Rabat entend renforcer la souveraineté sanitaire en misant sur l’anticipation, la transparence et une réforme en profondeur de la chaîne d’approvisionnement pharmaceutique.
Le ministère de la Santé et de la Protection sociale a annoncé la création d’un Observatoire national des médicaments, un nouvel outil destiné à assurer une veille permanente sur l’approvisionnement, à anticiper les ruptures et à suivre l’évolution des prix. L’annonce a été faite par le ministre Amine Tahraoui lors d’une séance de questions orales à la Chambre des conseillers, consacrée à la disponibilité, à la qualité et à la sécurité des médicaments et produits de santé.
Selon le ministre, cette initiative s’inscrit dans un chantier plus large de réforme du secteur pharmaceutique, mené en coordination avec l’Agence marocaine des médicaments et des produits de santé. Le gouvernement travaille notamment à la mise à jour du décret relatif à l’autorisation de mise sur le marché (AMM), afin d’accélérer les procédures, de fluidifier l’accès aux médicaments et de garantir la continuité de l’approvisionnement, tout en préservant les standards de qualité et de sécurité.
L’Observatoire national des médicaments aura pour mission principale de détecter de manière précoce les déséquilibres dans la chaîne d’approvisionnement, d’analyser les tensions potentielles et de produire des données fiables pour éclairer la décision publique. Il devra également assurer un suivi régulier de l’évolution des prix, dans un souci de transparence et de régulation d’un marché souvent perçu comme opaque par les professionnels et les usagers.
Parallèlement, le ministère engage une réforme structurelle du système d’approvisionnement à travers la mise en place progressive d’une plateforme logistique nationale unifiée. Celle-ci reposera sur des entrepôts régionaux interconnectés, un système de transport flexible et un dispositif informatique centralisé de gestion des stocks et de la distribution (WMS/TMS). Le déploiement de ce chantier est prévu sur une période de 18 mois et vise, selon le ministre, à réduire significativement les pertes et à améliorer l’efficience globale du système.
À court terme, un plan d’urgence a été activé dans le cadre du programme de soutien à la réforme du système de santé (PRS). Il porte notamment sur la reconstitution du stock stratégique national, l’actualisation des niveaux de stock jugés critiques et l’accélération de l’approvisionnement des établissements soumis à une forte pression. Au cours des deux derniers mois, près de 6 993 palettes, soit l’équivalent de 560 tonnes de médicaments et de dispositifs médicaux essentiels, ont été acheminées vers plusieurs régions du pays.
Une attention particulière a été accordée aux zones les plus vulnérables. Dans le cadre de l’opération « Riaaya 2025–2026 », destinée aux populations exposées aux vagues de froid, 288 palettes supplémentaires, représentant plus de 23 tonnes, ont été distribuées dans 31 provinces et préfectures, avec un suivi centralisé et régional renforcé afin d’optimiser l’utilisation des ressources.
Pour Amine Tahraoui, ces mesures traduisent une approche renouvelée de la politique du médicament. « Garantir la disponibilité des médicaments et des produits de santé n’est pas une question technique conjoncturelle, mais un choix stratégique lié directement à la sécurité sanitaire et à la confiance des citoyens », a-t-il souligné. L’enjeu, désormais, sera de transformer ces réformes annoncées en résultats durables sur le terrain, dans un secteur longtemps fragilisé par les pénuries et les dysfonctionnements.