteurs économiques particuliers. Elles ne constituent donc pas des dépenses budgétaires directes, mais un manque à gagner fiscal estimé.

Les exonérations représentent plus de 70 % des avantages accordés

Le rapport révèle une augmentation du nombre de mesures dérogatoires recensées, passé de 274 en 2025 à 283 en 2026.

Les exonérations totales représentent la principale composante des dépenses fiscales, avec 26,746 milliards de dirhams, soit 70,4 % du montant global. En 2025, elles s’élevaient à 24,291 milliards de dirhams.

Les réductions fiscales arrivent en deuxième position, avec 8,410 milliards de dirhams, représentant 22,1 % de l’ensemble des dépenses fiscales, contre 6,379 milliards l’année précédente.

Ces deux catégories concentrent ainsi plus de 92 % du coût total des dispositifs préférentiels.

Ménages et entreprises captent près de 95 % des avantages fiscaux

La répartition des dépenses fiscales par catégorie de bénéficiaires montre que les ménages occupent la première place.

En 2026, les avantages fiscaux qui leur sont destinés représentent 18,534 milliards de dirhams, soit 48,8 % du total, contre 15,661 milliards en 2025. Leur montant progresse ainsi de 2,873 milliards de dirhams.

Les entreprises bénéficient, pour leur part, de dispositifs évalués à 17,530 milliards de dirhams, représentant 46,1 % des dépenses fiscales, contre 14,373 milliards l’année précédente.

La progression atteint ainsi 3,157 milliards de dirhams pour cette catégorie.

Ensemble, les ménages et les entreprises concentrent près de 36,1 milliards de dirhams d’avantages fiscaux, soit environ 94,9 % de l’ensemble des dépenses fiscales évaluées.

Cette répartition souligne l’importance des mécanismes de soutien fiscal dans la politique économique nationale, aussi bien en faveur du pouvoir d’achat que de l’activité des entreprises.

Salariés et agriculteurs en hausse, promoteurs immobiliers et pêcheurs en recul

L’analyse détaillée du rapport fait apparaître des évolutions contrastées selon les catégories socioprofessionnelles et les secteurs économiques.

Les avantages fiscaux destinés aux salariés atteignent 4,941 milliards de dirhams en 2026, contre 4,568 milliards en 2025, soit une progression de 373 millions de dirhams.

Les agriculteurs bénéficient également d’une augmentation, avec des dépenses fiscales évaluées à 2,128 milliards de dirhams, contre 1,794 milliard l’année précédente.

À l’inverse, les avantages fiscaux destinés au secteur de la pêche reculent de 1,043 milliard à 961 millions de dirhams.

Même tendance pour les promoteurs immobiliers, dont les dépenses fiscales passent de 844 millions à 693 millions de dirhams.

Ces évolutions mettent en évidence des différences dans la répartition des avantages fiscaux selon les activités, sans permettre, à elles seules, de mesurer leur efficacité économique ou sociale.

Les avantages douaniers expliquent une grande partie de la hausse

L’augmentation globale des dépenses fiscales est principalement liée à la progression des avantages associés aux droits de douane, dont le coût supplémentaire est estimé à 2,859 milliards de dirhams.

Les dépenses fiscales relatives à la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) augmentent également de 787 millions de dirhams, tandis que celles liées à l’impôt sur le revenu progressent de 692 millions.

Les avantages portant sur la taxe sur les contrats d’assurance enregistrent, de leur côté, une hausse de 387 millions de dirhams.

En revanche, certaines catégories connaissent une évolution inverse.

Les dépenses fiscales liées aux taxes intérieures de consommation diminuent de 73 millions de dirhams, celles associées à l’impôt sur les sociétés de 63 millions et celles relatives aux droits d’enregistrement de 17 millions.

Quel bilan pour la politique d’exonérations fiscales ?

La progression de 13,7 % des dépenses fiscales en 2026 intervient dans un contexte où la mobilisation des recettes publiques constitue un enjeu majeur pour le financement des politiques sociales, des infrastructures et des investissements.

Si les exonérations et les réductions d’impôts peuvent favoriser l’investissement, soutenir certains secteurs ou alléger la charge fiscale des ménages, leur efficacité dépend des effets économiques et sociaux effectivement obtenus.

Le montant de 38 milliards de dirhams ne permet donc pas, à lui seul, de conclure à une amélioration ou à une détérioration de la politique fiscale.

Il soulève néanmoins plusieurs questions : quels dispositifs contribuent réellement à la création d’emplois ? Quels avantages soutiennent efficacement le pouvoir d’achat ? Et dans quelle mesure les exonérations accordées aux entreprises se traduisent-elles par des investissements supplémentaires ?

Autant d’interrogations qui devraient accompagner l’examen du projet de loi de finances 2027 et la réflexion sur l’avenir des dépenses fiscales au Maroc.

Pour le nouvel exécutif dirigé par Fatima Ezzahra El Mansouri, l’enjeu sera désormais de concilier les objectifs de soutien économique et social avec une utilisation plus transparente et mieux évaluée des ressources fiscales de l’État.

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