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De président réformateur à mis en examen : les grandes étapes de la trajectoire politique de Zapatero

04 juin 2026 - 17:45

La mise en examen de José Luis Rodríguez Zapatero par l’Audience nationale fait de l’ancien chef du gouvernement le premier président du gouvernement de l’Espagne démocratique à faire l’objet d’une enquête pénale. Son parcours dessine une trajectoire exceptionnelle faite d’ascensions et de revers : d’un député inconnu à un président inattendu, d’un réformateur social à l’artisan de l’austérité, d’un paria politique à un atout électoral du PSOE, avant de redevenir une figure au cœur de la controverse judiciaire.

Peu de carrières politiques dans l’Espagne démocratique ont connu autant de rebondissements que celle de José Luis Rodríguez Zapatero. L’ancien président du gouvernement a été, selon les époques et avec des fortunes diverses, un jeune député enthousiaste sans véritable visibilité, le dirigeant improbable d’un parti en crise, l’artisan des réformes sociales les plus ambitieuses depuis la Transition démocratique, le responsable d’une gestion économique qui a profondément entamé son image, un paria politique durant de longues années, un précieux soutien électoral pour Pedro Sánchez et, depuis le 19 mai 2026, le premier ancien chef du gouvernement de la démocratie espagnole à être mis en examen dans une affaire pénale.

Ceux qui l’ont côtoyé de près affirment avoir été profondément surpris par cette évolution. Elena Valenciano, ancienne vice-secrétaire générale du Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE), l’a résumé en une phrase : « La personne que j’ai connue ne correspond pas à ce que l’on lit dans l’ordonnance judiciaire. »

Le juge José Luis Calama, de l’Audience nationale, le considère comme le dirigeant présumé d’une structure organisée de trafic d’influence ayant opéré entre 2020 et 2025. Zapatero rejette toutes les accusations. Retour sur les principales étapes d’une trajectoire politique que beaucoup décrivent comme une succession permanente de surprises.

1. Une ascension improbable : du député inconnu au secrétariat général du PSOE

En 1996, José Luis Rodríguez Zapatero est un député de 36 ans pratiquement inconnu du grand public. Le PSOE sort alors affaibli par sa défaite électorale et par les scandales qui ont marqué la fin de l’ère Felipe González.

Zapatero parvient pourtant à se construire une réputation de sérieux grâce à son travail parlementaire, notamment au sein de la commission des Administrations publiques. Quatre ans plus tard, après la démission de Joaquín Almunia à la suite d’une lourde défaite face à José María Aznar, il saisit l’opportunité qui se présente.

Lors du congrès extraordinaire du PSOE en 2000, il crée la surprise en battant José Bono et en devenant secrétaire général du parti. Sa victoire repose sur une combinaison de facteurs : un discours optimiste incarné par le slogan « Nous ne sommes pas si mal » et le soutien décisif du courant guerriste, désireux d’empêcher l’accession de Bono à la direction.

Jordi Sevilla, ancien ministre et compagnon de route de la première heure, résumera plus tard le choc provoqué par la mise en examen de l’ancien dirigeant : « Ce n’est pas le Zapatero avec lequel nous avons gagné le congrès de 2000. »

2. Le président réformateur : les lois qui ont marqué une époque

Zapatero remporte les élections générales de 2004 dans un contexte exceptionnel. Les attentats du 11 mars à Madrid, trois jours avant le scrutin, ainsi que la gestion controversée de l’information par le gouvernement du Parti populaire (PP), modifient profondément le climat politique.

Convaincu que Felipe González avait accompli la grande transformation économique du pays, Zapatero choisit de concentrer son action sur les réformes sociétales.

Son gouvernement adopte plusieurs lois qui redéfinissent durablement le paysage des droits en Espagne : la légalisation du mariage entre personnes du même sexe, la loi intégrale contre les violences faites aux femmes, la loi sur la dépendance et la loi sur la mémoire historique.

