Révision triennale, nouveau seuil de 300 dirhams, baisse de la majoration appliquée aux importations et encadrement des génériques: le décret réformant la tarification pharmaceutique est entré en vigueur. Ses effets sur les prix en officine ne seront toutefois pas immédiats.
Le Maroc a engagé une réforme en profondeur de son système de fixation et de révision des prix des médicaments. Le décret n°2.25.631 modifie le dispositif appliqué depuis 2013 aux spécialités fabriquées localement ou importées.
Adopté le 22 juillet par le Conseil de gouvernement et publié au Bulletin officiel du 6 août, le texte vise à réduire le coût de certains traitements, à alléger le reste à charge des patients et à maîtriser les dépenses de l’Assurance maladie obligatoire.
La réforme concerne les médicaments princeps —ou produits de référence—, leurs équivalents génériques ainsi que les médicaments biosimilaires.
Un seuil fixé à 300 dirhams
Le nouveau dispositif distingue deux catégories en fonction du prix retenu par la réglementation.
Pour les médicaments dépassant le seuil de 300 dirhams, la révision s’effectuera en prenant comme référence le prix le plus bas observé dans six pays: l’Arabie saoudite, la Belgique, l’Espagne, la France, le Portugal et la Turquie.
Pour les médicaments dont le prix est inférieur ou égal à ce seuil, le calcul reposera sur la moyenne des tarifs relevés dans ces mêmes pays. Cette distinction vise à concentrer les réductions les plus importantes sur les traitements les plus coûteux, tout en limitant le risque de disparition des médicaments à bas prix.
Des seuils de protection sont également prévus. Une baisse inférieure à un dirham ne sera pas appliquée aux médicaments vendus jusqu’à 15 dirhams. Pour ceux dont le prix est compris entre plus de 15 et 70 dirhams, la réduction devra atteindre au moins deux dirhams.
Révision automatique tous les trois ans
Autre changement majeur: les prix seront désormais réexaminés automatiquement tous les trois ans, contre cinq ans auparavant.
Le ministère de la Santé pourra également déclencher une révision lorsqu’une diminution supérieure à 10% du prix fabricant est constatée dans l’ensemble des pays de référence.
Les génériques et les biosimilaires resteront liés au prix de leur médicament princeps. Lorsque le tarif de la spécialité de référence diminue, leurs prix seront révisés dans la même proportion, dans la limite d’une baisse de 15%.
Le dispositif doit ainsi préserver un écart favorable aux alternatives génériques et biosimilaires, afin d’encourager leur utilisation sans fragiliser leur présence sur le marché.
Une baisse de la majoration sur les importations
Le décret réduit également la majoration appliquée aux médicaments importés au titre des frais d’approche. Celle-ci passe de 10% à 2,5%, sans pouvoir dépasser les droits de douane effectivement acquittés par l’importateur.
Le calcul prendra en compte le cours moyen de la devise observé pendant trois mois et publié par Bank Al-Maghrib.
Cette mesure pourrait entraîner une baisse du prix de plusieurs spécialités importées. Son incidence effective dépendra cependant de leur prix d’origine, du taux de change, des marges de distribution et des autres éléments entrant dans le calcul du prix public.
Pas de baisse immédiate en pharmacie
L’entrée en vigueur du décret ne signifie pas que les étiquettes seront modifiées immédiatement dans les officines.
Le ministère de la Santé dispose d’un délai maximal de douze mois pour réviser les prix des médicaments princeps, génériques et biosimilaires déjà commercialisés au Maroc. Les nouvelles listes tarifaires devront ensuite être fixées par arrêté et publiées au Bulletin officiel.
Les nouveaux prix deviendront applicables au plus tard 60 jours après cette publication. Les patients devront donc attendre l’achèvement de cette phase transitoire avant de constater les effets concrets de la réforme.
Le risque de pénuries pris en compte
Le texte introduit un mécanisme permettant de déroger temporairement aux nouvelles règles lorsqu’une baisse menace la disponibilité d’un médicament ou risque de provoquer une pénurie grave.
Cette protection répond à une difficulté récurrente: un prix trop faible peut conduire certains fabricants ou importateurs à retirer du marché une spécialité devenue insuffisamment rentable.
Le gouvernement cherche ainsi à concilier trois objectifs parfois contradictoires: rendre les traitements plus accessibles, préserver l’approvisionnement du marché et maintenir l’équilibre économique de l’industrie pharmaceutique et des officines.
Les pharmaciens restent inquiets
Les représentants des pharmaciens redoutent néanmoins que les baisses tarifaires réduisent leurs revenus, puisque les marges des officines restent largement proportionnelles au prix de vente des médicaments.
Ils alertent sur la situation des pharmacies de proximité, particulièrement celles dont l’activité repose sur des produits peu coûteux, et demandent une révision plus globale de leur modèle économique.
La baisse des prix peut améliorer l’accès aux traitements, mais elle ne suffira pas, à elle seule, à résoudre le problème du reste à charge. Celui-ci dépend également des taux de remboursement, des tarifs de référence de l’assurance maladie et du coût global du parcours de soins.
Le succès de la réforme se mesurera donc non seulement à la diminution des prix affichés, mais aussi à sa capacité à préserver la disponibilité des médicaments et à réduire réellement les dépenses supportées par les patients.