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Urbanisme, territoires et crédibilité publique : ce que révèle le bilan Mansouri

15 octobre 2025 - 13:25

Les chiffres dévoilés par Fatima-Zahra Mansouri dépassent la simple communication ministérielle. Avec 405 documents d’urbanisme validés, 269 plans d’aménagement adoptés et plus de 3 000 douars désormais intégrés dans le cadre légal, le gouvernement affiche une volonté d’emprise territoriale inédite. Reste à savoir si cette accélération traduit une vision structurante ou un rattrapage sous pression.

Annoncer des chiffres ne suffit pas à convaincre, mais certains bilans obligent à regarder au-delà des formules rituelles du Parlement. Quand Fatima-Zahra Mansouri détaille devant les conseillers la validation de 405 documents d’urbanisme et 269 plans d’aménagement depuis le début de l’actuelle législature, elle ne dresse pas seulement un inventaire administratif. Elle donne à voir la manière dont l’État tente de maîtriser son territoire dans une phase de croissance démographique, de pression foncière et de transformation sociale rapide.

Le fait que 49 de ces plans concernent les grandes villes et 135 les zones rurales en expansion n’est pas anodin. Le Maroc d’aujourd’hui n’oppose plus systématiquement le monde urbain à l’arrière-pays. Les mobilités, les attentes sociales, les revendications d’accès aux services publics et le besoin de cohésion spatiale redessinent les priorités. L’urbanisme n’est plus un exercice technique ; il devient un instrument de légitimité et d’équité.

La ministre a également rappelé que des plans directeurs d’aménagement urbain ont été validés et que d’autres sont en cours de finalisation. Cela signifie que l’État cherche à anticiper au lieu de subir les dynamiques territoriales. Mais le chiffre qui révèle le plus clairement la transformation silencieuse du pays est ailleurs : 3 114 douars déjà délimités, sur près de 100 000 hectares, pour plus de 1,4 million d’habitants. Derrière ces données, il y a la reconnaissance juridique de zones longtemps traitées comme périphériques, parfois même invisibles.

Dans le même temps, 494 douars supplémentaires sont en cours de délimitation. Autrement dit, la carte administrative, sociale et foncière du Maroc est en train d’être redessinée sous nos yeux. Cet effort ne relève pas d’un geste symbolique : il conditionne l’accès aux infrastructures, la planification des équipements et l’investissement public ou privé.

La ruralité revient ainsi dans le débat politique autrement que sous l’angle de la pauvreté ou du retard. Mansouri insiste sur la nécessité de renforcer l’attractivité des territoires ruraux, de soutenir l’investissement, de créer de l’emploi et d’améliorer l’accès aux services. Si ces promesses ne sont pas nouvelles, elles prennent une autre dimension lorsque l’outil juridique, les budgets et les documents de planification suivent réellement.

Sur le plan financier, la ministre rappelle que depuis 2015, 475 conventions de politique de la ville ont été signées pour un montant de 76 milliards de dirhams, dont près d’un tiers apporté par son département. Dans les zones rurales, 191 conventions ont mobilisé 19 milliards de dirhams, et rien que durant l’actuelle mandature, 102 accords supplémentaires représentent 10,9 milliards de dirhams.

Fait marquant : près de 70 % des crédits engagés depuis 2015 ont été dépensés durant cette législature. Cela montre que le pilotage budgétaire s’est accéléré, mais pose aussi une question politique : cette intensité d’exécution est-elle le résultat d’un rattrapage structurel ou l’effet d’une stratégie gouvernementale plus centralisée et mieux coordonnée ?

Sur le terrain, les réalisations mentionnées impressionnent par leur volume : 350 quartiers réaménagés, 320 artères principales, 150 espaces publics, plus de 420 000 m² d’espaces verts, ainsi que des équipements dédiés aux jeunes, avec notamment 49 terrains de proximité. Cette mise à niveau visible correspond à une attente sociale forte : celle d’une amélioration concrète du cadre de vie, et pas seulement d’annonces institutionnelles.

Mais ce volontarisme en matière d’aménagement et de planification renvoie à un enjeu plus large : la crédibilité de l’action publique dans un contexte de pression croissante sur le logement, les ressources foncières et la justice sociale. Les chiffres impressionnent, mais ils seront évalués à l’aune de leur impact : réduction des disparités régionales, frein à l’étalement informel, reconversion des territoires vulnérables, accès équitable aux services.

Le discours de Mansouri laisse apparaître une politique structurée autour de trois principes : durabilité, justice foncière et flexibilité territoriale. Ces mots ne doivent pas rester des slogans ministériels. Ils peuvent devenir des repères stratégiques si l’État parvient à articuler l’action des communes, à réduire les blocages fonciers et à accélérer les autorisations d’aménagement.

Ce qui se joue aujourd’hui dépasse les chiffres avancés au Parlement. Il s’agit de savoir si le Maroc entre dans une ère où la planification territoriale ne sert plus à accompagner le désordre, mais à le prévenir. Si l’urbanisme devient un levier d’harmonisation sociale plutôt qu’une course derrière l’explosion immobilière. Et si les décisions prises à Rabat se traduisent, enfin, par un maillage équilibré du pays.

Fatima-Zahra Mansouri a exposé un tableau dense et techniquement robuste. La question désormais centrale est celle-ci : ce bilan ouvre-t-il un cycle structurant ou s’agit-il d’un inventaire avant redéploiement ?

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