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En Inde, des milliers de travailleurs apprennent aux robots à devenir humains

11 juin 2026 - 12:34

 Pendant que le monde s’émerveille des prouesses de l’intelligence artificielle, une autre révolution, beaucoup moins visible, se déroule dans les ateliers, les usines et les foyers indiens. Des milliers de personnes sont aujourd’hui rémunérées pour accomplir des gestes du quotidien devant une caméra afin d’enseigner aux futurs robots comment évoluer dans le monde réel.

À Chennai, dans le sud de l’Inde, Nagireddy Sriramyachandra, 25 ans, fixe un smartphone sur sa tête avant de commencer à découper des mangues, ranger des objets ou effectuer des tâches ménagères. Chacun de ses mouvements est enregistré puis envoyé à des entreprises spécialisées dans l’entraînement des systèmes d’intelligence artificielle.

L’objectif est simple : permettre aux machines de reproduire des gestes humains que les modèles actuels peinent encore à maîtriser.

Quand les gestes ordinaires deviennent des données

Depuis plusieurs années, les grands modèles d’IA apprennent à partir de textes, d’images ou de conversations. Mais faire comprendre à un robot comment plier un vêtement, préparer un café ou manipuler des objets dans un environnement réel demeure un défi autrement plus complexe.

Pour y parvenir, des entreprises comme Objectways collectent des milliers d’heures de vidéos enregistrées en vue subjective. Les participants portent des caméras sur la tête ou des capteurs sur les bras et les jambes afin de capturer avec précision les mouvements humains.

« Les clients nous demandent des actions très concrètes : préparer un sandwich, plier du linge, cuisiner ou manipuler des outils », explique Ravi Shankar, dirigeant d’Objectways.

Une nouvelle économie de l’IA

Cette activité crée aujourd’hui de nouvelles opportunités de revenus dans un pays où le travail informel reste largement dominant. Certains participants travaillent depuis leur domicile, d’autres dans des studios spécialement aménagés ou dans des sites industriels.

Pour quelques dollars de l’heure, ils fournissent une matière première devenue essentielle pour l’industrie mondiale de l’intelligence artificielle : l’expérience humaine.

Dans un studio du Tamil Nadu, des étudiants passent leurs journées à reproduire les mêmes gestes sous l’œil des caméras. Ailleurs, des ouvriers d’usines textiles enregistrent leurs mouvements pendant leurs tâches habituelles.

Former les robots qui remplaceront demain certains métiers ?

Cette nouvelle activité soulève toutefois une question de fond : les travailleurs qui entraînent aujourd’hui les robots participent-ils à la création d’outils susceptibles de remplacer une partie des emplois qu’ils occupent eux-mêmes ?

La préoccupation est particulièrement forte en Inde, où près de 490 millions de personnes travaillent dans le secteur informel.

Des chercheurs et responsables publics s’interrogent déjà sur les conséquences de l’automatisation dans des métiers manuels ou peu qualifiés. Plusieurs études soulignent que le débat sur l’IA se concentre souvent sur les professions intellectuelles, alors que les transformations pourraient également toucher de nombreux travailleurs de terrain.

Entre menace et complémentarité

Les entreprises du secteur rejettent cependant l’idée d’une substitution systématique entre humains et machines. Pour Manish Agarwal, responsable de Humyn Labs, l’avenir passera davantage par une coopération entre les deux.

Selon lui, les technologies en cours de développement permettront à des travailleurs situés dans un pays de contrôler à distance des robots opérant ailleurs dans le monde.

Le marché des robots humanoïdes connaît d’ailleurs une croissance rapide. Selon des estimations de Morgan Stanley, plus d’un milliard d’unités pourraient être en service à l’échelle mondiale d’ici le milieu du siècle.

Pour l’instant, cette révolution commence par des gestes simples : plier une serviette, découper un fruit ou ranger une étagère. Des actions banales pour un humain, mais qui restent encore un immense défi pour les machines.

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