Un haut responsable des Gardiens de la révolution annonce que les opérations défensives iraniennes auront désormais un caractère offensif, sur fond d’incertitude diplomatique avec Washington et de nouvelles tensions autour du détroit d’Ormuz.
L’Iran a annoncé un durcissement de sa stratégie militaire et averti ses adversaires qu’ils devaient se préparer à d’éventuelles «surprises stratégiques», alors que l’avenir des négociations avec les États-Unis demeure incertain.
Yadollah Javani, responsable adjoint des affaires politiques des Gardiens de la révolution, a plaidé pour une «réorganisation, une modernisation et une évolution» de la doctrine de défense de la République islamique.
«Désormais, toute action que nous entreprendrons, même si elle est défensive, devra avoir un caractère offensif», a-t-il déclaré à la télévision publique iranienne, selon des propos relayés par les médias officiels.
Le haut responsable militaire a affirmé que les forces armées adopteraient des approches «transformatrices» afin d’anticiper et de neutraliser les menaces.
«L’ennemi doit savoir qu’il ne peut ni nous surprendre ni nous prendre au dépourvu. C’est peut-être lui qui devra s’attendre à des surprises stratégiques», a-t-il prévenu.
Une dissuasion offensive plutôt qu’une déclaration de guerre
Ces déclarations ne constituent pas, à elles seules, l’annonce formelle d’une offensive imminente. Elles semblent plutôt dessiner une doctrine de dissuasion anticipatrice permettant à Téhéran de justifier des actions préventives face à des menaces jugées imminentes.
Cette conception brouille néanmoins la frontière entre défense et attaque. Elle accroît également le risque qu’un mouvement militaire américain ou iranien soit interprété par l’autre camp comme le prélude à une opération hostile.
Les propos de Javani interviennent alors que le délai de 60 jours prévu par le mémorandum signé le 17 juin entre Washington et Téhéran arrive à son terme. Le document devait mettre fin aux opérations militaires et ouvrir une période de négociations en vue d’un accord durable.
Les hostilités avaient toutefois repris dès le 7 juillet, après que les États-Unis eurent accusé l’Iran d’avoir attaqué des navires commerciaux dans le détroit d’Ormuz. Washington avait ensuite mené de nouveaux bombardements contre des objectifs situés dans le sud du territoire iranien.
L’avenir du mémorandum reste incertain. Plusieurs sources indiquent que le délai s’est achevé sans avancée substantielle. Des responsables pakistanais cités par l’agence Anadolu affirment cependant que Washington et Téhéran auraient accepté le principe d’une prolongation, sans encore s’entendre sur sa durée.
Trump attise les tensions autour d’Ormuz
Le durcissement du discours iranien intervient également après une déclaration controversée de Donald Trump. Le président américain a affirmé vouloir faire du détroit d’Ormuz un «territoire des États-Unis» après la défaite de l’Iran.
Cette annonce n’a aucune portée juridique: le détroit est bordé par les eaux territoriales de l’Iran et d’Oman, et la navigation y relève du droit international. À Téhéran, elle a néanmoins été interprétée comme une menace directe contre la souveraineté iranienne.
Ormuz est l’un des passages maritimes les plus stratégiques au monde. Une part considérable du pétrole et du gaz naturel liquéfié échangés à l’échelle internationale transite par ce corridor. Toute perturbation prolongée est susceptible de faire grimper les cours de l’énergie, les coûts du transport et, à terme, l’inflation mondiale.
Autre signe d’escalade, le chef de l’armée régulière iranienne, Amir Hatami, a annoncé une récompense équivalant à 30.000 dollars pour toute personne tuant ou capturant un militaire américain. D’après l’agence officielle IRNA, cette somme serait doublée si l’action était accomplie par une femme.
Le général n’a donné aucune précision sur les conditions dans lesquelles cette récompense pourrait être versée. Aucun déploiement terrestre régulier de soldats américains à l’intérieur de l’Iran n’est par ailleurs connu.
Au-delà des déclarations belliqueuses, l’impasse diplomatique et l’évolution annoncée de la doctrine iranienne renforcent le risque d’une confrontation plus large. Reste à déterminer si cette rhétorique relève principalement d’une stratégie de pression ou si elle annonce de nouvelles opérations militaires.