La diffusion d’une vidéo issue d’une réunion de la Commission d’éthique du Conseil national de la presse continue de susciter un vif débat public. Face aux interprétations qui se multiplient, Abdellah Bakkali, membre de la commission, a choisi d’exposer sa version des faits dans une déclaration vidéo publiée vendredi.
Bakkali reconnaît que la fuite a provoqué un écho bien au-delà du cadre professionnel, atteignant le Parlement et diverses instances politiques et associatives. Selon lui, la question dépasse désormais la réserve habituellement associée aux travaux de la commission, même s’il alerte sur la tentation de transformer l’affaire en outil de règlements personnels, ce qui, affirme-t-il, éloigne le débat de ses enjeux essentiels.
Il distingue clairement deux niveaux : l’acte de « fuite », qu’il qualifie d’atteinte à la crédibilité institutionnelle, et la « publication » du contenu, qu’il considère relevant du travail journalistique lorsqu’elle répond à un intérêt public. À ce titre, il refuse l’idée de criminaliser ceux ayant diffusé l’enregistrement.
Le dossier Mahdaoui au centre des tensions
Concernant l’attribution de la carte de presse à Hamid Mahdaoui, Bakkali révèle avoir soutenu son dossier, rappelant que le journaliste remplissait selon lui les mêmes critères que les années précédentes. Il explique avoir été surpris par le renvoi soudain du dossier en phase d’examen, à la suite de l’intervention d’un membre estimant que les revenus majoritaires du journaliste provenaient de YouTube. Bakkali juge ce raisonnement inapplicable de manière sélective.
Il affirme avoir exprimé son opposition lors de la réunion et s’être retiré lorsque la majorité a maintenu le refus, estimant que la décision relevait d’une « démarche ciblée ».
Il critique également les plaintes répétées adressées contre Mahdaoui, et considère que les propos qui ont motivé l’examen disciplinaire ne justifiaient pas une sanction.
La décision de retirer une carte qui n’avait pas été délivrée lui paraît incohérente. Bakkali interroge :
« Comment retirer un document qui n’a jamais été accordé ? »
Il souligne que la commission disciplinaire et la commission de délivrance de la carte appartiennent à la même structure, ce qui crée selon lui une confusion juridique.
Absence à la réunion et fin du mandat légal
Bakkali confirme avoir été informé de la tenue de la réunion consacrée à une seconde plainte contre Mahdaoui, mais explique avoir refusé d’y participer pour rester cohérent avec sa position exprimée en assemblée générale.
Il rappelle que la fuite concerne une réunion tenue en avril, alors que le mandat légal du Conseil était encore en vigueur, mais insiste sur le fait que la commission, depuis le 6 octobre, ne dispose plus que de prérogatives limitées à la gestion courante – sans pouvoir disciplinaire.
Un appel à rectifier le processus
Pour lui, les décisions prises contre Mahdaoui doivent être revues, conformément au principe selon lequel « ce qui repose sur une base erronée n’a aucune validité ».
Il plaide pour une réforme des textes encadrant la profession afin d’éviter que des zones grises juridiques n’ouvrent la voie à des interprétations divergentes.
Bakkali conclut en affirmant que sa conscience est tranquille pour avoir refusé de participer à ce qu’il considère comme une procédure injuste à l’encontre d’un journaliste.