Fouzi Lekjaa, ministre délégué chargé du budget et président de la Fédération royale marocaine de football, a défendu devant le Parlement une vision du Mondial 2030 comme projet global de développement, articulant sport, infrastructures et souveraineté nationale.
Lorsqu’il a pris la parole devant la commission des finances, Fouzi Lekjaa n’a pas parlé en dirigeant sportif, mais en stratège d’État. À ses yeux, la Coupe du monde 2030 n’est ni un simple tournoi ni un trophée à conquérir : c’est une matrice de développement, une feuille de route engageant le Maroc pour les décennies à venir. L’organisation conjointe avec l’Espagne et le Portugal, a-t-il rappelé, « reflète une vision stratégique du pays dans sa marche vers le développement global ».
Derrière ce discours institutionnel se profile une idée centrale : le football comme levier de modernisation nationale. Lekjaa l’a expliqué avec précision budgétaire : les 3,6 milliards de dirhams prévus pour l’organisation, dont moins d’un milliard pour la construction des stades, seront investis sur vingt ans. Les infrastructures – aéroports, routes, lignes ferroviaires – ne sont pas des dépenses conjoncturelles, mais des acquis durables pour la mobilité, le tourisme et la cohésion territoriale. En somme, le Mondial 2030 devient un accélérateur de la trajectoire de développement.
Du sport à la stratégie d’État
Cette articulation entre sport et économie s’inscrit dans une continuité historique. Depuis la lettre royale de 2008 traçant la réforme du sport national jusqu’à la création, en 2009, de l’Académie Mohammed VI, le football marocain est devenu une école de planification. L’académie a formé la génération qui a brillé au Mondial 2022 au Qatar et celle qui, plus récemment, a remporté la Coupe du monde des moins de 20 ans au Chili. Ces victoires ne doivent rien au hasard : elles incarnent un modèle de gouvernance sportive fondé sur la formation locale, la patience et une vision royale à long terme.
Lekjaa y voit la preuve que le Maroc n’est plus un acteur secondaire du football mondial, mais une référence émergente capable de rivaliser avec les grandes écoles européennes et sud-américaines. « Le triomphe au Chili n’est pas un exploit isolé », a-t-il affirmé, « il témoigne d’un système cohérent, d’un travail collectif et continu ».
Un chantier national, pas un simple tournoi
Dans cette logique, le ministre a souligné que la Coupe du monde ne se limite pas à la construction de stades. Elle mobilise la santé, le transport, l’hôtellerie, l’environnement et surtout le savoir-faire marocain. En rappelant que le stade Moulay Abdellah et l’hôpital universitaire voisin ont été construits en moins de deux ans par des entreprises nationales, Lekjaa a voulu envoyer un message clair : ce sont les compétences marocaines qui incarnent l’ambition du pays.
Le financement, étalé sur vingt ans, reflète un choix de prudence : le Mondial ne doit pas peser sur les finances publiques, mais s’intégrer dans une dynamique de développement durable. Selon Lekjaa, louer des stades reviendrait plus cher que les construire ; un argument en faveur de l’investissement productif plutôt que de la dépense éphémère.
Une dynamique sociale et symbolique
Au-delà des chiffres, Lekjaa a évoqué la dimension humaine : celle de l’unité nationale. Il a appelé les supporters à soutenir les joueurs, rappelant que « la moitié de l’équipe nationale provient de l’Académie Mohammed VI et l’autre moitié de toutes les régions du pays ». Le football, dans cette perspective, devient le miroir de la diversité marocaine : du Rif au Souss, du Haouz à Tanger, l’équipe nationale parle une langue commune.
Cette cohésion se manifeste aussi à travers le football féminin, que Lekjaa décrit comme une révolution silencieuse. L’équipe féminine a atteint le second tour de la Coupe du monde après avoir éliminé l’Allemagne, un pays qui pratique le football féminin depuis un demi-siècle. La métaphore est puissante : la discipline et l’organisation peuvent combler le fossé du temps.
Vers une diplomatie du terrain
En toile de fond, le Mondial 2030 s’impose comme un instrument de soft power. Le Maroc, au carrefour euro-méditerranéen, se positionne en pont entre continents et civilisations. L’organisation conjointe avec l’Espagne et le Portugal incarne cette vocation de carrefour : un ancrage africain, une ouverture européenne et une ambition mondiale.
Lekjaa l’a résumé ainsi : « Le Mondial n’est pas seulement des matchs, c’est une stratégie nationale nourrie de confiance et de persévérance. » Dans une région souvent gouvernée par la conjoncture, cette vision à long terme confère au Maroc une rare cohérence. Le football devient alors un langage universel pour exprimer une vérité simple : le développement, ici, se joue sur notre propre terrain.