La 93ᵉ Assemblée générale d’Interpol s’ouvre cette année dans une atmosphère particulière. Marrakech réunit plus de huit cents délégués venus de cent soixante-dix-neuf pays, une participation qui illustre à la fois la densité des enjeux contemporains de sécurité et la place croissante que le Maroc occupe dans les réseaux internationaux de coopération policière. Le président sortant, Ahmed Naser Al-Raisi, a choisi cette tribune pour livrer un bilan détaillé de ses quatre années à la tête de l’organisation. Un exercice qu’il a mené avec une assurance certaine, en insistant sur les transformations qu’il juge décisives pour l’avenir d’Interpol.
Il a d’abord rappelé l’intensité opérationnelle de la période écoulée. Selon lui, plus de deux cents opérations transfrontalières ont été coordonnées depuis 2021, des opérations qui ont conduit à des saisies évaluées à plus de dix-sept milliards de dollars et à la récupération de fonds détournés atteignant dix-neuf milliards. Ces chiffres, avancés avec précision, visent à montrer que l’organisation ne se contente plus d’échanger des informations, mais qu’elle possède désormais une capacité réelle d’impact sur les réseaux criminels mondiaux.
Au cœur de ce bilan, une idée domine : la mutation technologique d’Interpol. Al-Raisi a insisté sur la montée en puissance des capacités numériques, nourries par une décennie de travail du centre mondial d’innovation de Singapour. L’organisation a quasiment doublé le volume de recherches dans ses bases de données en quatre ans, atteignant 7,8 milliards de consultations. L’introduction du système I-COR, la simplification des procédures internes, la réduction significative des délais de traitement au sein de la Commission de contrôle des fichiers : ces points dessinent une organisation plus agile et moins dépendante des lourdeurs administratives qui ont longtemps limité son efficacité.
Le président a également souligné l’effort accompli pour élargir la représentativité au sein de l’organisation. Quatorze régions supplémentaires sont désormais couvertes par des officiers détachés, portant leur nombre total à cent quarante et un. En Afrique, dans les Amériques, en Asie-Pacifique ou en Europe, la présence renforcée d’experts locaux répond à une conviction ancienne mais souvent difficile à mettre en pratique : les décisions d’Interpol doivent refléter la diversité des réalités sécuritaires de ses membres. Cette approche vise à donner davantage de poids aux États dont la participation restait jusque-là limitée, et à corriger un déséquilibre structurel qui favorisait historiquement certaines zones géographiques.
Al-Raisi a également présenté les grandes orientations pour les cinq prochaines années. Elles tournent autour de trois axes : innovation technologique, renforcement de la coopération opérationnelle et suivi rigoureux des décisions prises par l’Assemblée générale. La volonté est d’inscrire Interpol dans une dynamique continue, indépendante des mandats et des sensibilités nationales, en rappelant que la mission première demeure la protection des populations face à une criminalité qui ne connaît aucune frontière.
L’enjeu de cette assemblée ne se limite pourtant pas au discours du président sortant. Marrakech accueille une session qui pourrait se révéler structurante pour l’avenir de l’organisation. Les délégués devront approuver le programme d’activités, valider les orientations stratégiques et adopter le budget. Ils examineront également plusieurs dossiers sensibles, tels que la lutte contre les réseaux de fraude internationaux, l’expansion des unités policières spécialisées, l’évaluation du projet pilote Silver Notice et le renforcement du rôle des femmes dans les forces de police.
Enfin, cette session doit renouveler plusieurs postes clés du Comité exécutif, y compris la présidence. Le scrutin constituera un moment d’observation attentif, en particulier pour les États qui cherchent à peser davantage sur les décisions d’Interpol. Dans ce contexte, le Maroc, qui accueille l’événement avec une organisation saluée par plusieurs délégations, continue de démontrer sa capacité à devenir un acteur central des architectures internationales de sécurité.
L’Assemblée générale de Marrakech offre ainsi un double visage : une vitrine pour un bilan présenté comme exceptionnel et un espace où s’esquissent les contours d’une organisation confrontée à des défis multiples, technologiques, politiques et géopolitiques. L’avenir d’Interpol se joue autant dans les déclarations officielles que dans les orientations qui seront adoptées d’ici la clôture des travaux le 27 novembre.