Sous son mandat, l’organisation terroriste ETA abandonne définitivement la violence. Jesús Eguiguren, alors dirigeant du PSE-PSOE et acteur des discussions ayant conduit à ce dénouement, attribue ce résultat à la détermination du chef du gouvernement : « Il a eu la volonté et la ténacité nécessaires pour mettre fin au terrorisme et parvenir à la paix. »

L’Espagne enregistre également ses deux premiers excédents budgétaires de la démocratie, en 2005 et 2006, et semble alors en mesure de dépasser l’Italie en poids économique au sein de l’Union européenne.

3. La grande crise : l’erreur qui a tout emporté

Les premiers signes de la crise apparaissent à l’été 2007 avec l’effondrement du marché américain des crédits hypothécaires à risque.

À cette époque, l’Espagne affiche pourtant un taux de chômage inférieur à 8 %, le plus faible depuis les années 1970, et une croissance du PIB de 3,7 %.

Mais derrière ces chiffres se cachent de profondes fragilités. L’économiste Santiago Carbó rappelle que le secteur bancaire était massivement exposé à l’immobilier et au foncier.

Zapatero tarde à reconnaître l’ampleur de la crise. Son vice-président économique, Pedro Solbes, quitte le gouvernement en 2009 après avoir constaté leurs divergences d’analyse. Le chômage finit par atteindre près de 27 %.

Le tournant décisif intervient en août 2011 avec la réforme constitutionnelle négociée avec le Parti populaire afin d’inscrire une règle de limitation du déficit public.

Pour une partie de la gauche espagnole, cette décision symbolise l’abandon du projet initial. Jordi Sevilla n’hésitera pas à qualifier cette orientation d’« erreur ».

4. Traversée du désert et réhabilitation aux côtés de Pedro Sánchez

Après son départ de La Moncloa en 2011, Zapatero disparaît progressivement de la scène politique.

Sa tentative de réhabilitation débute avec la publication, en 2013, de son ouvrage El dilema: 600 días de vértigo, dans lequel il défend ses choix durant la crise financière.

Le rapprochement avec Pedro Sánchez s’opère progressivement à partir de 2015, malgré les critiques initiales du nouveau dirigeant socialiste à l’égard de la réforme constitutionnelle de 2011.

La véritable réhabilitation intervient après les élections municipales et régionales de 2023, marquées par un net recul de la gauche. Zapatero revient alors au premier plan en soutenant activement le PSOE.

Son expérience et son image d’ancien président deviennent progressivement un atout pour les campagnes électorales socialistes.

Le sociologue Imanol Zubero résume cette réévaluation : « À gauche du PSOE, l’idée s’est imposée que le premier Zapatero était le véritable Zapatero, tandis que le second relevait davantage des circonstances. »

5. La mise en examen : un nouveau choc politique

La disparition de Zapatero des meetings électoraux débute après l’arrestation de son ami et homme d’affaires Julio Martínez Martínez dans le cadre de l’affaire Plus Ultra.

Quelques jours plus tard, l’ordonnance du juge Calama devient publique. Les enquêteurs spécialisés dans les délits économiques perquisitionnent alors son bureau situé rue Ferraz, à Madrid, face au siège du PSOE.

L’image marque les esprits et fragilise brutalement le capital politique reconstruit au cours des dernières années.

Pour Eduardo Madina, ancien dirigeant socialiste, l’accusation reste difficile à concilier avec l’homme qu’il a connu : « La personne que j’ai connue est incompatible avec ce qui figure dans l’ordonnance ; je crois pleinement en son innocence. »

L’affaire soulève désormais une interrogation plus large sur l’ensemble de son héritage politique. Comme le formule Imanol Zubero, la question est de savoir si l’enquête révélera l’existence d’un « troisième Zapatero », qui aurait mis son influence politique au service d’intérêts personnels.

L’ancien président rejette toutes les accusations et affirme vouloir coopérer pleinement avec la justice afin d’éclaircir les faits qui lui sont reprochés.

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