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Après Sebta, Édouard Philippe durcit son projet présidentiel sur l’immigration

11 août 2026 - 10:14

Le candidat d’Horizons soutient la création de centres de retour hors de l’Union européenne et veut soumettre les régularisations massives à l’accord préalable des pays de l’espace Schengen. Une ligne qui l’éloigne de la position défendue par Emmanuel Macron.

Édouard Philippe veut faire de la maîtrise de l’immigration l’un des piliers de son projet pour l’élection présidentielle française de 2027. Dans une tribune publiée mardi par Le Figaro, l’ancien Premier ministre présente la crise migratoire de Ceuta comme un avertissement adressé à l’ensemble de l’Europe.

Le président d’Horizons demande une mise en œuvre rapide du nouveau règlement européen sur les retours. Ce texte autorise les États membres à installer dans des pays tiers des centres destinés aux personnes qui ne disposent plus du droit de séjourner dans l’Union européenne.

L’ancien chef du gouvernement reconnaît que la France a besoin d’une immigration de travail, mais affirme qu’elle doit parallèlement éloigner les personnes qui n’ont pas vocation à rester sur son territoire.

« Je serai le président d’une France qui maîtrise son destin dans une Europe qui protège ses frontières et qui se fait respecter », promet-il.

Un « verrou Schengen » sur les régularisations

Édouard Philippe souhaite également empêcher un État européen d’engager seul une opération massive de régularisation au-delà d’un seuil défini collectivement. Une telle décision devrait, selon lui, recevoir l’accord préalable des partenaires de l’espace Schengen.

Sans nommer directement l’Espagne, sa proposition vise manifestement la régularisation extraordinaire engagée par Madrid. Il estime qu’une frontière commune doit s’accompagner de règles et de responsabilités communes.

Le mécanisme défendu par Philippe ne pourrait toutefois pas être appliqué immédiatement. Les régularisations relèvent largement des compétences nationales. La création d’un droit de regard de Schengen supposerait donc une réforme juridique et l’accord d’États attachés à leur souveraineté en matière de séjour.

Le candidat plaide par ailleurs pour une coopération renforcée avec les pays de transit, notamment la Tunisie et la Libye, ainsi que pour une politique plus ferme envers Alger. Il réclame la dénonciation de l’accord franco-algérien de 1968, qui fixe un régime particulier pour l’entrée, le séjour et l’emploi des ressortissants algériens en France.

Il propose enfin de suspendre temporairement l’enregistrement de nouvelles demandes d’asile dans les territoires confrontés à une saturation migratoire, en particulier Mayotte et la Guyane.

Une stratégie politiquement ferme, juridiquement contestée

Le soutien d’Édouard Philippe aux centres de retour extérieurs marque une divergence avec Emmanuel Macron. En juin, le président français avait exprimé son opposition à ce dispositif, mettant en doute son efficacité et sa conformité aux principes européens.

Le règlement adopté à l’échelle européenne impose que les pays partenaires respectent les normes internationales relatives aux droits humains et le principe de non-refoulement. Les mineurs non accompagnés ne pourront pas être transférés vers ces centres.

Ces garanties ne dissipent pas toutes les inquiétudes. Le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme et plusieurs associations redoutent que l’externalisation des retours rende plus difficile le contrôle des conditions de rétention et l’accès effectif à la justice.

La tribune de l’ancien Premier ministre révèle surtout le poids que prendra l’immigration dans la campagne présidentielle de 2027. Édouard Philippe cherche à incarner une fermeté européenne et institutionnelle, distincte du discours souverainiste du Rassemblement national. Reste à savoir si cette ligne conservera cette distinction lorsque ses conséquences juridiques et humaines seront mises à l’épreuve.

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