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Décès de Maurice Buttin, avocat historique de la famille Ben Barka

11 août 2026 - 09:26

Né à Meknès et engagé pendant plus de six décennies aux côtés de la famille de Mehdi Ben Barka, l’avocat français Maurice Buttin est décédé à l’âge de 97 ans. Il emporte avec lui une connaissance exceptionnelle de l’une des affaires les plus sensibles des relations franco-marocaines.

La famille de Mehdi Ben Barka a annoncé la disparition de Maurice Buttin, son avocat historique, à l’âge de 97 ans. La date exacte de son décès n’a pas été précisée dans le communiqué diffusé dimanche 9 août.

Bien davantage qu’un conseil juridique, Maurice Buttin était devenu, au fil des décennies, un proche de la famille. Dans son message d’hommage, celle-ci évoque un ami dont la mère de Mehdi Ben Barka disait qu’il était comme « son frère ».

« Maurice Buttin est l’avocat de ma famille depuis plus de soixante ans. C’est peu dire qu’il a incarné le combat pour la vérité, la justice et la mémoire », a déclaré Bachir Ben Barka, fils de l’opposant marocain disparu.

Né le 10 décembre 1928 à Meknès, Maurice Buttin s’était inscrit au barreau de Rabat en 1954. Il avait alors défendu plusieurs militants nationalistes marocains et acquis une connaissance approfondie de la vie politique du Royaume au moment de l’indépendance.

Un dossier devenu le combat d’une vie

La mère de Mehdi Ben Barka avait fait appel à lui immédiatement après l’enlèvement de son fils, le 29 octobre 1965, devant la brasserie Lipp à Paris. Selon le témoignage familial, Mehdi Ben Barka avait lui-même demandé à ses sœurs de s’adresser à Maurice Buttin s’il lui arrivait malheur.

L’avocat accompagna ensuite la famille dans une bataille judiciaire qui allait traverser les décennies. Après le décès de la mère de l’opposant, il poursuivit son travail aux côtés des proches de Ben Barka, notamment dans le cadre de la plainte déposée en 1975 pour enlèvement, séquestration arbitraire et assassinat.

Maurice Buttin était devenu le dernier survivant de l’équipe d’avocats ayant représenté la partie civile, après la disparition de ses confrères Germaine Senéchaud et Léo Matarasso.

Sa maîtrise de l’histoire politique marocaine avait été particulièrement précieuse lors des procès de 1966 et 1967. Elle lui permettait d’éclairer les magistrats français sur le contexte dans lequel s’était produit l’enlèvement de l’opposant marocain.

Une vérité toujours inachevée

Plus de soixante ans après les faits, le sort exact de Mehdi Ben Barka, dont le corps n’a jamais été retrouvé, demeure entouré de zones d’ombre. Des responsabilités ont été mises au jour au fil des enquêtes et des procès, mais les circonstances complètes de sa disparition n’ont jamais été judiciairement établies.

Maurice Buttin dénonçait régulièrement les obstacles opposés aux investigations et ce qu’il considérait comme la persistance de raisons d’État, aussi bien en France qu’au Maroc. Il avait rassemblé une grande partie de ses recherches et de ses souvenirs dans son ouvrage Ben Barka, Hassan II, De Gaulle : ce que je sais d’eux, publié en 2010 puis réédité dans une version enrichie en 2015.

Son engagement dépassait cependant l’affaire Ben Barka. Défenseur de la cause palestinienne, il avait fondé l’Association de solidarité France-Palestine et multiplié les initiatives en faveur de la reconnaissance des droits du peuple palestinien.

Avec sa disparition, la famille Ben Barka perd un proche et un défenseur constant. L’affaire, elle, reste ouverte dans la mémoire politique des deux pays : un dossier sur lequel Maurice Buttin aura passé l’essentiel de sa vie à réclamer une vérité qu’il n’aura finalement pas connue.

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