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Maroc : le gouvernement veut concilier aide sociale et emploi déclaré pour favoriser l’insertion économique

04 juin 2026 - 16:37

Le gouvernement marocain s’apprête à modifier le dispositif de soutien social direct afin d’encourager l’intégration des bénéficiaires dans l’économie formelle. La réforme prévoit notamment le maintien temporaire des aides pour les ménages dont l’un des membres accède à un emploi déclaré. Une mesure que l’exécutif présente comme une réponse aux dysfonctionnements observés sur le terrain et aux effets de certaines pratiques qui réduisent l’impact des efforts sociaux de l’État.

Présentant jeudi devant la Commission de l’enseignement, des affaires culturelles et sociales de la Chambre des conseillers le projet de loi n°41.26 modifiant le régime du soutien social direct, le ministre délégué chargé du Budget, Fouzi Lekjaa, a annoncé plusieurs ajustements destinés à améliorer l’efficacité de ce chantier phare de l’État social.

La principale nouveauté consiste à permettre aux ménages bénéficiaires de continuer à percevoir les aides sociales pendant une période transitoire après l’accès d’un conjoint ou du chef de famille à un emploi déclaré auprès de la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS).

Selon Lekjaa, l’expérience des premiers mois d’application du dispositif a révélé une situation paradoxale : certains bénéficiaires préféraient rester dans l’informel ou demandaient à leurs employeurs de ne pas les déclarer afin de ne pas perdre immédiatement le bénéfice des aides publiques.

Pour remédier à cette situation, le projet prévoit une période de transition pouvant atteindre douze mois, durant laquelle les ménages continueront à recevoir le soutien direct tout en bénéficiant des droits liés à l’emploi déclaré, notamment la couverture médicale et les allocations familiales.

« Quand la précarité rencontre la spéculation »

Au cours des débats, plusieurs conseillers ont également interpellé le gouvernement sur la hausse du coût de la vie, notamment à l’approche de l’Aïd Al-Adha.

Visiblement irrité par certaines pratiques observées sur les marchés, Fouzi Lekjaa a dénoncé ce qu’il a qualifié de mécanismes qui neutralisent les efforts financiers consentis par l’État en faveur des ménages.

« Il n’a aucun sens que des efforts financiers directs soient absorbés de manière aussi misérable », a-t-il déclaré devant les parlementaires, ajoutant que « la situation devient encore plus difficile lorsque la précarité rencontre des formes de spéculation ou de pratiques organisées qui vident ces mesures de leur substance ».

Sans citer explicitement de secteurs ou d’acteurs, le ministre a plaidé pour des réponses structurelles permettant de protéger durablement le pouvoir d’achat des citoyens, indépendamment des circonstances conjoncturelles.

Plus de quatre millions de ménages concernés

Lancé en décembre 2023 dans le cadre du vaste chantier de généralisation de la protection sociale voulu par le Roi Mohammed VI, le programme de soutien social direct bénéficie aujourd’hui à près de quatre millions de familles marocaines et couvre environ cinq millions d’enfants.

Son coût mensuel est estimé à près de 2,2 milliards de dirhams, tandis que l’enveloppe globale mobilisée par l’État atteint environ 62 milliards de dirhams.

Pour le gouvernement, les ajustements proposés visent à trouver un équilibre entre la poursuite de la solidarité nationale envers les ménages vulnérables et la nécessité de favoriser leur insertion durable dans l’emploi formel, condition essentielle à une croissance plus inclusive.

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