Rabat a accueilli, jeudi, une conférence ministérielle africaine consacrée au désarmement, à la démobilisation et à la réintégration des enfants associés aux conflits armés. En ouvrant les travaux, Nasser Bourita a plaidé pour un instrument juridique continental capable de combler un vide devenu insoutenable.
L’intervention du ministre a mis en lumière une réalité difficile. Malgré les efforts engagés, l’Afrique demeure le continent le plus touché par le recrutement d’enfants soldats, avec près de 120 000 mineurs concernés, soit environ 40 % des cas recensés à l’échelle mondiale. Ce chiffre illustre l’ampleur d’un phénomène qui mine la stabilité des États, perpétue les violences et compromet les processus de reconstruction sociale.
Bourita a souligné que l’absence d’un cadre juridique commun pèse lourdement sur la capacité collective à répondre efficacement au problème. Les normes existantes restent fragmentées, parfois inadaptées aux situations locales, et les initiatives de désarmement ou de réintégration montrent encore des limites structurelles. Certaines avancées existent, mais elles demeurent incomplètes, et les approches manquent souvent de cohérence ou de profondeur stratégique.
Le ministre a inscrit cette réflexion dans une vision africaine de responsabilité partagée. Selon lui, la solidarité défendue par Mohammed VI se fonde sur une conviction essentielle : protéger les enfants revient à défendre l’avenir politique et moral du continent. D’où la nécessité d’un instrument juridique capable d’articuler les standards internationaux avec les réalités vécues sur le terrain, tout en renforçant la capacité des États à poursuivre les responsables de ces crimes.
Une partie centrale de son intervention a porté sur le rôle aggravant joué par les groupes séparatistes et les organisations terroristes. Leur exploitation des enfants dans des zones de faible présence institutionnelle nourrit les cycles de violence et fragilise davantage les tentatives de stabilisation. Bourita a insisté sur la fermeté : l’enrôlement d’enfants constitue un crime grave, et la responsabilité des acteurs impliqués demeure entière et imprescriptible.
Afin de traduire cette volonté politique en mécanismes concrets, il a proposé la création d’un « Groupe des amis du DDR axé sur les enfants », destiné à mobiliser expertise juridique et leadership continental pour préparer une Convention africaine consacrée à la prévention du recrutement et à la réintégration.
La Conférence de Rabat rappelle ainsi que la protection des enfants s’affirme comme un impératif moral et stratégique. Le défi réside désormais dans la capacité des États africains à transformer ce consensus en action durable.