Le Brésil et ses alliés ont décidé d’écarter les États-Unis de la réunion “Démocratie Toujours”, organisée en marge de l’Assemblée générale des Nations Unies. Ce choix illustre la fracture entre Brasilia et Washington et repositionne l’Amérique latine comme acteur central dans le débat sur l’avenir démocratique mondial.
À New York, près de trente pays participeront à cette deuxième édition de “Démocratie Toujours”. L’Allemagne, la France, le Canada, le Mexique ou encore le Sénégal figurent sur la liste, mais pas les États-Unis. L’an passé, l’administration Biden avait tout de même envoyé un représentant. Cette fois, le Brésil, l’Espagne, l’Uruguay, la Colombie et le Chili, organisateurs de la rencontre, ont décidé de fermer la porte à un pays jugé incapable de garantir un engagement démocratique réel dans le contexte actuel.
Ce geste marque une nouvelle étape dans la confrontation entre Lula et Trump. L’un défend une transition démocratique mondiale contre l’extrémisme. L’autre multiplie les attaques contre la presse et limite les politiques de lutte contre la désinformation. Deux trajectoires qui s’opposent et qui désormais se croisent dans la scène la plus visible de la diplomatie internationale.
Le Brésil veut apparaître comme un pivot de ce front. Lula arrive à New York avec trois messages principaux: la défense de la démocratie contre les dérives extrémistes, la reconnaissance de la solution à deux États pour la Palestine, et l’importance de la COP30 à Belém, qui doit devenir un moment fondateur dans la lutte climatique. À travers ces thèmes, le président brésilien entend montrer qu’un pays du Sud global peut porter une parole universelle et crédible.
Cette exclusion des États-Unis doit aussi se lire dans un contexte plus large. L’axe du débat démocratique semble glisser vers l’Amérique latine et l’Europe, régions où l’on cherche à construire une réponse commune face à l’érosion de la confiance citoyenne. Comme l’avait déjà souligné Pedro Sánchez lors de la première édition, l’inégalité, la désinformation et les discours de haine sont aujourd’hui les trois menaces majeures qui rongent la démocratie.
La rencontre new-yorkaise illustre davantage qu’un simple affrontement diplomatique et met en évidence la nouvelle place du Brésil dans un monde secoué par l’Ukraine, Gaza et le climat. En mettant les États-Unis de côté, Lula assume une autonomie stratégique qui met en lumière une fracture plus profonde dans la manière d’aborder la démocratie au XXIᵉ siècle.
L’histoire retiendra peut-être ce moment comme un signal d’émancipation. L’Amérique latine se positionne non comme simple spectatrice, mais comme protagoniste d’un débat global qui redéfinit les alliances et les valeurs. Lula veut incarner cette voix et rappeler que la démocratie, pour survivre, doit se défendre avec des actes.