Pour la première fois publiquement, l’ancien chef du gouvernement espagnol demande à Pedro Sánchez de convoquer des élections générales avant la fin de l’année. Entre critiques du leadership socialiste, inquiétudes institutionnelles et allusions aux ennuis judiciaires de José Luis Rodríguez Zapatero, Felipe González franchit un nouveau seuil dans son opposition à l’actuelle direction du PSOE.
La fracture entre Felipe González et la direction actuelle du Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE) est désormais ouverte. Lors d’une intervention devant l’Association valencienne des entrepreneurs (AVE), à Valence, l’ancien président du gouvernement espagnol a appelé publiquement à la tenue d’élections générales anticipées, une demande qu’il n’avait jamais formulée aussi explicitement depuis le retour au pouvoir de Pedro Sánchez.
« Il devrait y avoir des élections cette année », a déclaré González devant un auditoire composé de chefs d’entreprise et de responsables économiques, reprenant une position déjà défendue par le président socialiste de Castille-La Manche, Emiliano García-Page, l’une des voix les plus critiques à l’intérieur du PSOE.
Cette prise de position marque une nouvelle étape dans l’éloignement progressif entre l’ancien dirigeant socialiste, qui gouverna l’Espagne entre 1982 et 1996, et l’actuelle direction du parti.
Une critique du leadership de Pedro Sánchez
Sans citer directement le chef du gouvernement, Felipe González a opposé sa conception du leadership politique à celle qu’il estime aujourd’hui dominante au sein de la vie publique espagnole.
Selon lui, le véritable leadership est celui qui ne cherche pas un bénéfice personnel mais agit au service de l’intérêt collectif. Il a plaidé pour une politique capable de comprendre « l’état d’esprit des citoyens » et de répondre aux préoccupations réelles de la société.
À travers cette réflexion, beaucoup ont vu une critique à peine voilée de Pedro Sánchez, dont les opposants internes dénoncent régulièrement un exercice du pouvoir jugé excessivement personnalisé.
Pour illustrer son propos, González a même cité l’opposante vénézuélienne María Corina Machado comme exemple d’un leadership exercé au service de la liberté et de l’intérêt général, malgré les différences idéologiques qui les séparent.
Le poids des affaires et la question institutionnelle
L’ancien chef du gouvernement a justifié son appel à des élections anticipées par deux arguments principaux.
Le premier concerne le fonctionnement institutionnel de l’État. González a dénoncé l’absence de nouveaux budgets généraux depuis plusieurs années, l’Espagne fonctionnant toujours avec des comptes prorogés.
Selon lui, cette situation affaiblit la transparence démocratique et empêche notamment de connaître précisément l’origine des ressources destinées à financer l’augmentation des dépenses militaires décidée dans le cadre des engagements de l’Espagne envers l’OTAN.
« Je ne suis pas opposé à cette hausse, mais je veux savoir d’où vient l’argent », a-t-il déclaré.
Le second argument est d’ordre politique. González estime que les différentes enquêtes judiciaires qui touchent l’entourage du pouvoir socialiste contribuent à détériorer l’image des institutions et du pays lui-même.
« Cela affecte le pays, cela affecte le parti et cela nous affecte tous », a-t-il affirmé.
Zapatero entre présomption d’innocence et zone d’ombre
L’un des moments les plus remarqués de son intervention concerne José Luis Rodríguez Zapatero, ancien président du gouvernement et figure historique du socialisme espagnol.
González a défendu le principe fondamental de la présomption d’innocence et a expliqué comprendre le silence observé par son ancien successeur alors que celui-ci prépare sa comparution devant la justice.
Il a également salué le caractère « particulièrement garantiste » de l’instruction menée par le magistrat chargé du dossier.
Cependant, l’ancien dirigeant socialiste a laissé entendre que Zapatero pourrait avoir été entraîné dans des réseaux ou des relations dépassant le cadre de son activité politique habituelle.
Sans l’accuser directement, González a reconnu avoir été fortement impressionné par certains éléments du dossier judiciaire et n’a pas exclu que les liens entretenus depuis plusieurs années avec le régime vénézuélien de Nicolás Maduro puissent aujourd’hui se retourner contre lui.
Cette position nuancée vise à préserver la présomption d’innocence tout en reconnaissant la gravité du contexte politique et judiciaire actuel.
Un signal fort pour le PSOE
Au-delà de la polémique immédiate, l’intervention de Felipe González illustre le malaise croissant qui traverse une partie de l’ancien appareil socialiste.
Alors que Pedro Sánchez répète son intention d’aller au terme de la législature, prévu en 2027, plusieurs figures historiques du parti considèrent désormais qu’un retour aux urnes permettrait de clarifier la situation politique et de restaurer la confiance des citoyens dans les institutions.
Fait significatif, González a également rejeté l’idée d’une motion de censure contre le gouvernement, estimant qu’elle détournerait l’attention des problèmes de fond et offrirait au pouvoir l’occasion de déplacer le débat politique.
Pour l’ancien président, la réponse doit venir des électeurs eux-mêmes. Face à la multiplication des controverses et à l’usure du climat politique, seule une consultation populaire anticipée permettrait, selon lui, de redonner de la légitimité au système politique espagnol et de refermer une période de fortes turbulences.