Le dirigeant nord-coréen se dit « fier » de l’avenir des relations avec Moscou et renouvelle son soutien à la campagne russe. Derrière l’échange de messages commémoratifs se dessine une alliance désormais présente sur les champs de bataille ukrainiens.
Le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un a affiché sa confiance dans l’avenir des relations avec la Russie et réaffirmé son soutien au président Vladimir Poutine, alors que l’implication militaire de Pyongyang dans la guerre en Ukraine ne cesse de s’approfondir.
« Je suis fier d’entrevoir un avenir encore plus remarquable pour nos relations bilatérales », a déclaré Kim dans un message adressé au maître du Kremlin et diffusé dimanche par l’agence officielle nord-coréenne KCNA.
Le dirigeant a assuré que Pyongyang et Moscou poursuivaient une « histoire de lutte commune pour la justice ». Il s’est également dit convaincu que l’armée et le peuple russes accompliraient leur « mission sacrée » consistant à défendre la souveraineté, les intérêts de sécurité et l’intégrité territoriale de leur pays sous la direction de Poutine.
Cette formulation reprend le récit politique du Kremlin, qui présente la guerre contre l’Ukraine comme une entreprise défensive. La Russie occupe pourtant des territoires ukrainiens dont l’annexion n’est pas reconnue par la majeure partie de la communauté internationale.
La mémoire historique au service du rapprochement
Le message de Kim répondait aux félicitations envoyées la veille par Vladimir Poutine à l’occasion du 81e anniversaire de la libération de la péninsule coréenne de la colonisation japonaise.
Le président russe a rappelé que des soldats soviétiques et des combattants coréens avaient affronté le Japon en 1945, estimant que cette période avait jeté les bases des traditions d’entraide entre les deux pays.
Selon Poutine, les relations entre Moscou et Pyongyang ont atteint un niveau de partenariat stratégique « sans précédent ». Les deux États coordonneraient désormais leurs efforts afin de garantir la sécurité et la stabilité régionales.
La commémoration historique sert ainsi un objectif très actuel. Les deux dirigeants mobilisent le souvenir de la lutte contre le colonialisme japonais pour légitimer une coopération qui comprend désormais des engagements de défense mutuelle, des transferts d’armements et une participation directe aux combats.
Une alliance éprouvée à Koursk
Le rapprochement s’est accéléré lors de la visite de Poutine à Pyongyang en juin 2024, la première d’un président russe en Corée du Nord depuis 25 ans.
Les deux pays avaient alors signé un traité de partenariat stratégique global comportant une clause d’assistance mutuelle en cas d’agression.
La Corée du Nord a ensuite envoyé plusieurs milliers de soldats dans la région russe de Koursk. Ces unités ont combattu aux côtés des forces de Moscou contre les troupes ukrainiennes qui avaient pénétré en territoire russe.
Cet engagement représente l’intervention militaire extérieure la plus importante de Pyongyang depuis la guerre de Corée. Il offre également aux militaires nord-coréens une expérience opérationnelle réelle dont ils étaient privés depuis plusieurs décennies.
Le président ukrainien Volodymyr Zelensky affirme que la Russie prépare désormais l’arrivée de 30.000 à 50.000 soldats nord-coréens supplémentaires. Pyongyang envisagerait aussi de fournir de nouveaux lanceurs de missiles afin de contribuer à la protection de la frontière russe et de libérer des unités de Moscou pour d’autres fronts.
Ces estimations n’ont pas été confirmées de manière indépendante. Si elles se vérifiaient, elles marqueraient néanmoins un changement d’échelle considérable dans l’intervention nord-coréenne.
Soldats et munitions contre énergie et technologie
Kiev accuse également la Russie d’employer des missiles balistiques nord-coréens contre des cibles ukrainiennes. La Corée du Sud et plusieurs pays occidentaux affirment que Pyongyang a livré à Moscou des obus d’artillerie, des missiles et d’autres équipements militaires.
En contrepartie, la Russie aurait fourni à la Corée du Nord du pétrole raffiné, des systèmes de défense antiaérienne, des moyens de guerre électronique et différentes technologies militaires, selon les services de renseignement sud-coréens.
Ces échanges permettraient à Pyongyang de contourner partiellement les sanctions internationales visant ses programmes nucléaire et balistique. Moscou, de son côté, obtient des munitions et des effectifs supplémentaires sans devoir compter exclusivement sur une nouvelle mobilisation de sa population.
Le partenariat offre ainsi des bénéfices concrets aux deux régimes. La Russie renforce sa capacité à prolonger la guerre, tandis que la Corée du Nord reçoit des ressources énergétiques, des revenus, des technologies et une expérience militaire précieuse.
L’« excellent avenir » évoqué par Kim ne relève donc plus seulement de la rhétorique diplomatique. Il prend forme en Ukraine, où les soldats et les armes de Pyongyang soutiennent l’effort de guerre russe pendant que Moscou aide son partenaire à rompre son isolement.
La question n’est désormais plus de savoir si une alliance existe entre la Russie et la Corée du Nord, mais jusqu’où elle peut aller et quelles conséquences elle produira sur la guerre en Ukraine, la sécurité de la péninsule coréenne et l’équilibre stratégique en Asie.