Face à la baisse des ventes, à l’érosion des marges et à la hausse des charges, les commerçants marocains tirent la sonnette d’alarme. Leur organisation syndicale réclame la gratuité des paiements par carte et un allègement des contraintes administratives. Une revendication qui interroge le coût réel de la modernisation économique.
Le commerce de proximité marocain traverse une période difficile. Entre ralentissement de la consommation, augmentation des dépenses de fonctionnement et diminution des bénéfices, de nombreux professionnels peinent à préserver leur activité. Dans ce contexte, l’Union marocaine des commerçants et professionnels, affiliée à l’Union marocaine du travail (UMT), appelle les autorités à prendre des mesures urgentes pour soutenir un secteur essentiel à l’économie locale.
Dans un communiqué relayé ce lundi 26 octobre, l’organisation syndicale dénonce la dégradation des conditions économiques et sociales des commerçants. Elle réclame notamment une révision des frais bancaires, une simplification des démarches administratives et un dialogue renforcé avec le gouvernement.
Paiement électronique : la gratuité réclamée
La principale revendication concerne les commissions prélevées sur les paiements par carte bancaire. Le syndicat demande à Bank Al-Maghrib, aux banques et aux opérateurs concernés d’instaurer une commission de 0 % pour les commerçants utilisant les terminaux de paiement électronique (TPE).
L’organisation ne conteste pas l’utilité de la numérisation des transactions. Elle soutient au contraire la modernisation des moyens de paiement et l’inclusion financière, mais considère que leur développement ne doit pas alourdir les charges des petites entreprises. Elle réclame également davantage de transparence tarifaire et des procédures d’accès aux terminaux plus simples.
Cette demande intervient dans un contexte de réforme du marché monétique. Depuis le 1er octobre 2026, les plafonds des frais d’interchange ont été abaissés, avec un taux spécifique de 0,15 % pour certaines opérations relevant du commerce de proximité. Toutefois, ces frais interbancaires ne représentent qu’une partie du coût total éventuellement facturé au commerçant.
Des contraintes administratives qui s’accumulent
Au-delà des commissions bancaires, les professionnels dénoncent les difficultés liées aux autorisations commerciales. Enseignes, façades, auvents et occupation du domaine public font l’objet de démarches dont la complexité varie selon les collectivités territoriales.
Le syndicat demande une harmonisation des procédures et une accélération du traitement des dossiers. À l’approche de l’hiver, il insiste particulièrement sur les auvents, indispensables pour protéger les marchandises et les clients contre les intempéries. Il plaide pour des solutions conciliant les règles d’urbanisme, l’esthétique des espaces publics et les besoins des commerçants.
Ces contraintes pèsent davantage sur les petites structures, rarement dotées des moyens administratifs dont disposent les grandes entreprises. Leur simplification pourrait donc constituer un soutien concret à l’activité économique.
Des marges fragilisées par le pouvoir d’achat
L’organisation syndicale décrit également un recul des transactions et une contraction des marges bénéficiaires, aggravés par la faiblesse du pouvoir d’achat des ménages. Lorsque les consommateurs réduisent leurs dépenses, les commerces de quartier en subissent directement les conséquences.
Ces difficultés dépassent les intérêts individuels des professionnels. Les épiceries, boutiques, ateliers et petites entreprises de services constituent des sources de revenus pour de nombreuses familles. Ils participent aussi à l’emploi, à l’animation des quartiers et au maintien d’une activité économique de proximité.
Le syndicat appelle ainsi le gouvernement à alléger les charges financières et administratives, à renforcer la protection sociale des professionnels et à instaurer un dialogue régulier avec leurs représentants.
Moderniser sans fragiliser
La question dépasse finalement le seul débat sur les commissions bancaires. Le Maroc souhaite accélérer les paiements numériques et améliorer l’efficacité de son économie, mais cette transformation doit rester accessible aux entreprises les plus modestes.
La gratuité réclamée soulève néanmoins une question : qui prendrait en charge le coût des équipements et du traitement des transactions ? Des mécanismes de soutien ciblés ou des tarifs adaptés aux petits commerces pourraient alimenter la discussion.
Pour les commerçants, l’enjeu est immédiat : continuer à travailler sans voir leurs marges disparaître. Pour les pouvoirs publics, le défi consiste à faire de la modernisation un facteur de développement partagé, plutôt qu’une dépense supplémentaire imposée aux acteurs les plus fragiles.