>

Migrants latino-américains : l’angle mort de la politique migratoire espagnole

26 janvier 2026 - 20:38

Les chiffres publiés par Funcas, à partir des données de l’Institut national de la statistique, révèlent une mutation profonde du modèle migratoire espagnol. Près de 840.000 personnes vivent aujourd’hui en Espagne en situation administrative irrégulière. Mais au-delà du volume, c’est la nature même de cette immigration qui interpelle : plus de neuf migrants sur dix sont originaires d’Amérique latine.

Cette réalité tranche avec les représentations classiques de l’immigration irrégulière en Europe, souvent associée aux routes africaines ou méditerranéennes. En Espagne, l’irrégularité est majoritairement le produit d’un espace ibéro-américain mal régulé, où l’entrée légale se transforme progressivement en séjour sans statut. Le phénomène est ancien, continu, et désormais structurel.

Depuis 2017, la progression est spectaculaire. Et les réformes successives n’ont pas inversé la dynamique. La dernière modification du règlement sur les étrangers, entrée en vigueur en 2025, vise à faciliter les régularisations par l’ancrage territorial. Mais même les projections officielles les plus favorables montrent que cette politique ne réduira pas le stock d’irréguliers : elle le stabilisera. Autrement dit, l’irrégularité est intégrée comme donnée permanente du système.

L’Espagne devient ainsi un laboratoire européen d’une approche paradoxale. Une immigration indispensable au fonctionnement de l’économie, mais gérée sans gouvernance réelle des flux. La régularisation sert de correctif tardif à l’absence de planification. Le marché du travail absorbe, l’administration régularise, mais l’État n’anticipe pas.

Cette situation interroge à l’échelle européenne. Alors que l’Union débat de contrôles, de frontières et de solidarité, un État membre gère de facto une immigration massive sans cadre stratégique cohérent. Le contraste est d’autant plus frappant avec des pays du sud de la Méditerranée, comme le Maroc, qui ont fait le choix d’une politique combinant contrôle, coopération internationale et gestion progressive des flux.

L’enjeu dépasse la seule Espagne. Il pose la question de savoir si l’Europe accepte que l’irrégularité devienne une variable structurelle de son modèle économique et social. Sans vision à long terme, sans articulation entre besoins économiques, migration légale et intégration, la régularisation répétée risque de devenir non pas une solution, mais un symptôme durable d’un déséquilibre mal assumé.

Partager l'article

Partagez vos idées

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *