Dr. Abdellah Kafa
Le Centre Abū al-Hasan al-Asharī pour les études et recherches doctrinales, relevant de la Rabita Mohammadia des Oulémas, a organisé un atelier consacré aux enjeux de la traduction des termes religieux. Intitulée « Introduction à la traduction des concepts religieux : théories et applications », la rencontre a réuni enseignants, étudiants de licence et de master, ainsi que des membres du Club des Langues et de la Communication Civilisationnelle.
La session, tenue le mercredi 3 décembre dans les locaux du Centre, a été ouverte par son directeur, Dr Jamal Alal al-Bakhti, qui a rappelé la vocation académique de l’institution et son attachement à un travail étroit avec les jeunes formés aux langues étrangères. Selon lui, la recherche doctrinale exige des compétences linguistiques fines, car de nombreux projets portent sur la traduction et l’analyse de notions issues de différentes traditions religieuses. Il a insisté sur le fait que la traduction constitue aujourd’hui un champ de recherche à part entière et qu’elle joue un rôle déterminant dans la transmission du patrimoine intellectuel islamique vers d’autres espaces linguistiques.

Dr. Jamal Allal Bakhti
Au cœur de la rencontre, l’intervention du chercheur Abdelilah Kafa a offert un cadre conceptuel clair. Il a présenté la traduction comme un acte interprétatif qui met en relation deux univers culturels. Le traducteur, a-t-il souligné, assume une fonction de médiation entre des systèmes de pensée qui ne reposent pas toujours sur les mêmes codes. Cette médiation devient particulièrement délicate lorsqu’il s’agit de notions religieuses dont le sens peut être modifié par des choix terminologiques apparemment mineurs.

Pour alimenter la réflexion, Kafa a proposé deux références incontournables des études de traduction : le modèle de Peter Newmark, qui distingue les types de textes et les méthodes selon la finalité du message original, et l’approche de Lawrence Venuti, centrée sur la tension entre « étrangérisation » et « domestication ». Selon lui, une adaptation excessive risque de gommer des dimensions doctrinales essentielles, alors qu’une étrangérisation maîtrisée peut préserver le contexte religieux tout en maintenant la lisibilité du texte.
Les participants ont ensuite travaillé sur des exemples concrets tels que zakāt, ḥajj ou ṣiyām, afin d’examiner les implications de traductions approximatives ou trop simplifiées. De ces échanges est ressortie une idée forte : traduire un concept religieux consiste à protéger sa charge doctrinale tout en l’inscrivant dans un cadre compréhensible pour le lecteur.
L’atelier s’est conclu par des exercices pratiques visant à élaborer des équivalents plus précis pour divers termes problématiques. Cette mise en situation a permis de mesurer la complexité du passage d’un concept sacré d’une langue à une autre, ainsi que la nécessité d’approches méthodologiques rigoureuses. Le débat final a confirmé l’intérêt croissant des étudiants pour ces questions, au moment où la traduction des notions religieuses s’impose comme un volet essentiel de plusieurs parcours au sein de la Faculté des Études Islamiques de Tétouan.
