Chaque été, c’est la même scène. Des milliers de Marocains traversent la Méditerranée avec un objectif simple : rentrer chez eux. Cette année, Fernando Grande-Marlaska, ministre espagnol de l’Intérieur, jubile. Selon lui, l’Opération Marhaba 2025 (OPE) bat déjà tous les records : +5,6 % de voyageurs et +6,9 % de véhicules par rapport à 2024.
Les chiffres sont impressionnants. Mais derrière l’euphorie logistique espagnole, il y a une réalité plus humaine : celle de familles entières qui préparent ce retour des mois à l’avance, économisant chaque euro, achetant cadeaux et vêtements pour la famille restée au bled, réglant l’assurance et le ferry, traversant parfois toute l’Europe avant d’arriver à Algésiras ou Tarifa.
Le ministre Marlaska a souligné l’efficacité de son dispositif et la « coordination parfaite » avec le Maroc. Il faut dire que Rabat déploie chaque année un dispositif colossal, via la Fondation Mohammed VI, pour accompagner ses ressortissants sur la route du retour. Psychologues, traducteurs, aides sociales, médecins, tout est mobilisé pour soutenir ce mouvement migratoire inverse, devenu le plus grand au monde en temps de paix.
Pendant que Marlaska visite les installations portuaires, serre des mains et félicite ses fonctionnaires, les voyageurs marocains, eux, dorment parfois dans leur voiture sous la chaleur andalouse, attendent des heures sur le quai, luttent contre la fatigue des enfants et l’angoisse de rater l’embarquement.
Ces chiffres impressionnants, 3,4 millions de passages en 2024, montrent aussi la force invisible de cette diaspora. C’est elle qui maintient vivants des villages entiers, qui finance la construction de maisons, de commerces, de routes parfois. Et c’est elle qui, paradoxalement, nourrit aussi l’économie espagnole chaque été : essence, péages, supermarchés, hôtels, parkings, ferries. Tout un circuit économique bâti sur la nostalgie et l’amour du pays.
Dans son communiqué, Marlaska insiste sur la “démonstration d’efficacité” espagnole. Mais cette efficacité n’existerait pas sans l’organisation marocaine. Chaque année, le Maroc montre que sa force ne réside pas seulement dans ses indicateurs économiques, mais dans sa capacité à mobiliser ses institutions au service de ses citoyens à l’étranger.
Au fond, l’OPE est bien plus qu’un dispositif logistique. C’est un rituel, un pèlerinage laïque qui confirme chaque année que, malgré les kilomètres, les papiers européens et la vie loin des siens, le Maroc reste la maison.