Le nouveau secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale, Mohsen Rezaei, conditionne la réouverture du détroit à la fin de la guerre et du blocus américain, au dégel des avoirs iraniens et à un cessez-le-feu régional. Pendant que la diplomatie piétine, le trafic maritime sur l’une des principales artères énergétiques mondiales s’est effondré.
L’Iran entend faire du détroit d’Ormuz une pièce centrale de son rapport de force avec les États-Unis. Mohsen Rezaei, récemment nommé à la tête du Conseil suprême de sécurité nationale, a prévenu que cette voie maritime stratégique resterait fermée tant que Washington n’aurait pas satisfait les conditions posées par Téhéran.
Celles-ci comprennent notamment la fin de la guerre et du blocus des ports iraniens, le dégel des avoirs iraniens immobilisés à l’étranger ainsi qu’un cessez-le-feu régional incluant, selon Rezaei, Gaza et le Liban.
Reuters confirme que certaines des exigences iraniennes ont été transmises aux États-Unis par l’intermédiaire de médiateurs.
Un détroit presque déserté
L’avertissement iranien intervient surtout au moment où la paralysie d’Ormuz devient mesurable.
Selon les données de Kpler rapportées mercredi par Reuters, seuls huit navires ont été recensés mardi dans le détroit, le niveau le plus faible observé depuis une semaine.
Avant sa fermeture dans le contexte de la guerre, Ormuz enregistrait habituellement entre 130 et 140 passages de navires par jour.
L’écart donne la mesure du bouleversement provoqué sur une route essentielle au commerce énergétique mondial.
Le retour d’un vétéran du système iranien
Le profil du nouveau responsable de la sécurité nationale donne également une portée particulière au message.
Ancien commandant des Gardiens de la Révolution pendant la guerre Iran-Irak, Mohsen Rezaei appartient depuis plusieurs décennies au premier cercle politico-militaire de la République islamique.
Sa nomination intervient au moment où Téhéran remanie une partie de son appareil militaire et sécuritaire, alors que les tentatives de médiation n’ont toujours pas permis de dégager une issue au conflit.
Ormuz comme levier de négociation
Derrière la fermeture du détroit se dessine ainsi une stratégie : transformer Ormuz en monnaie d’échange dans toute négociation future avec Washington.
Les États-Unis refusent jusqu’à présent les conditions iraniennes et maintiennent leur propre blocus des ports de la République islamique. Parallèlement, de nouveaux incidents contre la navigation ont été signalés dans le golfe d’Oman et à Bab el-Mandeb, accentuant les tensions sur plusieurs corridors maritimes essentiels.
Le détroit est ainsi devenu à la fois un front de guerre, un moyen de pression diplomatique et une menace pour les marchés énergétiques mondiaux.
Plus sa paralysie se prolonge, plus le rapport de force entre Washington et Téhéran risque donc de dépasser les deux adversaires pour toucher directement les économies dépendantes des hydrocarbures du Golfe.