La tension monte entre le ministère marocain de la Justice et l’Association des barreaux du Maroc. Réunie en session d’urgence à Rabat le 15 mai 2026, l’Association a accusé le ministre de la Justice, Abdellatif Ouahbi, de revenir sur les compromis précédemment convenus autour du projet de réforme de la profession d’avocat, tout en dénonçant une atteinte à l’indépendance du barreau et de ses institutions.
Dans un communiqué particulièrement virulent, l’Association affirme que les bâtonniers des dix-sept barreaux du Royaume envisagent de convoquer des assemblées générales extraordinaires afin de présenter collectivement leur démission, en signe de protestation contre ce qu’ils qualifient d’« atteinte continue aux constantes et aux institutions symboliques de la profession ».
Les avocats menacent également de ne plus superviser les prochaines élections professionnelles, annonçant l’ouverture d’une « bataille existentielle » pour défendre l’indépendance du métier.
Une rupture avec les engagements pris par le gouvernement ?
L’Association des barreaux affirme que le chef du gouvernement, Aziz Akhannouch, avait auparavant manifesté une attitude « positive » et un engagement favorable aux propositions formulées par les représentants de la profession lors des discussions sur la réforme.
Selon le communiqué, plusieurs groupes parlementaires, aussi bien de la majorité que de l’opposition, avaient également soutenu des amendements destinés à renforcer les garanties d’indépendance de la profession.
Mais les avocats accusent désormais le ministre de la Justice d’avoir introduit des amendements oraux « contraires aux usages institutionnels », contenant, selon eux, des dispositions portant atteinte :
-à l’autonomie de la profession,
-aux mécanismes disciplinaires internes,
-à l’organisation autonome des barreaux,
-ainsi qu’à certaines garanties constitutionnelles.
Le bâtonnier au cœur de la controverse
L’un des principaux points de crispation concerne la place du bâtonnier dans l’organisation de la profession.
L’Association accuse Abdellatif Ouahbi de chercher à marginaliser cette institution historique de la justice marocaine et de transformer les bâtonniers en « adversaires » plutôt qu’en partenaires dans la défense des droits et des libertés.
Le communiqué évoque même un climat de « défi » et un langage jugé « inacceptable » lors des discussions autour du projet de loi, allant jusqu’à dénoncer des motivations relevant, selon les auteurs du texte, de « règlements de comptes personnels ».
Une nouvelle crise autour de la réforme judiciaire
Cette confrontation intervient dans un contexte plus large de débats sur la réforme du système judiciaire marocain et sur l’équilibre entre modernisation institutionnelle et préservation de l’indépendance des professions judiciaires.
Le ministère de la Justice défend de son côté une réforme destinée à adapter le cadre légal de la profession aux évolutions contemporaines du système judiciaire et aux exigences de gouvernance.
Mais du côté des avocats, le ton employé ces derniers jours montre que la crise dépasse désormais le simple désaccord technique pour devenir un conflit politique et institutionnel majeur entre le barreau et le ministère.
L’Association des barreaux insiste enfin sur le fait que toute tentative de division entre générations d’avocats ou entre composantes de la profession « est vouée à l’échec », rappelant que la force du barreau marocain a toujours reposé sur son unité et ses traditions professionnelles.