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À Ifrane, le Maroc et l’Allemagne mettent leur coopération sécuritaire à l’épreuve des menaces complexes

28 octobre 2026 - 10:00

©DGSN

Attaques armées, explosifs, risques radiologiques et laboratoires clandestins : les polices marocaine et allemande ont confronté leurs méthodes d’intervention à cinq scénarios sensibles. Au-delà de l’exercice, cette coopération illustre l’importance croissante de l’expertise scientifique et de la coordination internationale dans la gestion des crises sécuritaires.

Comment intervenir efficacement lorsqu’une scène de crime présente simultanément des risques humains, techniques et scientifiques ? C’est autour de cette question que les services de la Direction générale de la sûreté nationale (DGSN) et leurs homologues allemands se sont retrouvés, mardi 27 octobre, à l’Institut supérieur des sciences de la sécurité d’Ifrane, pour un exercice conjoint consacré à la gestion des situations criminelles complexes.

Organisée en présence de l’ambassadeur d’Allemagne au Maroc et de hauts responsables sécuritaires des deux pays, cette simulation s’inscrit dans une coopération bilatérale qui dépasse désormais le simple échange d’informations pour intégrer la formation spécialisée, l’expertise criminalistique et l’évaluation des capacités opérationnelles.

Cinq scénarios pour tester la réponse sécuritaire

L’exercice s’est articulé autour de cinq situations susceptibles de mobiliser des compétences spécialisées : une attaque armée, une explosion provoquée par un engin explosif, la découverte d’une source radioactive, la mise au jour d’un laboratoire clandestin et l’identification de victimes.

Chacun de ces scénarios soulève des difficultés particulières. Au-delà de la sécurisation immédiate des lieux, les intervenants doivent préserver les indices, protéger les personnes exposées, coordonner les équipes spécialisées et garantir la fiabilité des investigations.

L’enjeu consiste ainsi à vérifier non seulement la maîtrise des procédures techniques, mais également la capacité des différents services à agir ensemble dans des circonstances où chaque décision peut avoir des conséquences sur la sécurité des intervenants et le déroulement de l’enquête.

Les grands événements internationaux en ligne de mire

Pour le préfet de police Abderrahmane Youssefi Alaoui, chef de la division technique et management des risques à l’Institut des sciences forensiques de la Sûreté nationale, cette initiative s’inscrit dans les programmes de coopération développés entre la DGSN et la police allemande.

Elle vise notamment à éprouver les capacités techniques et opérationnelles des services marocains face aux menaces susceptibles d’apparaître lors de grands rassemblements internationaux.

Le responsable a rappelé l’expérience accumulée par le Maroc dans la sécurisation de manifestations d’envergure, notamment la COP22, la Conférence internationale sur la migration, les Assemblées annuelles du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale, l’Assemblée générale d’Interpol et la Coupe d’Afrique des nations 2025.

Ces précédents constituent un acquis opérationnel, mais ils soulignent également la nécessité d’une adaptation permanente. La diversification des risques, l’évolution des méthodes criminelles et la complexité croissante des dispositifs de sécurité imposent une actualisation régulière des compétences.

Dans cette perspective, l’exercice d’Ifrane prend une dimension particulière : il permet de confronter les procédures à des situations simulées, d’identifier les éventuelles difficultés de coordination et de renforcer les réflexes collectifs avant qu’une crise réelle ne survienne.

La science forensique au cœur de la coopération

L’un des aspects les plus significatifs de cette initiative réside dans la place accordée à la police technique et scientifique.

Face à des menaces impliquant des substances dangereuses, des explosifs ou des installations clandestines, les méthodes classiques d’investigation ne suffisent plus. L’analyse des traces, l’identification des matières, la gestion des risques de contamination et la préservation des preuves exigent des moyens spécialisés et une coordination rigoureuse.

La coopération maroco-allemande apparaît ainsi comme un cadre de partage des connaissances, des méthodes d’analyse et des expériences de terrain.

Selon Abderrahmane Youssefi Alaoui, les équipes participantes ont fait preuve d’un niveau élevé de compétence dans la prise de décision et la mobilisation des moyens humains et logistiques. Cette appréciation, formulée à l’issue de l’exercice, traduit la satisfaction des responsables, même si les résultats détaillés de l’évaluation opérationnelle n’ont pas été rendus publics.

Berlin et Rabat misent sur la confiance et le partage d’expertise

Du côté allemand, Christian Vidal, directeur de l’Institut de police technique et scientifique de Hanovre, a salué la qualité de la coopération entre les deux pays, fondée, selon lui, sur la confiance mutuelle, le respect et une volonté commune de progresser.

Il a également souligné le professionnalisme des cadres de la DGSN et l’importance de poursuivre les échanges de connaissances et d’expériences.

Cette coopération s’inscrit dans une réalité sécuritaire où les menaces ne s’arrêtent pas aux frontières nationales. Criminalité organisée, trafics transnationaux et risques liés aux substances dangereuses nécessitent des mécanismes de collaboration capables de rapprocher les pratiques professionnelles et de faciliter les interventions spécialisées.

Une coopération qui dépasse l’exercice d’Ifrane

L’intérêt de cette rencontre ne réside donc pas uniquement dans la réussite des simulations. Il tient aussi à la possibilité de transformer les enseignements tirés de l’exercice en améliorations concrètes des procédures, de la formation et de la coordination entre services.

Pour le Maroc, qui accueille régulièrement des manifestations internationales, la maîtrise des risques sécuritaires constitue un enjeu de crédibilité institutionnelle autant que de protection des personnes.

L’exercice d’Ifrane illustre ainsi une évolution des priorités : la performance sécuritaire ne se mesure plus seulement à la capacité d’intervention, mais aussi à l’anticipation des risques, à la qualité de l’expertise scientifique et à l’efficacité de la coopération internationale.

Reste à traduire cette dynamique en mécanismes durables de formation, d’évaluation et de partage d’expérience. C’est à cette condition que les exercices conjoints pourront produire des effets mesurables au-delà des démonstrations opérationnelles.

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